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Billet de blog 13 juillet 2024

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Comme d'habitude Mélenchon est le premier...

Le premier pour tout, pour n'importe quoi et même pour le reste. Et spécialement, le premier à parler “après”, après tout, n'importe quoi et même le reste. Illusion bien sûr, fumée, construction médiatique. Parce que les médias ne savent pas faire autrement.

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Je vous propose cette vidéo d'une trentaine de minutes, la “RDLS#26”, la Revue de la semaine n° 26, proposée par Jean-Luc Mélenchon où il analyse la situation après le premier tour de la présidentielle de 2017 et anticipe sur la stratégie et surtout sur les tactiques adaptées au contexte pour les législative imminentes. Vous pouvez à votre choix visionner cette vidéo puis lire, ou non, le commentaire qui suit, ou lire d'abord ce commentaire et visionner, ou non, cette vidéo. Pour mon compte, je vous conseille... Finalement je ne vous conseille rien, je ne veux surtout pas que vous me prétendiez responsable de votre choix

Donc, la vidéo, toujours disponible sur Internet:

#RDLS26 : APRÈS LE PREMIER TOUR DE LA PRÉSIDENTIELLE © Une Pomme

C'est un gros avantage des “extrémistes de gauche”, il ont beaucoup de mémoire et n'ont rien à cacher donc tout ce qu'ils produisent (écrits, enregistrements son ou/et image) est autant que possible archivé et disponible, et avec un outil comme Internet ça signifie que tout ce qui est disponible de leurs productions reste accessible.

Je ne vous propose pas cette vidéo pour son contenu, intéressant cela dit, mais pour acteur principal et unique, Jean-Luc Mélenchon. Qui vont voir ceux qui ne perçoivent Mélenchon qu'à travers l'image extrêmement parcellaire que produisent les médias? Une personne posée, claire, précise, et humble d'une réelle humilité, c'est-à-dire ni qui ne s'élève ni qui ne s'abaisse, qui reste à sa propre hauteur, donc malheureux sans honte de “nos” échecs et heureux sans honte de ce que “nous” a réussi car tout au long de cette revue à la fois comme analyste et comme porte-parole d'un groupe, LFI, et plus spécialement dans le contexte précis d'enregistrement de cette revue, des membres actuels de la direction du parti puisqu'il s'agit, après l'analyse, de discuter surtout de la tactique à mettre en œuvre pour les semaines à venir, charge qui incombe à cette direction. Dans les autres partis je ne sais pas comment on procède, dans les partis “d'extrême-gauche” on choisit toujours ceux que l'on estime les plus aptes à réaliser certaines tâches jugées nécessaires par ses mandants.

Un truc bête, un truc élémentaire, car il se passe dans les “cellules” de ce genre de mouvements: il n'y a pas de représentant attitré, de membre de la cellule qui sera systématiquement son délégué pour les interventions extérieures, on discute de ce qu'il y a à faire et comment, et on délègue la personne du groupe jugée la mieux à même d'exposer et de défendre le point de vue du groupe dans ce cas précis.

Les personnes qui s'expriment au nom d'un collectif dans les espaces d'expression de la société ne sont pas toutes choisies ainsi même si en théorie le processus de sélection est le même. Dans le cas mentionné, mais cela devrait en théorie valoir pour toute formation politique, on fait un choix interne parmi des personnes dont on connaît les compétences et capacités et qui partagent la même idéologie; dans les contextes où ce choix est externe on basera son choix sur d'autres critères, compétence et capacités étant nominalement premières, et une fois le choix fait on va tendre à figer les positions, à vouloir la présence de toujours le même délégué. La raison en est simple: cette assemblée une fois formée se constitue immédiatement en groupe, et dans un groupe constitué on préfère débattre avec des personnes connues qu'inconnues. Du coup ça crée des perturbations car telle personne compétente, je ne sais pas, en peinture à 'huile, n'a pas nécessairement grand chose de pertinent à dire sur l'abattage du bois en Indonésie ou l'Immaculée Conception.

Mélenchon, donc. C'est entre autres choses le membre d'un collectif, actuellement étiqueté LFI; et c'est aussi “la figure du parti” . Non parce qu'il le veut mais parce que la société contraint LFI à proposer une “figure” stable, toujours la même, qui soit immédiatement identifiable et si possible prévisible. Ce qui est impossible. Et pourtant ça advient.

Le titre de ce billet ne fait que reprendre un discours qu'on entend ou lit dans la très grande majorité des médias dès qu'un événement étiqueté “politique” émerge, spécialement au soir d'un jour d'élection ou juste après quelque chose estimé significatif par les médias à l'Assemblée nationale ou au sein de LFI ou entre ce parti et ses alliés ou ses opposants, ou la pluie qui tombe quand ça devient un sujet politique, il se dit que Jean-Luc Mélenchon est toujours le premier devant les micros et les caméras pour montrer sa tronche et ouvrir sa grande gueule. C'est faux bien sûr, on sait assurément que le soir du premier tour des législatives Mélenchon est intervenu après plusieurs membres de sa coalition, en tout premier après une des porte-parole du NFP. Et que dans les médias de masse (radio, télé, presse y compris numérisée) très peu ont relayé cette intervention à chaud, beaucoup l'ont fait vers 22h ou après. Le phénomène est autre: les médias braquent d'avance leur yeux et leurs oreilles sur Mélenchon, au vague prétexte que ce serait “un bon client”, en fait une bonne marchandise, une personne dont on anticipe que le seul fait de montrer sa trombine va “faire grimper l'audience”. Comme on braque ses sens sur lui, nécessairement “les autres” sont dans l'ombre, ils sont temporairement mais significativement des “invisibles médiatiques”. Pas tous bien sûr, preuve en est que lors de ce premier tour Mélenchon est intervenu en public une quinzaine de minutes après la clôture du scrutin et l'ébahissement des Augures face à la discordance / concordance entre les prévisions et “la réalité”. Soit précisé, ce qu'ils posent comme “la réalité des chiffres” est aussi une prévision, lors de l'énonciation on prend parfois la précaution formelle de mentionner que ce sont des “estimations” pour l'oublier aussitôt, c'est aussitôt “pour de vrai”.

