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Billet de blog 8 mars 2012

Halal: quelques considérations en marge d'un faux débat

Les élections sont devenues, c'est une tradition désormais, l'occasion de multiplier les faux débats. L'un des derniers en date concerne la viande halal, lancée par l'extrême-droite et relancée par le gouvernement. Pour autant, j'ai lu ici ou là, il fallait s'y attendre, que la question animale demeurait secondaire.

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Les élections sont devenues, c'est une tradition désormais, l'occasion de multiplier les faux débats. L'un des derniers en date concerne la viande halal, lancée par l'extrême-droite et relancée par le gouvernement. Pour autant, j'ai lu ici ou là, il fallait s'y attendre, que la question animale demeurait secondaire.
À ceux qui veulent séparer les problèmes de l'homme et ceux de l'animal, on pourrait toujours rappeler ces phrases de Claude Lévi-Strauss -le texte intégral est ici- récemment découvertes à la belle exposition du Quai Branly sur L'invention du sauvage:

"On a commencé par couper l'homme de la nature, et par le constituer en règne souverain ; on a cru ainsi effacer son caractère le plus irrécusable, à savoir qu'il est d'abord un être vivant. Et en restant aveugle à cette propriété commune, on a donné champ libre à tous les abus. Jamais mieux qu'au terme des quatre derniers siècles de son histoire l'homme occidental ne put-il comprendre qu'en s'arrogeant le droit de séparer radicalement l'humanité de l'animalité, en accordant à l'une tout ce qu'il refusait à l'autre, il ouvrait un cercle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d'autres hommes, et à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d'un humanisme corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l'amour-propre son principe et sa notion."

Ceci étant posé, le débat sur la viande halal, lui, est effectivement un débat secondaire. D'abord parce qu'il place la cruauté sur un terrain strictement religieux -celui de la religion de l'autre cela va sans dire- quand les questions essentielles sont :

1/ la surconsommation de viande (3 millions de bêtes tuées chaque jour en France), qui, halal ou pas, est désastreuse à plusieurs titres:

  • cette surconsommation absorbe une part substantielle de la production agricole et de l'eau disponible, épuisant  inutilement les sols (35% des terres dans le monde sont menacées de désertification rappelons-le).
  • elle entraîne une pollution énorme, et participe activement au réchauffement de la planète, dont personne ne doute plus, sinon dans le parti de madame Le Pen, justement.
  • elle s'accompagne d'une industrialisation de l'élevage et de l'abattage qui rend secondaire, oui, les conditions de la mise à mort -la vie des animaux en de telles conditions n'est guère qu'un long supplice.

2/ l'absence totale de transparence sur ce qui se passe dans les abattoirs, conséquence directe de la dite surconsommmation, et des bénéfices qu'elle génère.

Le classement progressif de mouvements de défense de la cause animale au rang d'organisations terroristes, aux États-Unis notamment, bien que peu médiatisé, en dit long sur les enjeux économiques qu'ils menacent -et cela vaut autant pour l'agroalimentaire que pour les industries pharmaceutiques ou cosmétiques.

Quiconque a vu des images d'un abattoir, halal ou pas, sait bien qu'il n'y a pas d'abattage sympathique, humaniste, respectueux du droit des animaux. Si c'était le cas, les films tournés dans les abattoirs ne feraient pas l'objet de procédures judiciaires et autres intimidations.

Soulignons par exemple que ce n'est ni l'Islam ni le Judaïsme qui ont inventé des professions aussi absurdes que celle de "sexeur de poussins", qui consiste à trier, pour les jeter dans un broyeur, les oisillons de sexe mâle au sortir des couveuses industrielles.

Quant aux manipulations génétiques actuelles, elles laissent loin derrière elles les horreurs de l'abattage à la chaîne, avec ou sans égorgement.

Rappelons enfin que ce qui a hurlé et continue de hurler le plus dans nos campagnes, ce sont les porcs qui, étourdis ou pas, n'ont jamais été ni halals ni cashers. Mais continuent d'alimenter allégrement les apéros "saucisson et pinard" de la droite dite "populaire".

Il existe un très bon livre sur toutes ces questions de Fabrice Nicolino. Il s'appelle Bidoche (Paris, LLL, 2009). À la différence de son auteur, je suis végétarien depuis longtemps, et je me suis dispensé de le lire jusqu'au bout.

On ne saurait trop renvoyer Madame Le Pen et Monsieur Guéant aux dites phrases de Claude Lévi-Strauss, et à sa pareille bienveillance pour tous les êtres vivants. Et leur redire qu'au rang des traditions assurément douteuses, le "halali" vaut bien le "halal". Un terme qui vient de l'ancien verbe français "haler": "exciter avec des cris".

Voir aussi: le site de l'association L214. À noter que l'abattage sans étourdissement est interdit dans plusieurs pays européens. Il n'y a toutefois, je le répète, aucune forme d'abattage sans souffrance pour consciences apaisées.

Quelques traditions bien françaises de respect des animaux:

La liste n'est pas exaustive.

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