L’association Karibu déterminée pour son avenir

Il est nécessaire de prendre de la hauteur sur le dossier de la résidence sociale Karibu, de clarifier quelques points d'ombre, de mieux cerner les solutions et d' appeler à nouveau au dialogue pour enfin trouver une réponse honorable, équitables, tenant compte des contraintes y compris financières. C'est ce a quoi s'attèle ce texte

Qu’es-ce que karibu ?

Karibu peut se définir à partir de son histoire singulière

·        Au départ, en 1975, il y a eu le choix d’un particulier de partager, de façon bénévole son habitation, un pavillon de location située à Meudon dans les Hauts-de-Seine, pour accueillir des grands marginaux sans logement, avec l’accord de son propriétaire, un particulier lui-même responsable d’une brocante de type Emmaüs en Belgique. Cette première étape a duré 11 ans.

·         Il y avait dans le même réseau, une deuxième personne qui a également fait le choix d’héberger à son domicile des personnes marginalisées.

·        En 1986, l’Etat (DDASS) a proposé une réhabilitation du pavillon devenu insalubre dans le cadre d’un bail à réhabilitation avant la loi Besson qui les a créé (1990)

·        L’association est alors née, qui va se développer progressivement jusqu'à aujourd’huielle a cosigné son premier des deux baux à réhabilitation avec un premier propriétaire et l’Etat, la vie communautaire initiale autour du responsable a été ainsi encouragée et poursuivie, le travail a été structuré avec l’appui  des partenaires professionnels  de l’association « la Parenthèse », dans le cadre d’une résidence sociale agréée  et pendant 28 ans.

·        L’ensemble des deux périodes ont durées 42 ans. 270 personnes ont été hébergées, d'abord des jeunes très marginalisés, sans financement public,  puis des mamans avec enfants sans logement adressées par les services sociaux avec financement public.

·        En 1989, une maman, résidente, s’est trouvée retenue dans son pays d’origine la RDC par défaut de documents de voyages, laissant à la communauté Karibu deux petites filles âgées de cinq et six ans. Le juge des enfants a alors confié ses enfants au responsable de l’association

·        En 2000, le propriétaire particulier a souhaité vendre son bien, et Freha a été approché

·        En 2002, Freha a accepté de racheter le bien alors qu’il était déjà occupé par Karibu depuis 27 ans avec cette dimension communautaire, qui en faisait la singularité. Freha a ainsi accepté en toute connaissance de cause cette logique communautaire autour du responsable qui est remise  en question aujourd’hui.

·        La même année, ce même responsable, par ailleurs Président d’une communauté Emmaüs est parti à kinshasa au Congo RDC invité par cette famille dont il avait été le tuteur des enfants, un nouveau projet est né sur la base du constat d’une ville submergée de misère avec des milliers d’enfants à la rue Karibu. 15 ans plus tard, cette association a ramené 570 enfants des rues dans leur famille avec un taux de rechute de seulement 4% dans une ville de 12 millions d'habitants qui connait 20 000 enfants à la rue de 5 a 18 ans

·        En 2014, une Fondation a été créée avec la présidente d’un collectif de femmes migrantes l’AFAS, cette Fondation s’appelle  "karibu Kwetu" elle est placée sous l’égide de la Fondation pour l'enfance d'utilité publique.

·        En 2014 également Karibu a proposé au propriétaire Fréha d’envisager une extension des locaux grâce à l’opportunité de la terrasse pour augmenter la capacité d’accueil du pavillon ……..

Et ses résultats acquis:

Aujourd’hui Karibu a développé un réseau qui a poussé ses ramifications dans divers directions cherchant à amplifier le service rendu à l’insertion des migrants, au logement des personnes sans domicile, à la réinsertion dans leur famille des enfants des rues de Kinshasa, enraciné dans les politiques publiques, renforcé par l’expérience des fondateurs qui ont travaillés au sein des ministères des affaires sociales et du travail.

