Calais le jour d'après

Le 2 juillet, à 6h30 du matin, le centre d'hébergement de la rue de Moscou a été évacué par les forces de l’ordre. La requête, validée quelques jours plus tôt par le tribunal administratif de Lille, venait de la mairesse Natacha Bouchart (UMP). Les modalités de cette intervention ont surpris les militants, pourtant habitués aux situations tendues, depuis la fermeture du camp de Sangatte, à l'ouest de Calais, en 2002. 

Le 2 juillet, à 6h30 du matin, le centre d'hébergement de la rue de Moscou a été évacué par les forces de l’ordre. La requête, validée quelques jours plus tôt par le tribunal administratif de Lille, venait de la mairesse Natacha Bouchart (UMP). Les modalités de cette intervention ont surpris les militants, pourtant habitués aux situations tendues, depuis la fermeture du camp de Sangatte, à l'ouest de Calais, en 2002. 

« Les policiers sont entrés, explique un membre du collectif No Border, et ils ont fait sortir tous les blancs, militants et journalistes. Ces derniers ont été tenus à l’écart durant toute la durée des opérations. Mais les migrants qui faisaient mine de sortir sans opposer de résistance ont été repoussés vers l’intérieur, à l’exception de quelques uns qui sont parvenus à s’enfuir. Les autres, 610 en tout, ont été rangés par nationalité puis chargés dans quatorze bus numérotés. Les bus ont rejoint les commissariats de différentes villes, Béthune, Lille, Rennes etc. Les mineurs ont été transférés dans un centre ouvert, dont ils se sont aussitôt enfuis. » Trois militants ont été placés en garde à vue le matin-même, deux autres à dix-huit heures. L’un d’eux, qui avait hébergé une vingtaine de migrants, est sorti de chez lui les menottes aux poignets. L’autre, d’après plusieurs témoins, a simplement manifesté sa peur devant cette interpellation.

Le lendemain, une militante d’une autre association explique: « Les migrants arrêtés nous ont tous raconté la même histoire. Arrivés au commissariat, on les a gardés une dizaine de minutes, puis on leur a dit qu’ils pouvaient partir. Je pense que quatre-vingts pour cent d’entre eux sont revenus dans la soirée d’hier. On est inquiets aussi pour les autres, dont on est sans nouvelle. » Le matériel fourni par les associations (France Terre d’asile ou le Secours catholique) a été saisi et placé dans deux bennes. « Ils nous ont dit qu’on pourrait tout récupérer le lendemain matin. » Arrivés à la décharge, bénévoles, associatifs et militants ont trouvé les équipements détruits.

Dans l’après-midi du 3, les équipes de Médecins du monde sont parties à la recherche des « jungles » -des terrains à l’écart de la ville où des groupes plus ou moins importants de migrants se sont rassemblés- et ont procédé à une nouvelle distribution de matériel d’urgence.

L’action menée par les forces de l’ordre, très coûteuse en hommes et en logistique, l’a été aussi pour les structures chargées de porter secours à des populations vivant dans la plus extrême précarité et que d’aucuns considéreraient, s’il s’agissait de ressortissants européens victimes d’une catastrophe (inondation, attentat ou enlèvement), comme en état de grande fragilité psychique suite à des chocs traumatiques répétés. Du strict point de vue de l’ordre public, elle n’a fait que rendre plus délicate toute structuration d’une communauté fragile et désorganisée, renvoyée une fois de plus vers une marginalité inutile et contre-productive. Tout se passe en effet comme si, au niveau symbolique, il s’agissait de faire disparaître les gens. « La jungle est faite pour les singes, pas pour les êtres humains » dit un Soudanais sous ce qui est devenu un grand arbre à palabres, où ses compagnons d’infortune ont accroché quelques vêtements à sécher.

Reportage complet (texte et photographies) sur le site on ne dormira jamais.

Voir aussi la page, Calais, cette frontière tue, énumération non exhaustive des décès à la frontière entre la France et l’Angleterre.

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