PESTICIDES : Le silence du palais et la mort des petits gens

Quatorze ans. Des morts par centaines. Une terre polluée, détruite pour des siècles. La Martinique et le Chlordécone. Une triste affaire de gros sous, de défense de l'environnement et de santé publique. Depuis 2017, parallèlement, cinq milles plaintes ont été déposées par les participants à une étude sans précédent. Les pisseurs involontaires de Glyphosate.

Je fais parti depuis quelques années des Faucheurs Volontaires d'OGM. Nos réunions mensuelles sont particulièrement enrichissantes. J'y ai appris de nombreuses choses concernant le travail acharné de ces hommes et de ces femmes, militants sans relâche pour une agriculture propre et saine, faisant front à des jeux de dupes d'apprentis sorciers qui oscillent entre pouvoir et profit. 

La richesse d'une grande famille solidaire dont les engagements sont au cœur de ce qui se révèle être le plus important de tous les combats que j'ai pu mené à travers ma vie militante. La bataille du vivant. Le combat contre l'empoisonnement quotidien de notre environnement par l’épandage généralisé et planétaire de molécules vendues comme le seul et unique moyen de nourrir l'humanité. Il concerne le respect de la nature, loin de la manipulation génétique laborantine de dangereux chercheurs qui, au final, sont protégés par les lois du secret des affaires, par celui de l'industrie.

C'est un combat sans fin tant chaque victoire - et ils y en a eu de belles - se retourne en une nouvelle mise à mal des règlements par de nouvelles inventions plus folles les unes que les autres. 

Le combat des faucheurs volontaires est un combat noble. Égalitaire et humaniste. Avoir la chance de faire parti de ceux là, c'est pour moi un honneur. Parce que je crois qu'il est important de faire front à ceux qui ont capturés le vivant. Je parle des semenciers, des propriétaire du garde manger de l'humanité, De ceux qui sont souvent décriés comme les premiers pollueurs du monde et qui pavanent pourtant dans les lieux de pouvoir depuis des décennies. 

Mais si j'écris ce texte aujourd'hui, ce n'est pas pour raconter leur histoire. Ce n'est pas non plus pour reprendre les très bons arguments que nous connaissons toutes et tous. Non. C'est parce que'il se passe en haut lieu une chose qui dépasse l'entendement. 

La communauté scientifique non corrompu. Des familles entières de producteurs de notre alimentations. Des armées d'avocats. Des citoyens conscients qui parfois s'engagent pour la première fois dans une affaire militante, ou qui consomment au mieux des produits sains espérant faire tomber les ogres de la destruction de l'environnement. Même des élus Des dizaines d'élus. Dans chaque pays, dans les peuples de chaque partie du monde: il y a des gens qui luttent contre ce fléaux. Et pourtant rien n'y fait.

En Martinique, plusieurs associations accompagnée de scientifiques et d'avocats, ont eu raison des autorisations de l'utilisation du Chlordécone. Des plaintes ont été déposées. C'était en 2006. Mais jamais de procès. Les victimes sont abandonnées depuis quatorze années et personnes ne peut dire si procès il y aura. 

En France métropolitaine, suite à une action des Faucheurs Volontaires, une action citoyenne de sensibilisation , de contestation et de charge judiciaire, a été engagée et a mobilisé plusieurs milliers de personnes. La grande majorité de ces personnes ont pu faire analyser leurs urines et selon un protocole scientifique, ont pu constater la présence de Glyphosate dans leurs corps. Plus de cinq milles plaintes ont alors été déposées. 

Dans les deux cas, la justice travaillerai mais ne donne pas suite. Les plaignants sont priés de patienter. 

Comment cela est il possible ?

Un pays qui prône la justice pour tous, et laisse des entreprises profiter de son propre silence pour engranger des milliards d'euros de profits, peut il ne pas être considéré comme complice des maux que ces entreprises ont créés ? 

Je rédige aujourd'hui ce texte en ayant conscience qu'il ne changera sans doute rien, à moins que nous soyons des millions à le partager, et que la presse nationale s'en empare pour poser la question jusqu'au plus haut degré du pouvoir. Mais j'en doute. 

Aujourd'hui, au nom de ces milliers de victimes de l'empoisonnement, de la tromperie des industriels et de la complaisance incroyable et complice de ceux qui ont donnés ces autorisations de mise sur le marché et ferment les yeux sur la possible destruction de ce qui nous entoure, je demande justice. 

Je demande que la Justice française ouvre les dossiers de ces deux affaires et que les procès de ces gens qui ont fauté soient.

Il suffit de ces affaires qui rebondissent de temps à autres, dans une séance journalistique ou de vote à l'Assemblée qui ne servent jamais que de valeur communicante à des élus et des médias, sans jamais entrer dans le vif du sujet d'une justice dont on pourrait sans se tromper, porter au pilori des coupables d'indulgence vis à vis de ceux qui influencent sans relâche les décisions politiques les plus importantes.

Le silence et le mépris de ceux qui devraient rendre notre monde meilleur parce qu'ils en ont accepté les responsabilités à assez duré.

Je demande Justice oui. Justice. 

 

 

 

 

 

 

 

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