La Sœur des réfugiés à l'église Saint-Bernard.

Le presbytère, situé au 6, rue Saint-Luc, accueille depuis quatre ans une huitaine de réfugiés. La durée de séjour varie entre 1 et 4 mois. Tous ont une demande d’asile en cours, validée par la préfecture, mais pas encore de logement.

Le presbytère, situé au 6, rue Saint-Luc, accueille depuis quatre ans une huitaine de réfugiés. La durée de séjour varie entre 1 et 4 mois. Tous ont une demande d’asile en cours, validée par la préfecture, mais pas encore de logement.

Sœur Marie-Jo nous attend dans la petite salle paroissiale, où un immense planisphère jouxte un discret crucifix. Devant son ordinateur, elle répond à nos questions et émet quelques doléances: « Il nous manque du lait et des kits d’hygiène. Beaucoup de migrants qui dorment sous le pont ont des abcès au visage. Parfois je les emmène aux urgences dermatologiques de l’hôpital Saint-Louis, mais le week-end je fais comme au village, je mets des gants et je donne les premiers soins. J’ai vu des migrants rester couchés à même le sol pendant plusieurs jours, sans personne pour s’occuper d’eux. »

Au village, c’est un souvenir du Cameroun, son pays d’origine, qu’elle a quitté il y a sept ans. Après une première année à Grenoble, elle est arrivée à Paris, où elle partage aujourd’hui un appartement avec deux autres sœurs de la congrégation de Jésus serviteur, aux environs du métro Marx-Dormoy. Si elle a choisi de se consacrer aux migrants, les deux autres religieuses œuvrent dans l’association Aux Captifs la libération, notamment auprès des prostituées, et à l’aumônerie de l’hôpital Lariboisière. Je la questionne sur le passé de cette église, sur la continuité d’engagement maintenu par le père italien Livio Pegoraro, arrivé l’an dernier. « La communauté paroissiale est multicolore. C’est pourquoi des actions comme celles-ci y sont facilement liées » répond-elle simplement. « Moi, j’ai le monde entier ici. C’est comme ça. »

Les réfugiés qu’elle accueille viennent pour une bonne part de la Corne de l’Afrique -Éthiopie et Érythrée- mais aussi du Soudan voisin, de l’Afghanistan, de la Libye, du Cameroun. « Il y a eu aussi des Yéménites et un Palestinien. » La grande salle paroissiale leur sert de réfectoire le jour et de dortoir la nuit. La sœur ou un bénévole dort dans la petite salle où nous nous trouvons. « Quand tu passes la nuit ici, tu les entends se réveiller en sursaut, cauchemarder, crier parfois. Un jour, l’un d’eux m’a dit que son frère était monté sur un bateau libyen la veille de son départ à lui. Il s’est noyé durant la traversée. Cette nouvelle, il ne pouvait pas l’annoncer à sa mère. Elle est cardiaque. Elle n’y aurait pas survécu. »

Les samedis et dimanches, l’église offre le petit-déjeuner aux migrants sous le pont. « La semaine, c’est un peu plus simple, les lieux sont souvent saturés, mais on se débrouille plus ou moins, le week-end la plupart des structures sont fermées. Il faut au moins une boisson chaude le matin quand on dort dehors, surtout l’hiver. En ce moment, nous servons 70 petits déjeuners, on est montés jusqu’à 120. » Sœur Marie-Jo s’adresse à Mohamed Mazidi, un responsable de France Terre d'asile qui m'accompagne: « Il nous faut du lait, tu nous aides à en trouver? »

Le reportage entier et les liens sont ici.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.