Discours de Yehudi Menuhin à la Knesset, 5 mai 1991

A l'occasion de la remise du prix Wolf, le célèbre violoniste a affirmé : « Mes amis, Israël a atteint l’âge de la maturité. Le moment est venu…Quelles que soient les alternatives, il doit y avoir une réciprocité absolue, une égalité absolue…Cette offre ne peut venir que du plus puissant ».

Le discours. "J’aimerais rappeler les mots de Salomon sans doute le plus avisé des hommes, ces mots écrits afin que nous les observions éternellement. « Mon fils n’oublie pas m es enseignements ; que ton cœur retienne mes recommandations. Car ils te vaudront de longs jours, des années de vie et de paix. Que la bonté et la vérité ne te quittent jamais : attache-les à ton cou, inscris-les sur les tablettes de ton cœur et tu trouveras faveur et bon vouloir aux yeux de Dieu et des hommes ». Jamais ces mots n’ont été aussi opportuns qu’aujourd’hui, dans ce monde déchiré par les conflits et le malheur.  La peine, l’angoisse, et l’horreur nous entourent – le moment venu n’est-il pas venu pour nous, Juifs réunis ensemble en Israël, de reconnaître notre suprême destinée, celle de guérir et d’aider ?

La réciprocité est la loi pragmatique de toutes les sociétés. Ceux qui vivent par la paix périront par la paix, et la terreur et la peur. La haine et le mépris sont mortellement infectieux. Et dans le même esprit, vous devez aimer si vous désirez être aimé, vous devez faire confiance, pour que l’on vous fasse confiance, et servir pour que l’on vous serve.

 Mes amis, Israël a atteint l’âge de la maturité. Le moment est venu. Relevez ce défi. Ne calculez pas vos actions dans les ténèbres et la peur ; mais plutôt dans la lumière éclatante des paroles du roi Salomon. Sinon vous continuerez à vous laisse gouverner par cette peur et cette violence, vous resterez un camp retranché tant que vous survivrez.

Quelles que soient les alternatives, il doit y avoir une réciprocité absolue, une égalité absolue, la reconnaissance mutuelle de la dignité et de la vie, le respect des traditions de chacun et de son histoire. Telles sont les conditions sine qua non de la paix. Et non une paix qui serait un hiatus afin de préparer d’autres guerres mais la paix dans sa signification intégrale, la paix qui doit rester et restera une lutte constante et noble.

Cette offre ne peut venir que du plus puissant. Ce pays ne deviendra fort et confiant en l’établissement d’amitiés nouvelles et honorables que lorsqu’il acceptera le fait inéluctable qu’en son sein vivent des gens tout aussi attachés à la terre, prêts à mourir eux aussi pour leurs idéaux et destinés en fin de compte à devenir amis.

Un fait est absolument évident : cette façon improductive de gouverner par la peur, par le mépris des dignités essentielles de la vie, cette constante asphyxie d’un peuple dépendant devrait être la dernière chose acceptée par ceux-là même qui savent trop bien l’horrible signification, la souffrance inoubliable d’une telle existence.

Il est indigne de mon noble peuple, le peuple juif, qui s’est efforcé de rester fidèle à un code de conduite morale pendant quelque cinq mille ans, qui est capable de créer et d’établir un pays et une société tels que nous le voyons aujourd’hui autour de nous, de pouvoir encore refuser le partage de ses grandes qualités et de ses bénéfices à ceux qui séjournent parmi eux.

 

https://histoireetsociete.wordpress.com/2012/12/01/les-paroles-que-yehudi-menuhin-a-prononce-devant-la-knesset-le-5-mai-1991/yehudi-menuhin1-2/

 

 

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