La berlusconade du Monde.fr

La vie en ligne est effrénée et les éditeurs du Monde.fr comme ceux d'autres médias en ligne sont soumis aux nécessités d'une édition permanente, qu'il faut aligner sur la concurrence tout en s'en démarquant. C'est ainsi qu'il arrive de glisser sur des peaux de bananes de l'information, c'est ainsi que des billets de blogs spécialisés se retrouvent à la Une lorsqu'il s'agit d'être vite présent sur une affaire médiatique.

La vie en ligne est effrénée et les éditeurs du Monde.fr comme ceux d'autres médias en ligne sont soumis aux nécessités d'une édition permanente, qu'il faut aligner sur la concurrence tout en s'en démarquant. C'est ainsi qu'il arrive de glisser sur des peaux de bananes de l'information, c'est ainsi que des billets de blogs spécialisés se retrouvent à la Une lorsqu'il s'agit d'être vite présent sur une affaire médiatique.Et dans le cas de cette Une qui ne semble pas choquer grand monde, le jeu du titre et de l'image me semblent poser un sérieux problème...

 

C'est une présentation sexiste de l'information, qui me semble placer la condamnation de Berlusconi dans le cadre d'un réglement de compte féministe alors qu'elle est avant tout un acte de justice rendu au nom des hommes et des femmes... Aujourd'hui, Philippe Ridet, correspondant du Monde en Italie poste sur le blog "Campagne d'Italie" un billet clair et bref sur la condamnation de Berlusconi à 7 ans de prison par un tribunal composé de trois juges qui sont aussi des femmes. Le billet commence ainsi : "Trois magistrates, Carmen D'Elia, Orsola De Cristoforo et Giulia Turri, ont condamné, lundi 24 juin, Silvio Berlusconi à 7 ans de prison et à l'interdiction à vie d’exercice de charges publiques dans le procès Rubygate, où il était accusé, depuis avril 2011,  d'abus de pouvoir et prostitution de mineure. Ellesont alourdi la peine réclamée par la procureure Ilda Boccassini, d'une année supplémentaire." Le choix de suggérer que le genre des juges a influencé la décision n'est heureusement pas le thème du billet qui fait plutôt un résumé de l'affaire Ruby. Cependant, le titre et ce début de billet entrent en relation avec l'image du cavaliere, en vieux mâle sévère et blessé, aux faux airs de Duce momifié, et vient insidieusement en faire une victime de la vindicte des femmes, ou tout au moins l'objet d'une vengeance. Il aurait lui-même tout intérêt à souligner qu'il a été condamné par des femmes... 

trans.gifDepuis quand indique-t-on le genre des juges en lieu et place de leur qualité juridictionnelle dans des Unes sur des affaires judiciaires ? Pourquoi pas Lagarde mise en examen par des électeurs socialistes ? ou Sarkozy Poursuivi par des administrés d'Alain Juppé ? Ou encore Tapie auditionné par des clients du Crédit Lyonnais ? 

Cette Une ne choquera peut-être pas parce qu'elle sert aussi à capter une satisfaction féminine supposée, à raison, et je crois que de nombreuses femmes apprécieront (peut-être) que cette effigie presque mortuaire du Mâle dominateur absolu, entetrenant un véritable harem de prostituées salariées 3000 euros / mois et logées dans une même rue, soit condamné par des juges et des femmes... cerise sur le gâteau ! 

Cependant, aucun autre journal national n'a osé formuler ainsi la satisfaction légèrement vengeresse que toute décision de justice peut aussi porter, les titres sont plutôt sobres : 

fente31.jpgLe Figaro.fr 24 juin 2013

fente4.jpgLe NouvelObs.com 24 juin 2013

fente6.jpgRue 89 24 juin 2013

On peut d'ailleurs considérer comme un manque de respect pour la justice de présenter le juge qui est censé agir comme représentant d'une collectivité et d'une institution qui le dépasse personnellement comme agissant au nom des éléments de son identité sociale. Il faut s'appeler Sarkozy pour ramener un juge à ce niveau là. La condamnation de Berlusconi est une condamnation de la justice Italienne, elle n'est aucunement une condamnation de femmes instrumentalisant la justice pour venger leur genre. Ce point est important car cet argument peut tout à fait être utilisé par ce vieux roublard de Berlusconi pour se faire passer pour une victime d'un affrontement des sexes... Or s'il a offensé des femmes par ce qu'il incarne d'arrogance machiste et le droit de cuissage qu'il s'était octroyé par son pouvoir et son argent, c'est bien au nom des hommes et des femmes d'Italie que le magnat libidineux a été condamné. Et c'est ainsi qu'il faut l'entendre, quelques soient les désirs de vengeance légitimes qu'éprouvent de nombreuses femmes qui voient ici l'occasion d'une satisfaction... 

Dire que Berlusconi a été "condamné par les femmes" et même si le générique "les" généralise le propos, c'est faire acte de sexisme (peut-être inconscient ou involontaire) et glisser sur la peau de banane de cette actualité en renvoyant les femmes à leurs humeurs...

Berlusconi n'est pas victime des furyes... il a été condamné parce qu'il a enfreint gravement la loi. 

 

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