Nos résultats sont là : 570 enfants des rues de Kinshasa ont été réunifiés dans leur famille presque sans échec (4%), 70 personnes prioritaires ont été relogées en logement social dans les Hauts-de-Seine. Dans la dernière période, un départ des familles vers leur relogement a été de l’ordre de 60% annuel sur trois (le double de la moyenne du département) en raison de leur capacité d’initiative

 Et ses méthodes de travail :

Nous mettons l’accent sur le renouvellement permanent de nos méthodes de travail dans l’accompagnement social des familles, enraciné dans de multiples approches décloisonnées : civiques, citoyennes, de mixité sociale, de socialisation, d'aide à l'insertion, d’éveil culturel et d’inter culturalité. Ce travail a été enrichi de l’expérience passée du responsable qui a travaillé aux Ministère des affaires sociales en particulièrement au bureau de la protection de l’enfance et de la lutte contre les exclusions, qui fut Président d’une communauté Emmaüs en France, qui participa à la fondation d’une communauté Emmaüs en Roumanie. Cette compétence a été encore renforcée par les formations reçues dans le cadre du DLA (appui aux strutures de l’économie sociale et solidaire), de l’UNAFO, de Seine Ouest entreprise (management), de l’école de PNL humaniste (formations au développement psychologique de la personne), par la participation à l’animation de l’observatoire de la précarité et du mal logement (OPML 92), et aux travaux d’une commission du SIAO 92.

 La vision de Karibu repose sur la volonté principale de renfort de l'autonomie des bénéficiaires, "donner du pouvoir aux familles"

Karibu a comme devise : « chacun a en lui les ressources pour accomplir sa vie et contribuer à la réalisation d’un monde plus humain » et « nous mettons notre joie dans la guérison des gens qui souffrent » « la lutte contre la misère est un devoir sacré et une loi de l’humanité »

 Voila que le propriétaire décide de réhabiliter le pavillon 

Le pavillon construit avant guerre, a été réhabilité et agrandit il y a 30 ans. Selon le diagnostic de l’architecte du propriétaire Freha, Gilles Kahn, il n’est ni insalubre, ni mal entretenu, ni dangereux, mais il a vieilli, son bilan thermique est médiocre, il ne répond plus aux normes actuelles ce qui rend sa réhabilitation nécessaire. Kahn propose également un plan qui nous a été soumis

Karibu n’a jamais contesté le diagnostic de l’architecte Gilles Kahn, il ne s’est pas non plus opposé à la réhabilitation, mais il a proposé un plan alternatif avec le soutien de la Drihl 92

 Quel est ce plan d’architecte alternatif  de Karibu ?

La terrasse offre 65 M 2 supplémentaire au 1er étage, que Freha n’a pas retenu dans son projet. Or le directeur de l’urbanisme et de la construction de la mairie de Meudon nous a indiqué qu’une construction sur la terrasse ne ferait pas obstacles aux contraintes du PLU, de parking et de voisinage. Notre architecte Lalou Titus, a donc proposé une telle construction en bungalow pour réduire la dépense. Elle a été chiffrée à 80 000 €. Ou trouve-t-on dans les Hauts-de-Seine un tel ratio d’achat. ? Il y a la matière à un compromis viable. Quatre espaces collectifs pourraient ainsi être ajoutés qui permettraient d’ajouter un sixième hébergement aux cinq proposés par Freha et de maintenir sur place l’association Karibu, alors que le type de réhabilitation choisit par Freha n’offre que cinq logements et conduit à écarter l’association Karibu

 Quels sont donc ces obstacles objectifs à franchir ?

·        Le contexte de l’Ile de France a profondément changé avec l’explosion de la demande de logement social et de la demande de mise à l’abri. Les moyens disponibles ne progressent pas au même rythme et les marges de manœuvre des acteurs sont réduites d’autant

·        Une opération de réhabilitation est particulièrement difficile dans cette partie des Hauts-de-Seine et à Meudon en raison du coût du foncier, encouragé par la spéculation et la fiscalité du patrimoine

·        En raison du désengagement financier du Conseil départemental dans le domaine du logement social, et qui a contraint à la fermeture de l‘association la Parenthèse à Clamart en 2016

·       En raison des normes d’habitation majorées dans les Hauts de Seine, beaucoup plus élevées que dans les autres départements : exemple : Pour une personne seule la norme légale est de 10 M 80 pour une rénovation (arrêté du 17 octobre 2011) Elle a été portée à 15 M 2 minimum dans les Hauts-de-Seine (Drihl 92-SHRU)

 

 A ces difficultés objectives il convient d’ajouter les difficultés spécifiques dues au projet lui-même :

·        En raison de la petite taille du pavillon : 152 M 2 de surface cadastrale, 114 M 2 d’emprise au sol,

·        En raison de la singularité d’un projet fondé sur l’habitat partagé prévoyant l’occupation d’une pièce pour le secrétariat et le responsable de l’association, et qui sont remis en cause aujourd’hui.

