Ces Chrétiens qui soutiennent François Ruffin

En ces terres de Picardie, marquées par l'histoire ouvrière et aujourd'hui frappées par les délocalisations, on ne parle guère de ces chrétiens acteurs du mouvement ouvrier et solidaires du combat de François RUFFIN. Une longue tradition partagée de coopération existe pourtant fondée sur le refus des injustices et la sensibilité à la vie précaire. Je suis allé à leur rencontre

 Reportage dans la vallée de la Nièvre (Somme)

 La vallée de la Nièvre, verdoyante au cœur de la Somme, forme un ruban de 23 km regroupant 38 communes, elle se répand entourée de collines avec en son cœur les bâtiments industriels désaffectés, les citées ouvrières faites d’alignements de maisons colorées, enfin trois châteaux anciennes demeures des propriétaires, les frères Saint, traces d’un long passé industriel révolu initié en 1840 avec la mise en exploitation de la toile de jute et ayant compté jusqu'à 20 usines et 12 000 salariés. Sur le bâtiment de la mairie on peut encore lire une plaque souvenir indiquant  « hommage à l’émancipation de la pensée humaine »

 Les usines textiles, qui occupaient une bonne partie de la vallée, ont été délocalisées, comme beaucoup d’autres à l’exemple de Whirlpool qui va quitter Amiens, et dont le parking a été le lieu d’un célèbre débat entre le candidat Macron et le journaliste Ruffin.

 En France, un million d’emplois industriels ont été perdus dans ces délocalisations en 15 ans. La résistance ouvrière qui a accompagné ces délocalisations a laissé des traces de fraternité nées dans les luttes mais aussi de colère contre ce gâchis, dans ces terres marquée par le désir de justice, déboussolées par les défaillances des représentants politiques et aujourd’hui tentées par le Front National.

 C’est dans ce contexte que François Ruffin, un enfant du pays, a réussit une percée inattendue, gagnant au second tour des législatives avec 56%

Il a pu compter sur les voix chrétiennes car ici l’Eglise s’est ouverte depuis longtemps aux aspirations ouvrières, accédant, avec ses militants, au refus radical des injustices et à la réalité de la survie précaire.

 Nous avons rencontré deux d’entre eux : José et son épouse Catherine.

José est chauffeur routier, syndicaliste, membre de l’Action Catholique Ouvrière (ACO), il n’a jamais accepté aucune promotion et sa vie est marquée par le souci de l’action collective et de la défense des droits des salariés. Catherine, son épouse, est assistante maternelle et défend ses collègues à la commission d’agrément (cf vidéo) suspendues parfois à la suite d’une simple main courante

 Nous sommes très loin des affrontements entre religieux et laïques d’autrefois et signe de ce changement de climat, le village de l’Etoile connu pour son athéisme a tenu à reconstruire son église quand celle-ci a brûlée.

La vitalité chrétienne est réelle : une quinzaine d’adultes se font confirmer chaque année dans la vallée. Nous avons rencontré deux d’entre eux : Stéphane et Aline. Stéphane est originaire du village de l’Etoile, salarié de l’entreprise Bigard, personne ne connait la religion chrétienne dans sa famille, et il est entré dans une église pour la première fois grâce à sa femme Aline et à ses filles. Il y a découvert une communauté qui est devenue sa famille « la religion catholique pour moi c’est l’amour » en contraste avec la dureté des relations ouvrières de son milieu, ou il n’y a « pas de pardon, pas de pitié »

 Nous avons également rencontré le curé de la paroisse bien accepté de tous, malgré le port de la soutane, grâce a son attitude ouverte a tous 

  Nous avions rendez vous avec Catherine Thierry , qui fut d’abord facteur puis ouvrière d’usine toute sa vie, ancienne membre du comité d’entreprise de « Saint Frères », syndicaliste et visiteuse de prison, aujourd’hui retraitée, conseillère juridique des salariés licenciés, Catherine est également religieuse, Dominicaine Missionnaire des Campagnes, membre de la Mission de France.

 A Flixecourt ou elle réside le Font national à fait 52% aux régionales. François Ruffin lui a demandé de témoigner dans son film « Merci patron » et elle a déclaré devant la ruine de son usine emportée par la spéculation de son propriétaire Bernard Arnault « l’évangile nous demande de choisir entre Dieu et l’argent » comme un écho à la citation posée sur un vitrail du château de l’ancien propriétaire de « Saint-Frères » « l’amour peut beaucoup, l’argent peut tout »

Radicalité donc de son engagement, porté par un fort tempérament, mais fraternité aussi, Catherine a le don de la réconciliation dans un monde marqué par les blessures psychologiques, les vieux antagonismes hérités, elle connait chaque enfant des villages par son prénom, son engagement vient de loin, sa congrégation religieuse a choisit le travail ouvrier depuis sa fondation en 1932. Elle non plus n’a jamais accepté de promotion dans son travail.

 Catherine, aujourd’hui âgée de 79 ans, elle continue le soutien juridique des ouvriers licenciés et l’accompagnement des catéchumènes

Cela reste dur de vivre en fidélité aux deux réalités laïques et religieuses, Aline nous l’a confié « il y a deux Eglises ceux des possédants et celle des gens qui n’ont pas grand-chose, quand on veut que les choses soient justes on est très seul »

 Olivier CHAZY,  Reportage pour la Mission de France

Juillet 2017

 PJ : Interview vidéo de Stéphane et Aline : https://youtu.be/ZVerjed7G4Y et José et Catherine :  https://youtu.be/ytmK9_25CVg

 

Photos des usines désaffectées, des alignements des maisons ouvrières, des châteaux désaffectées des patrons 

l'un des trois châteaux des anciens propriétaires Saint Frères l'un des trois châteaux des anciens propriétaires Saint Frères
cité ouvrière de l'Etoile cité ouvrière de l'Etoile
l'une des nombreuses usines désaffectées  a Flixecourt l'une des nombreuses usines désaffectées a Flixecourt
cité ouvrière de l'Etoile cité ouvrière de l'Etoile
cité ouvrière de Flixecourt cité ouvrière de Flixecourt
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