La maire de Paris et l'exécutif veulent interdire la campagne BDS, trois maires de Palestine occupée s'expriment

Les maires de Bethléem, Jéricho, Ramallah rappellent à Madame Hidalgo, maire de Paris, que la campagne BDS vise à l'obtention par des moyens non violents du respect du droit et de la cessation de l'occupation-colonisation de la Palestine, objectifs que la communauté internationale a été incapable d'atteindre 67 ans après la création de l'état d'Israël.

L'exécutif de la Ville de Paris entend faire adopter un voeu visant à sanctionner la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanctions et à interdire à ses partisans de se prononcer en faveur de pressions économiques pour mettre fin à la politique coloniale et d'apartheid israélienne.

Lors de la dennière campagne municiaple, Anne Hidalog avait déjà fait montre d'une partialité toute particulière. Alors que les élus de Paris avaient adopté un voeu demandant de différencier, par l'étiquetage, les produits fabriqués dans les colonies israéliennes de ceux fabriqués dans les limites officiellement reconnues (y compris par la France) de l'état d'Israël, elle n'avait rien trouvé de mieux que de  s'aligner sur les positions du CRIF, elles-mêmes copie conforme de celles du gouvernement Nétanyahou.

Sa prise de position avait été publiée sur le site du CRIF qui n'avait pas hésité à parler d'une nouvelle "nuit de cristal".

Aujourd'hui, l'exécutif qu'elle dirige propose aux élus de Paris d'interdire la campagne BDS lancée en 2005 par 170 organisations représentatives de tous les secteurs socio-économiques palestiniens, une campagne inspirée par la lutte menée par Mandela et la communauté noire d'Afrique du Sud, en butte à l'apartheid.

La ligne politique de Madame Hidalgo et de son exécutif  sur cette question est proprement hallucinante. Après tout, nous sommes en France et pas dans n’importe quelle république bananière où les dirigeants peuvent harceler et réduire au silence ceux qui ne partagent pas leus options  idéologiques.

Espérons que l'appel des maires de Béthléem, Jéricho et Ramallah sera entendu !

Lettre des trois maires palestiniens

Madame Vera Baboun, maire de Béthléem - Monsieur Mohammed Jalaytah, maire de Jéricho - Monsieur Musa Hadid, maire de Ramallah, jeudi 11 février 2016

Madame Anne Hidalgo
Maire de Paris
Place de l’Hôtel de Ville
75196 Paris cedex 04

Madame la Maire,

Nos villes entretiennent des relations d’amitié et de coopération depuis de nombreuses années. Nous nous en félicitons et aspirons à la continuité et au développement des liens d’amitiés déjà ancrés entre nos deux peuples.

Nous valorisons également la politique et l’action menées par la Ville de Paris dans la consécration des valeurs de paix et de justice dans le monde, et plus particulièrement au Proche-Orient. Une politique volontaire maintes fois traduite, par le vœu en faveur de la reconnaissance de l’Etat de Palestine, et les accords conclus entre nos deux villes.

Après une réunion de nos trois municipalités, Ramallah, Bethléem et Jéricho, nous avons opté pour l’envoi de cette lettre unifiée individuellement, afin d’exprimer notre position.

 

Madame la Maire,

Comme vous le savez, nous restons profondément attachés à une résolution pacifique du conflit israélo-palestinien sur la base des deux Etats conformément aux résolutions relatives de la légitimité internationale et les accords conclus entre les parties, israélienne et palestinienne. Cette vision est portée et soutenue par l’ensemble de la communauté internationale. La fin de l’occupation israélienne de la Palestine en est une condition siné-qua-non ainsi que le recouvrement des droits nationaux légitimes du peuple palestinien.

Notre objectif n’étant pas de boycotter le peuple israélien, mais l’occupation par Israël de la Palestine, la politique et les pratiques de colonisation du gouvernement israélien qui ne font que dépérir l’horizon politique pour les deux peuples.

C’est dans cet objectif que nous vous écrivons aujourd’hui. En effet, nous avons appris qu’un vœu serait déposé par les élus au conseil de Paris, relatif à « la condamnation du boycott d’Israël et à la promotion de la paix entre israéliens et palestiniens… » et nous en sommes profondément préoccupés.

Un tel vœu donnerait un signal à contre-sens des efforts de paix et du droit international, il risquerait d’encourager l’occupation et la répression du peuple palestinien.

L’occupation sous laquelle sévissent des millions de palestiniens, ainsi que la colonisation et le système d’expropriation et d’apartheid qui en découle constituent des violations graves du droit international, des droits inaliénables du peuple palestinien et sapent toute solution politique.

Nous souhaitons que le Conseil de Paris reconsidère sa position pour protéger cette paix fragile et particulièrement menacée en terre de paix, la Palestine occupée. Il adresserait ainsi un message fort d’engagement en faveur du droit international et de la diplomatie comme seul moyen d’avancer, tel est l’esprit de l’initiative française annoncée par S. E. Monsieur Laurent Fabius.

Il témoignera, enfin, de son respect à l’égard du droit des palestiniens, et confirmera que la Communauté internationale restera aux côtés de ceux qui respectent ses droits et ses principes.

Nous vous prions de croire, Madame la Maire, en l’expression de nos salutations les meilleures.

Madame Vera Baboun, maire de Béthléem
Monsieur Mohammed Jalaytah, maire de Jéricho
Monsieur Musa Hadid, maire de Ramallah

 

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