Le nouveau visage de la précarité :
On parle souvent de la précarité monétaire, mais on occulte sa face sombre et bureaucratique : la précarité administrative.
Elle n'est pas un accident de parcours, mais le résultat d'une stratégie délibérée de retrait de l'État et de délégation au secteur privé.
Comment un tel processus de précarisation au profit de grand groupe et de politiques de l'entreprise, a fini par exclure totalement les plus precaires s'il ne possèdent pas les clés technologiques ou géographiques imposées par le marché.
Un système brodé sur l'hotel de la détresse sociale et une communication politique bien rodée, qui n'oublient pas de remplir les poches des industriels du secteur, sans aucune conditions aux subventions, ni écologique ni sur l emploi, dans le département de la Drôme.
Voix une synthèse de mes recherches à ce sujet préoccupant, dramatique en l'incluant par l'exemple dans le système de gestion catastrophique des solidarités et de chantage à la crise financière.
L’héritage de France Télécom : Du service public à la violence managériale
La genèse de cette dérive se trouve dans la fin des années 90 et le début des années 2000. Sous l'impulsion de gouvernements (notamment la période 1997-2002), la transformation des PTT en France Télécom a marqué le passage d'une culture du bien commun à celle de la rentabilité financière.
Le coût humain : Cette privatisation a conduit à la crise des suicides (35 salariés entre 2008 et 2009). Le procès historique de 2019 a reconnu le "harcèlement moral institutionnel" comme méthode de gestion.
Le précédent : C’est ici qu’on a appris à sacrifier l’humain sur l’autel de la restructuration, une méthode aujourd'hui appliquée à l'ensemble de la sphère sociale.
La privatisation de l'accès : L'État sous perfusion des opérateurs privés
Aujourd'hui, l'accès au service public est conditionné par des intermédiaires marchands.
La dépendance aux FAI : Pour déclarer ses impôts, demander le RSA ou accéder à son dossier santé, l'usager doit payer un abonnement à un fournisseur d'accès internet (FAI) privé. Sans Orange, SFR ou Bouygues, le droit devient caduc.
Le leurre des Maisons France Services : Si ces structures visent à maintenir un lien, elles utilisent elles-mêmes des outils, des réseaux et des logiciels propriétaires gérés par des prestataires privés.
L’État ne possède plus les clés de sa propre maison ; il les loue à des opérateurs dont la priorité est le dividende, non la continuité du service.
Le cas de la Drôme : Centralisation , mobilité réduite et dépenses de la construction de la "Citadelle de Valence"
Le département de la Drôme offre un exemple concret et cruel de cette politique.
Le coût du béton contre l'humain : La construction du nouveau bâtiment des solidarités à Valence (la MDSA), pour un coût avoisinant les 37 millions d’euros, symbolise cette volonté de centralisation. Sous prétexte de rationalisation budgétaire, on regroupe les services loin des usagers.
L'injustice géographique : Dans un département à la géographie complexe et montagneuse (Vercors, Baronnies, haut-Diois), cette centralisation est une violence.
Pendant que le département investit massivement dans le "tout routier", il délaisse les antennes locales.
La double peine : Pour un habitant éloigné, la suppression des accueils physiques de proximité oblige au recours au numérique (privé) ou à des déplacements coûteux que la précarité rend impossibles. On crée une "Citadelle administrative" à Valence, inaccessible à ceux qu'elle est censée protéger.
Le mensonge de la fraude : Traquer les pauvres, protéger les coffres forts des plus riches et les marchés publics des grands lobbys
Le discours dominant sature l'espace médiatique avec la "fraude aux aides sociales". La réalité des chiffres est pourtant inverse.
La fraude des professionnels vs particuliers : Selon la Cour des Comptes, la fraude aux prestations sociales (individus) est minime face à la fraude aux cotisations (entreprises) et à la fraude des professionnels de santé.
Le Verrou de Bercy et la Banque de France : Alors que la Banque de France dispose de la traçabilité des flux, le "Verrou de Bercy" (monopole des poursuites du ministère des Finances) et le secret des affaires empêchent une justice fiscale réelle.
On traque le bénéficiaire du RSA pour une omission de déclaration, mais on protège les mécanismes d'évasion fiscale massive au nom du secret bancaire.
Pour une réappropriation du droit d'accès aux services publics et la protection du bien commun, il faudra reprendre le contrôle populaire de nos services administratifs
La précarité administrative est une arme politique. En complexifiant l'accès, en le centralisant et en le numérisant via le privé, l'État organise le non-recours aux droits.
Il est temps de dénoncer cette fourbe "modernisation" qui n'est qu'un démantèlement déguisé, où le citoyen n'est plus qu'une variable d'ajustement budgétaire.
Il est venu le temps, de les arrêter.
Sources :
- Sur France Télécom : Rapport de l'inspection du travail (2010) et verdict du procès pour harcèlement institutionnel (2019).
- Sur la fraude : Rapports annuels de la Cour des Comptes sur l'application des lois de financement de la sécurité sociale (comparaison fraude sociale vs fraude fiscale).
- Sur le Verrou de Bercy : Rapports de l'association ANTICOR et de l'Observatoire de l'éthique publique.
- Sur la Drôme : Délibérations du Conseil Départemental de la Drôme concernant le budget de la M.D.S.A. et les investissements routiers.
- Sur le non-recours : Travaux de l'Observatoire des non-recours aux droits et services.