Les Indiens d’Amazonie ne discourent pas des vertus comparées des civilisations ou de géostratégie sur les plateaux de télé ou dans les journaux. Ils n’ont ni reporters ni cameramen dépêchés sur tous les points chauds du globe, ni ministres des Affaires étrangères, ni représentants à l’ONU.
Habitués à se déplacer comme des félins au cœur de la nuit amazonienne la plus noire, leur vision des jeux politiques est, pourtant, aussi précise que leur vue.
Ils résument par une formule, d’une concision inouïe, le rapport de forces dans lequel leur combat s’inscrit :
les frontières ont une couleur et cette couleur est blanche !
Une qualité bien commode qui permet aux dites frontières d’avancer masquées derrière le voile de l’innocence - avec certificat de virginité officiel, délivré par les parlements, les cours de justice et les tribunaux dûment autorisés.
Car les frontières ne sont pas seulement blanches. Il arrive qu’il leur pousse mille pieds tels les mille-pattes. Et comme les mille-pattes, quand elles se mettent en mouvement, protégées par les colonnes de tanks, les bombardiers et les drones conçus par les laboratoires hi-tech et les sociétés start-up, rien ne les arrête.
Elles avancent engloutissant les forêts et entaillant jusqu’au sang la terre, des entailles dans lesquelles s’engouffrent les Fruit, Meat, Mine and Oil Cies aux longues mandibules.
Et avec elles arrivent barrages, murs, barbelés, check-points, routes de contournement, bidonvilles, camps de relégation et bantoustans.
Blanc est la couleur des frontières
En Amazonie et ailleurs !
*Note OE : dans une vidéo diffusée le 15 novembre 2015, dans le cadre de l’émission Vivement dimanche consacrée à la COP 21 et dont Nicolas Hulot était l’invité, ce chef de tribu lui demande : « s’il vous plaît, aidez-nous. Nous sommes impuissants car les frontières sont blanches. »