Italie: Nouveau Centre-Droit et vieux salut fasciste.

Politiquement, l'Italie est un pays formidable.Depuis vingt ans, chacun concourt à y faire croire que la "fin de l'histoire" prophétisée par Fukuyama en 1989 a vraiment eu lieu. Tout y est devenu postidéologique, dans la meilleure des farces possibles. Celle d'une loi du marché devenue force de loi, où, rappelons-le, pour la première fois dans l'histoire d'une démocratie parlementaire, l'homme le plus riche du pays a été aussi son président du conseil.

Politiquement, l'Italie est un pays formidable.

Depuis vingt ans, chacun concourt à y faire croire que la "fin de l'histoire" prophétisée par Fukuyama en 1989 a vraiment eu lieu. Tout y est devenu postidéologique, dans la meilleure des farces possibles. Celle d'une loi du marché devenue force de loi, où, rappelons-le, pour la première fois dans l'histoire d'une démocratie parlementaire, l'homme le plus riche du pays a été aussi son président du conseil.

Dans ce grand laboratoire, les communistes sont devenus postcommunistes -voire, comme a osé le dire l'ancien député du PCI Walter Veltroni en 2008: "réformistes et non de gauche".

Les fascistes, eux, sont devenus postfascistes -voire, comme a osé se présenter l'ancien président du MSI [Mouvement Social Italien, décalque transparente de la République Sociale Italienne, régime fantoche mussolinien à la solde de l'Allemagne nazie entre 1943 et 1945] de fermes condamnateurs du fascisme, défini comme un "mal absolu" à l'occasion d'une visite à Jérusalem, en 2003.

N'existent donc plus en Italie, si l'on fait abstraction -difficilement il est vrai- des zélateurs ni de gauche ni de droite du comique milliardaire Beppe Grillo, qu'un centre-gauche et un centre-droit.

Dans ce pays formidable, l'ancien président du conseil et première fortune d'Italie a répété à l'envi que le communisme -qui n'a jamais été au pouvoir au niveau national- était la source de tous les maux. 

Dans un sketch de 2011, où l'on voit le conducteur d'un 4X4, après avoir renversé un simple passant, vérifier l'état de son pare-choc avant d'agonir d'injures politiques sa victime -"vous savez combien de millions de morts vous avez fait et vous vous êtes tus!"- le piéton finit pas s'enfuir en boitillant tandis que le fautif conclue par cette phrase lapidaire: "Ça marche à tous les coups!"

Certains étaient communistes, rappelait déjà Giorgio Gaber, vingt ans plus tôt, dans un monologue où un ex-militant commence par s'excuser:

Non, non, non, moi ça non, moi le poing je ne l’ai jamais montré, le poing non, jamais. Ben en somme, une fois mais… un petit poing, mais vite fait…
Comment? Si j’étais communiste? Eh. J’aime bien les questions directes! Vous voulez savoir si j’étais communiste? Non, non enfin parce que maintenant plus personne n’en parle, tout le monde fait semblant de rien et pourtant vous avez raison il faut mettre certaines choses au clair, une bonne fois pour toutes.

Quant à Ascanio Celestini, devenu l'un des rares écrivains de la "gauche radicale" à avoir les honneurs réguliers de la télévision, il n'est guère plus clair au fond en 2008:

Moi je suis communiste… parce que les communistes, ils sont comme les martiens… certains disent que les martiens sont une intelligence supérieure, comme les communistes. D’autres disent au contraire que les martiens sont des criminels, des assassins qui détruiront le monde, comme les communistes.
Mais tout le monde sait que les martiens n’existent pas, que les martiens sont une invention littéraire, une merveilleuse histoire de science-fiction… comme le communisme.

Si le poing se cache, le "salut romain" -ou fasciste- lui, recommence alors à se montrer, comme le fait remarquer le même auteur dans un monologue filmé pour la Rai 3 en 2011

On est beaucoup, maintenant, vous savez. Ce n’est plus comme avant où on n’était que quelques uns, on se cachait, on fuyait. Prenez par exemple, je ne sais pas, mettons, un Ministre, mettons, voilà, un Ministre. Mettons, allez, un ministre important, un Ministre de la Défense mettons. Mettons, un jour spécial, une célébration, genre par exemple le 8 septembre hein, le jour de l’Armistice, mettons. Mettons que ce ministre de la Défense soit à un pas du Président de la République et mettons, là, en ce moment précis, hein, le Ministre dit que les fascistes de Salò [autre nom de la République Sociale Italienne, précédemment citée], au fond, à leur manière, c’étaient des patriotes, vous comprenez ? Il jette la pierre et il montre la main, vous comprenez ? Il jette la pierre et il montre la main.

Revenons au centre-droit, ou pour mieux dire -car c'est ainsi qu'il se définit- au "centre-centre droit", bref, à ce Nouveau Centre Droit toujours plus au centre, réuni derrière le Vice-Président du Conseil Angelino Alfano, qui rassemble ceux qui ont refusé de se joindre à l'ancien parti de Silvio Berlusconi Forza Italia, récemment reconstitué. "Modérés", ils ont préféré rester fidèles à la grande alliance "centre-gauche centre-droit" du gouvernement d'Enrico Letta, celle-là même que certains ont qualifiée, en référence au "compromis historique" manqué entre Parti communiste et Démocratie chrétienne de mars 1978, de"schifezza storica" -une "horreur historique".

Courant janvier, les jeunes de ce courant se sont réunis à Pesaro. Sur une vidéo rendue publique aujourd'hui, on voit de très nombreuses personnes dans l'assemblée -une majorité peut-être, même si l'image ne montre pas tous les participants- accueillir leur leader d'un "salut romain" -ou fasciste- tandis que s'élèvent les notes de l'hymne national italien. 

Angelino Alfano a répondu ainsi à ce suprenant accueil:

Vous avez été mon chargeur de batterie, non parce que mes batteries sont vides, mais parce que voir votre enthousiasme est électrisant.

Tout ceci intervient, notons-le, alors qu'en France, le nouveau programme clairement libéral économiquement, et donc de droite, de l'ex-social-libéral François Hollande et de son gouvernement, est présenté par une large partie de la presse comme un "virage social-démocrate".

Il est donc plus que temps, au lieu de laisser la balle au centre, que renaisse la fierté de s'affirmer de gauche, à condition bien sûr qu'on le soit vraiment. De renvoyer les usurpateurs à leur honte et de condamner leur lâcheté sans détour, sans se bercer d'illusions.

Il s'agit, sans plus attendre, de tirer les leçons d'une Histoire toujours à faire, dont le pouvoir, en Italie comme en France, semble avoir perdu à ce jour et le sens et la fin.

Politiquement bien sûr, la France est un pays merveilleux.

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