Violences conjugales, pas d'impunité, les femmes ont droit à la sécurité

Cela doit cesser. Dans la France d'aujourd'hui, 1 femme meurt, tous les 3 jours, sous les coups de son compagnon, soit des milliers sur les années. Pour elles, pas de deuil national, pas de commémoration. Plus de 200 000 subissent des violences conjugales sans que l'agresseur ne soit inquiété et sans que l'état et la société ne s'en émeuvent.

1 femme décédée tous les 3 jours sous les coups de son compagnon, soit plus de 100 par an, et encore les associations estiment que ce chiffre est sous-estimé.

Sur dix ans, ce sont donc plus de 1000 femmes décédées dans de telles circonstances.

223 000 femmes victimes de violence conjugales, en 2015, selon la plus récente étude Insee.

60 000 appels par an au numéro d’appel de Violences Femmes info (3919)

Dans la France d’aujourd’hui, si fière de ses valeurs et de sa civilisation, des dizaines de milliers de femmes vivent donc une situation assimilable à de la torture, physique et psychologique.

Des milliers, sur les années, sont mortes, victimes de coups de feu, de coups de couteau ou de poing, étranglées, le corps portant des traces de brûlure, de lacération, les cheveux arrachés. Elles partent dans l’indifférence quasi générale. Pour elles, pas de jour de deuil ou de commémoration nationale. Pas de liste de noms et de portraits dans les journaux.

D’autres, qui n’en meurent pas, voient leur calvaire se prolonger sans savoir vers qui se tourner pour demander de l’aide ou sans s’y résoudre - craignant souvent, comme les victimes de harcèlement sexuel, de ne pas être entendues et de se retrouver encore plus démunies face à  leur agresseur, lequel peut continuer à agir en toute impunité.

La société refuse-elle de regarder en face les criminels qu’elle a elle-même engendrés, indépendamment d’un endoctrinement   extérieur ?

 Pourquoi seulement 14 % des victimes portent-elles plaintes ?

Au-delà de l’extrême difficulté pour elles de se libérer de l’emprise de leur bourreau, les témoignages récurrents et édifiants disent le peu de soutien qu’elles reçoivent lorsqu’elles ont le courage de se rendre dans un commissariat (on ne mesure pas comme cela leur est difficile) ainsi que l’absence de protocoles d’accueil/suivi des femmes agressées dans les instances responsables.

Nous ne pouvons plus attendre. Il faut de toute urgence un plan, ciblé et de grande envergure, pensé sur la durée avec des actions très concrètes qui toucheraient le système d’enseignement, les médias & la pub, la police & la justice, le système hospitalier & les structures d’accueil/accompagnement.

De nombreux intervenants/associations y réfléchissent depuis longtemps, qui ont acquis une expérience précieuse en tentant de remédier au jour le jour à la carence des pouvoirs publics et de la société. Il faut les aider à mettre en commun leur réflexion et accélérer la mise en place d’un système d’alerte et de procédures d’intervention lorsqu’une femme agressée se présente dans un hôpital, un commissariat ou saisit les services d’assistance sociale.

Il faut aussi mettre en place un service juridique d’accompagnement adéquat.

Enfin, immédiatement, le lancement d’un numéro d’urgence national s’impose, qui serait diffusé largement dans les médias, par les chaînes de télévision, les journaux, les gazettes municipales…

Cela a été fait pour la sécurité routière, les enfants

Cela doit être fait pour les femmes victimes de violence conjugales

Assurer la sécurité des femmes doit figurer parmi les premières priorités nationales

Dans ces conditions, la décision du gouvernement de diminuer le budget du Secrétariat chargé de l’égalité entre les femmes et les hommes est incompréhensible. En réduisant son soutien alors qu’il faudrait l’augmenter, et de manière significative, l’Etat se rend complice par son inaction de cette situation.

Si le gouvernement ne revient pas sur cette décision, il apparaîtrait clairement que, dans ce domaine comme dans d’autres, les discours humanistes prononcés du haut des tribunes, ne sont que de la poudre aux yeux.

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