Tout ce qui est rouge n'est pas de gauche.

Deux récentes mobilisations de masse, celle des « Bonnets rouges » début novembre 2013 et celle des céréaliers trois semaines plus tard, devraient suffire à le rappeler: grèves et manifestations ne sont pas l’apanage de la gauche, ou pour mieux dire, l’inquiétude est de mise quand elles ne le sont plus.

Deux récentes mobilisations de masse, celle des « Bonnets rouges » début novembre 2013 et celle des céréaliers trois semaines plus tard, devraient suffire à le rappeler: grèves et manifestations ne sont pas l’apanage de la gauche, ou pour mieux dire, l’inquiétude est de mise quand elles ne le sont plus. Depuis la pression de rue dès l’automne 2012 contre le « Mariage pour tous », il est de plus en plus clair qu’à différentes échelles, face à une « crise » qui révèle les failles et les faillites d’un système, la réaction ne peut plus se contenter de ses moyens traditionnels de coercition, ceux plus ou moins de mise dans le jeu évidemment truqué, mais réglé, d’une démocratie parlementaire.

Dans ce cadre admis, dirons-nous, les arbitres sont souvent juge et partie, les équipes n’ont pas les mêmes vestiaires, les caméras oublient de filmer certaines fautes et bon nombre de journalistes commentent au gré de leur carrière en cours. Il n’en reste pas moins que tout le monde est témoin, public compris, que les lignes du terrain sont correctement tracées. Chacun estimera en conscience si le combat consiste à mieux faire respecter les règles ou à sortir du cadre. En attendant, la mauvaise humeur s’exprime parfois vainement après le match, sous le patronage on ne peut plus impartial d’un nombre idoine de policiers. 

Tout peut changer dès lors que le perdant désigné a le mauvais goût de marquer quelques buts.

Ce constat fait, à évoquer l’instant où le stade menace de se changer en arène, il n’est pas tout à fait inutile de revoir ce que Chris Marker, à travers la voix de François Périer, racontait en 1975 de La Spirale qui mena au 11 septembre 1973 et à la dictature du général Pinochet. Bien sûr, le Chili n’est pas la France, et nul n’imagine un seul instant comparer François Hollande à Salvador Allende, ni dans sa politique ni même dans le danger qu’il représente pour une classe dominante que ce dernier entend aussi représenter. Pour autant, dans un contexte international où le rapport de forces est très défavorable, les rares et timides mesures du gouvernement se sont heurtées à une montée en force violemment disproportionnée. Puisqu’il est toujours bon de connaître son ennemi avant qu’il ne vous mange, je vous invite à lire cet extrait de la voix-off, avant de voir ou de revoir ce film en entier.

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Octobre 1972 – La grève des camionneurs, mouvement largement financé par la CIA, paralyse le pays. Tout ce qui est rouge n’est pas de gauche.

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