·        En raison de l’absence de la possibilité de refinancement PLAI, 16 ans apres le rachat du pavillon

·        En raison du choix d’un investissement de réhabilitation trop lourd (300 000 € HT, soit le double du prix de la réhabilitation de 1986 qui reposait sur un arrêté d’insalubrité) et qui appelle des amortissements tout aussi lourds qu’il faut imputer sur une petite struture

·       En raison de la nécessité de récupérer les redevances en lieu et place du gestionnaire Karibu, grâce à la gestion directe pour amortir l’investissement.

 

 La chronologie des événements récents :

Pour toutes ces raisons, le propriétaire Freha a renoncé à la réalisation d’un projet incluant un espace pour le gestionnaire et a décidé, après hésitation, de se séparer de lui, de reprendre le bien en gestion propre après travaux, privant l’association Karibu de ses moyens d’action pour poursuivre sa mission.  La libération des locaux a été exigée pour le 31 décembre 2016.

Par courrier du 3 mars 2017, le propriétaire s’est engagé à reloger l’ensemble des résidents conformément à l’article  245 2-3 du CASF et la circulaire DGCS 1A/2010/271, à reloger en outre le responsable de l’association qui a partagé sa vie avec les résidents pendant 42 ans, à suspendre le versement des loyers de l’association perçus au départ du premier résident.

 Un plan B :

L’association, encouragée en cela par la DRIHL92 qui invitait à la concertation a proposé un plan alternatif d’architecte (Lalou Titus architecte) aux normes, qui a été validé par les services techniques de la Mairie, au regard des critères de parking, de PLU, d’environnement, et approuvé par L’Etat (Drihl 92) pendant plusieurs mois avant qu’elle ne se ravise tardivement. De son coté le propriétaire, après s’être réjoui de la proximité des projets réciproques et appelé à en discuter certains points, s’est ravisé au dernier moment pour maintenir sa décision de faire libérer les lieux.

La raisons  avancées a été le surcoût de 80 000 € du projet présenté par Karibu

Dans ce schéma, l’association Karibu a été invitée à cesser son activité de résidence sociale pour laquelle elle était agréée par l’Etat, elle devra licencier son salarié, disperser ses archives et son mobilier en attendant des jours meilleurs, tout en fragilisant son autre programme en faveur des enfants des rues à Kinshasa.

 La mobilisation de l’association Karibu

La situation était donc devenue soudainement violente injuste et dangereuse. Une assemblée générale extraordinaire a été convoquée le 26 février 2017 (voir photo), elle a décidé d’une mobilisation auprès des pouvoirs publics pour obtenir une solution équitable respectueuse de l’engagement historique de Karibu, un retour dans ses locaux après travaux, ou l’attribution d’un autre bâtiment. Elle a lancé une pétition sur la plateforme « change.org », diffusée sur les marchés de Meudon, pour demander au cabinet de la Ministre Emmanuelle Cosse d’intervenir pour trouver une solution amiable. Cette pétition a recueilli 800 signatures. Le Préfet des Hauts-de-Seine a été également destinataire de la pétition.

L’association s’est également engagée dans la recherche d’un plan C. elle a rencontré à ce titre Mme Perez, Maire Adjointe de Gennevilliers, a écrit Philippe Laurent, Maire de Sceaux, vice Président de l’agglomération du Grand Paris ; Elle a reçue le soutien du Président de SNL 92, M. Baufine et établi un lien avec le Président national de SNL, Alain Régnier.

 Les soutiens publics reçus en retour :

·       Etienne Pinte, Président du Conseil national de politiques de lutte contre les exclusions (CNLE) Cet L’ancien député maire de Versailles a écrit deux lettres de soutien sur ce dossier,

·       Jean Levain, 1er vice Président de la communauté d’agglomération de l’Arc de Seine, (Vanves, Issy, Meudon, Chaville, Ville d’Avray) qui a contacté la Ministre Cosse

·       Loïc Le Naour,  chef de file des écologistes élu au conseil municipal de Meudon a également contacté la ministre

·       Jean Claude Boual, Président du collectif des associations citoyennes (CAC) ,  regroupant 1500 associations œuvrant pour promouvoir la logique de l’intérêt général devant le danger de l’instrumentalisation des associations dans la seule gestion, Jean Claude Boual est, par ailleurs, secrétaire général de la CGT Equipement. Il a écrit à la Ministre et diffusé une note d’accompagnement de la pétition dans son réseau

·       Un ancien conseillé d’Etat honoraire, qui ne veut pas s’afficher tout en s’engageant concrètement.

