1994 -2014, vingt ans de malheur en Italie.

 Le 12 juin 1994, il y a 20 ans, les élections européennes confirmaient le triomphe du « Pôle des libertés – Pôle du bon gouvernement », lequel venait d’accéder au pouvoir deux mois plus tôt, après avoir obtenu la majorité absolue à la Chambre des Députés.

 

Le 12 juin 1994, il y a 20 ans, les élections européennes confirmaient le triomphe du « Pôle des libertés – Pôle du bon gouvernement », lequel venait d’accéder au pouvoir deux mois plus tôt, après avoir obtenu la majorité absolue à la Chambre des Députés.

Avec plus de 30% des voix, Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, devenait la première force politique du pays, et atteignait presque 50% des voix avec ses alliés d’alors, les ex-néofascistes du MSI, refondé en Alliance nationale -Pôle du bon gouvernement- et les régionalistes xénophobes de la Ligue du Nord -Pôle des libertés. Forza Italia et Alliance nationale avaient été respectivement créés et refondés en janvier de la même année.

Aux élections du 25 mai 2014, l’Italie a été avec les autres pays du sud -Grèce, Espagne, Portugal- lesquels ont tous connu, dans un passé plus ou moins récent, de longues périodes de dictature fasciste- parmi ceux qui ont fait mentir la victoire générale des forces conservatrices et/ou d’extrême-droite en Europe. Presque partout ailleurs, abstention ou non, le résultat est là, et le pouvoir de la réaction se renforce.

Les pays qui renoncent en partie à ces mauvais génies -avec de grosses nuances cependant, un populisme pouvant en cacher un autre, comme le Mouvement 5 Étoiles de Beppe Grillo en Italie, à la recherche d’alliance européenne avec des partis d’extrême-droite, ou une gauche éprise de marketing, comme le Parti démocrate de Matteo Renzi, qui rappelle pour beaucoup celle de Tony Blair… ou de François Hollande- sont des pays économiquement, socialement et culturellement exsangues, des pays vidés, pour le reste, d’une large part de leurs forces vives.

Ceux, nombreux, qui n’avaient pas pris la mesure de la catastrophe représentée par les élections de 1994, devraient cependant en tirer la leçon aujourd’hui. Pour peu que le mal ait encore un remède -et il n’est pas du tout dit qu’il soit électoral- il y a désormais une véritable urgence à l’appliquer, si l’on ne veut pas se résigner à 20 ans de malheur et qui sait combien d’années encore pour reconstruire un équilibre acceptable.

Quoi qu’il en soit, en ce triste anniversaire, je ne renonce pas à vous faire découvrir cette première interview réalisée en avril 1977 de celui qui deviendra deux mois plus tard le Cavaliere Silvio Berlusconi. Elle est l’œuvre de la grande journaliste italienne Camilla Cederna.

L’Italie, en ce temps-là, vivait encore sur l’élan d’un espoir porté par « il maggio francese », le mai français. Ébranlé par une suite d’attentats sanglants de l’extrême-droite, affaibli par les services secrets plus ou moins dévoyés de l’État et sa stratégie de la tension, l’espoir sera définitivement brisé, à quelques dix années de distance mois pour mois, avec l’assassinat d’Aldo Moro par les Brigades rouges, le 9 mai 1978, du pain béni pour toutes les réactions.

Besoin d'une ville? Appelle Berlusconi, par Camilla Cederna. (interview parue sur l'Espresso en avril 1977, traduite par Olivier Favier).

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Silvio Berlusconi dans son bureau du Foro Bonaparte, à Milan, en 1977.

On peut voir sur la table le revolver qu’il avait pour se défendre contre un enlèvement. Photo: Alberto Roveri.

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