européennes, le syndrome de Lisbonne

Quand on se flatte d’être démocrate et que, malgré le refus citoyen exprimé par référendum, les principaux partis du pays décident de passer outre en signant le traité de Lisbonne, ils ne devraient pas être surpris par l’abstention massive qui est annoncée lors des élections du 25 mai.

Il faut dire que l’Europe semble faire tout ce qu’il faut pour se faire détester : on n’arrive à ne plus savoir qui y a réellement le pouvoir…

Son fonctionnement basé sur les alliances permet de faire passer des initiatives les plus contestables, ou d’engager des sommes folles dans les plus idiots des projets.

Elle accumule les règlementations les plus loufoques, et ça pourrait être l’occasion de sourire, sauf que, comme disait Coluche, « ne rigolez pas, c’est avec notre pognon tout de même».

Rappelons-nous que la dette publique des pays européens culmine à 11 000 milliards d’euros, que si le niveau de déficit public a légèrement reculé, la dette continue d’augmenter (lien) et que la corruption en Europe se monte à 120 milliards d’euros tous les ans. lien

En France, quelques jours avant l’élection, le ministre de l’économie s’est félicité d’avoir récupéré 10 milliards d’euro issu de la fraude fiscale, (lien) mais comme l’affirmait récemment Corinne Lepage, la fraude fiscale coute encore par an entre 60 et 80 milliards à l’état français. Lien

Passons…

Récemment une commission européenne a planché sur la quantité d’eau qu’il faut envoyer, d’un coup de doigt négligeant, pour éliminer nos excréments, et nos urines, dans les cuvettes habituellement utilisées à cet effet.

Après trois ans de recherches, elle a donc décidé, en publiant un rapport de 122 pages, qu’il faudrait limiter à 5 le nombre de litres relâchés pour nettoyer les cuvettes des WC, et à 1 litre celui destiné à nettoyer les cuvettes des urinoirs.

On découvre aussi dans ce rapport fleuve que les français sont les plus partageurs sur la question « utilisation des toilettes » avec un score de 0,65 WC par habitants, alors que les Allemands le sont moins avec 0,94 %, battu de justesse par les Espagnols, les moins partageurs en la matière avec 1,04 %. lien

Quand on songe que le salaire moyen d’un membre d’une commission du parlement européen est payé plus de 10 000 €, il y a de quoi se demander si nous avons fait le bon choix en nous décidant pour cette Europe là ?

Dans un autre rapport, une commission européenne mandatée par le Parlement pour réfléchir au projet Lyon-Turin a, après 3 ans de réflexion, et de multiples réunions, contesté lucidement la partie fret du projet, suggérant que la voie historique soit améliorée afin de justifier le tunnel actuel, déjà rénové pour y faire passer du fret, (lien) suivant ainsi les recommandations lucides du rapport Duron, (lien) celui de « mobilité 21 », (lien) et celui non négligeable de la Cour des comptes, (lien) qui a repris 2 ans après les arguments des opposants au projet, ce qui n’a pas ému le ministère du transport français qui vient de valider l’ouverture du chantier en Mauriennelien

Or les opposants mettant en avant ce rapport d’octobre 2013, viennent d’être douchés par une nouvelle déclaration de la commission européenne laquelle a réaffirmé son soutien au projet. lien

On tente de comprendre, car ce projet largement surestimé quand au flux des voyageurs, et sous estimé sur son cout, perd le peu d’intérêt qu’il lui restait, privé de son volet fret, se classant ainsi logiquement parmi les grands projets inutiles imposés. lien

Il faut reconnaitre que la voie historique n’est utilisé que pour 18% actuellement pour le transport des marchandises, alors qu’une amélioration de la voie actuelle, suivant le mode autrichien, supprimerait la quasi-totalité des nuisances, et que l’utilisation du procédé de fret ferroviaire R-shift-R, validé par l’ADEME, permettrait de prendre des parts de marché au fret routier. lien

Et pourtant, malgré les ~30 milliards qui seraient gaspillés dans ce projet inutile, seul le RPS (régions et peuple solidaires) évoque dans sa profession de foi européenne ce projet néfaste « développé uniquement pour satisfaire les grands lobbys économiques français et européens » (lien), projet dénoncé aussi par les candidats d’EELV lors des meetings. lien

Revenons aux européennes, les élections de dimanche risquent de déboucher sur une situation plutôt tendue, comme l’analysent lucidement de nombreux responsables politiques dans les colonnes de « Reporterre ».