·       Pascal Payen Appenzeller, membre du Conseil de l’ordre des architectes, historien de Paris, écrivain (100 titres), poète, secrétaire général de « la Geste d’or » attribuant des prix d’architecte. Il a écrit à la ministre et au Maire de Sceaux, vice président de l’agglomération du grand Paris  pour identifier les friches industrielles

·       Le collectif logement de Meudon regroupant 10 associations (Secours catholique, secours populaire, ATD, SNL, LDH,…)

·       Le Comité de Défense du Quartier Rodin de Meudon, association de quartier

 

 Le soutien du voisinage:

·       Les habitants du quartier connaissent bien l’association qui lui propose chaque année des initiatives, et ont été choqués par la révélation de l’expulsion et de la fin de l’histoire Karibu, leur solidarité spontanée nous a permis de trouver des soutiens importants

·       Sur les petits marchés de Meudon où la pétition a circulé, nous avons recueilli de façon majoritaire, dès que les gens s’arrêtaient, leur sympathie, leur admiration et leur indignation.

 

 

 Le soutien des résidents et anciens résidents

Pour les anciens résidents, Karibu est le plus souvent vécu comme une famille, la leur,  et la nouvelle les a blessés. C’est particulièrement vrai pour les enfants qui y ont vécu un moment d’épanouissement et de bonheur. Les actuels résidents s’y plaisent beaucoup, démontrant que cet outil est pertinent, s’ils sont bien profilés, ce qui est désormais le cas avec les orientations du  SIA0 92

 

Pourtant nous sommes dans une impasse, comment l’interpréter ?

·       C’est la troisième struture d’hébergement collectif qui disparait dans cette partie des Hauts-de-Seine, il y a eu la disparition de la résidence sociale « La Parenthèse » à Clamart, destinée au même public de familles sans logement, la disparition d’un foyer d’étudiant situé à Sèvres repris en gestion directe par un office HLM ce qui a fait disparaitre les espaces collectifs accompagnés.

·       Il y a une difficulté accrue aujourd’hui pour faire vivre des structures avec espace collectif, qui coûtent en proportion plus cher et les investissements pour les résidences sociales suis géneris ont diminués

·      L’Etat qui a rendu possible à deux reprises (1986, 2002) ce programme d’habitat collectif partagé, qui a donné son accord en 2016 parait aujourd’hui y renoncer, à contre cœur, pour les seules raisons de financement, malgré les orientations stables sur ce point du futur Schéma Régional de l’Hébergement et du Logement 

Le contenu de la requête de l‘association

Karibu se bat pour son avenir préservant sa  vision d’un habitat collectif partagé

·       L’association demande l’intervention d’un médiateur en vue de trouver une solution viable financièrement et socialement, c’est ce qui a été demandé au cabinet d’Emmanuelle Cosse

·       L’association propose un plan B, réduisant les ambitions de la réhabilitation trop chère et demandant que le projet ne se contente pas de réaménager les surfaces internes, choix de Freha, mais d’étendre sa surface en utilisant l’opportunité d’une grande terrasse, ce qui était son souhait initial, permettant ainsi de réaliser les espaces collectifs accompagnés nécessaires, conforme au schéma actuel. On s’étonne qu’une telle densification n’ait pas été envisagée alors que nous sommes en zone très tendue. L’association serait prête à contribuer financièrement à un tel plan avec ses partenaires dont deux Fondations.

·       A défaut l’association demande un délai de transition pour se réorienter et à être appuyée pour réaliser son plan C en trouvant une ruine à réhabiliter ou un autre bâtiment de taille équivalente (200 M 2) qu’elle va investir avec ses partenaires SNL et l’AFAS

 

 

En forme de constat conclusif

Nous sommes confrontés à une série d’obstacles financiers, en d’autres termes à un mur de l’argent :

·        Qui oblige les très pauvres à rester localisés sur les villes principalement dédiées au social : Bagneux, Gennevilliers, Nanterre, Villeneuve la Garenne, Chatenay

 

·        Qui conduit le projet à renoncer au maintien de l’activité fondée sur une vie partagée avec ces publics pauvres malgré le plébiscite de cette initiative dans son environnement et sa vertu de mixité sociale 

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