Pour Jean-Luc Mélenchon, interviewé par Hervé Kempf : « l’Europe n’est pas réformable, il faudrait revenir sur le traité de Lisbonne et démanteler le traité budgétaire (…) il faut tout remettre à plat ».

Il dénonce le fait que l’Europe fonctionne très bien…pour la prédation financière.

« Elle fonctionne plutôt bien pour la libre circulation des marchandises. Mais elle fonctionne de manière abominable pour la circulation des personnes, que celles-ci viennent de l’extérieur, ou circulent à l’intérieur des frontières de l’Europe. C’est le résultat d’un dumping social ave notamment les directives sur les travailleurs détachés. De même, d’année en année, les droits sociaux s’unifient par le bas ».

Défendant l’éco-socialisme, l’animateur du Front de Gauche affirme : «  le système va presser le citron aussi longtemps qu’il y aura une goutte, et il y restera toujours une goutte. Il ne se régulera pas, il ne s’arrêtera pas. Il n’y a pas d’autres limites à l’exploitation que la résistance à l’exploitation. S’il n’y a pas de résistance, il pressera et pressera encore ».

Jean-Luc Mélenchon prophétise finalement que : « la machine va se bloquer, et le système tout entier va passer par-dessus bord ». lien

L’avenir nous le dira.

Ajoutons pour faire bonne mesure le sinistre projet TAFTA, négocié discrètement au sein du parlement européen, et qui permettraient aux entreprises mondiales d’imposer aux états des produits qu’ils ont refusés…lien

Quand aux principaux partis qui se présentent, ils tentent de convaincre, ou en tout cas de mobiliser, en vain semble-t-il, puisque depuis 1979 l’abstention n’a cessé de grimper. lien

Le PS essaye de sauver les meubles, animé par un premier ministre chouchou des électeurs de droite, et s’agitant a coup de déplacements et de cadeaux fiscaux qui ne trompent personne.

L’UMP tiraillée entre un Copé plombé par une vilaine affaire, (lien) et un Fillion qui peine à se démarquer, s’inquiète du risque d’implosion. lien

On sait déjà que le grand gagnant de cette élection sera le parti des abstentionnistes, même si ceux-ci vont involontairement faire les choux gras du front national, en augmentant fatalement la proportion des voix allant vers l’extrême droite.

Mais la vraie punition sera pour le PS, et surtout pour François Hollande, car les électeurs vont montrer par leur vote, ou leur abstention, leur colère et leur sentiment d’avoir été trahi par celui qui n’a pas mis longtemps à renoncer au programme qui l’avait fait élire.

C’est en résumé ce qu’affirme Françoise Fressoz dans son blog du journal « Le Monde », sous le titre « Européennes, chronique d’un désastre annoncé », écrivant : «  le parti socialiste est dans la situation de celui qui a essuyé un group coup de torchon aux élections municipales, et tente de sauver ce qui peut encore l’être », puis évoquant « la sourde résignation qui s’est emparée des partis pro-européens (…) l’UMP ressemble au PS des années 2005 qui faisait campagne pour le OUI au référendum sur le traité constitutionnel tout en refusant d’exclure ceux qui militaient activement pour le non. Aujourd’hui on entend tout et son contraire dans le parti de Jean-François Copé, ce qui n’est pas le meilleur moyen de mobiliser ». lien

Comme dit mon vieil ami africain : « le putois ne sent pas l’odeur de ses aisselles ».

L’image illustrant l’article vient de : « legraindsel.blogspot.fr »

Merci aux internautes de leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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