Donc, environ quinze minutes, durant lesquels entre deux bavassages de “spécialistes de la spécialité” beaucoup de “personnalités politiques de premier plan“ on dit des trucs et des machins. Toujours est-il, assurément Mélenchon n'est pas “le premier à ouvrir sa gueule” ce soir-là. Par contre il est intervenu avant d'intervenir. Ben oui, les commentateurs patentés ont discuté du contenu de son intervention avant qu'elle ait lieu, et très régulièrement on s'inquiétait auprès de “notre envoyé(e) spécial(e)” de savoir si l'Oracle de LFI avait parlé. Au bout de ce processus il peut dire n'importe quoi, parler de n'importe quoi, et de n'importe quelle manière, ça n'aura pas la moindre signification tant, avant comme après cette intervention, la grande majorité des médias parle, non de son intervention mais de tout l'appareil critique qu'ils ont eux-mêmes produit et qui leur sert de “filtre de lecture” dès que la cochette Mélenchon est agité, ce qui les fait saliver. Pour être cruel, Mélenchon les intéresse surtout parce qu'il leur permet d'aller à la soupe sans trop se fatiguer, suffit de dire aujourd'hui ce qu'on a dit hier et qu'on dira demain, et que tout le monde dit tout le temps et en toute circonstance. Si même, chose invraisemblable mais imaginable, Mélenchon était un être polyvalent capable d'exprimer avec justesse une opinion sur n'importe quel sujet, ça n'aurait aucune incidence sur sa représentation médiatique.

Dans la vidéo on voit une personne posée, plaisante, au discours clair et précis, qui analyse une situation concrète et en tire des leçons pour proposer, parmi les diverses tactiques disponibles, celles les plus adaptées au contexte. Il y a énormément de chances que les, disons, “anti-Mélenchon” perçoivent son discours comme de type “complotiste”, ce qui est complètement idiot puisque ce discours est public, disponible pour n'importe qui n'importe où, et qu'il n'y a aucune dissimulation, il parle publiquement de ce dont les supposés responsables d'une bonne part des autres partis réservent à l'entre-soi du parti ou de la coalition: quelles tactiques utiliser pour gagner cette élection ou ne pas trop la perdre? C'est bête à dire, tellement bête à dire qu'il faut le dire: une élection ça ne se gagne pas en bayant aux corneilles et en rêvant que ce sont des alouettes qui vont lui tomber toutes rôties dans le bec (s'il a un bec, serait-ce aussi un drôle d'oiseau?). La principale différence entre LFI (et autres partis et mouvements de ce type, quelles que soient leurs idéologies) et les partis et coalitions actuellement les plus représentatifs réside là: à LFI on ne se contente pas de croire à la démocratie, en fait on laisse la croyance de côté, on préfère la faire que la dire, et par exemple, dès qu'un outil est disponible pour augmenter la capacité du groupe à rendre public tout le processus de discussion pour parvenir à un consensus acceptable par tous, on l'utilise. Du coup la perception en interne et en externe est très déphasée, pour cette raison encore plus idiote que nos médiateurs, qui sont en majorité aussi idiots que les “responsables” des partis qui masquent ce processus interne, ne s'intéressent qu'à la partie de ces interventions qui correspondent dans leur esprit pavlovien à “la parole publique”, c'est-à-dire la seule parole émise devant l'œil et l'oreille des entreprises estampillées “médias”. Estampillées par elles-mêmes, contrairement à beaucoup de choses il n'y a aucun critère requis pour placer “média” sur l'étiquette sinon de s'être déclaré tel aux “autorités“.

Mélenchon intervient beaucoup sur internet. Pourquoi? Parce que les dirigeants doivent toujours et souvent rendre compte. Donc il rend des comptes et comme sa position dans la hiérarchie est la plus haute, il y est obligé beaucoup plus que d'autres. Je le disais, au cours de cette vidéo il dit souvent “nous”, rarement “je”, parce que de fait, il rend compte au nom d'un collectif déjà mentionné, l'actuelle direction de LFI. Dans la vidéo on peut supposer qu'il est, disons, l'auteur d'une bonne part de l'analyse du contexte, tenant compte que cette analyse “personnelle” est aussi le résultat de discussions où plusieurs points de vue se sont exprimés, comportant beaucoup d'éléments éclairants pour Mélenchon et pour tous les autres débatteurs. Dans les analyse il n'y a ni “je” ni “nous”, il y a “la situation” et une tentative de compréhension aussi précise que possible, le “nous” et parfois un “je” pour exprimer une opinion discordante ou concordante de Mélenchon sur tel point, sinon le “je” intervient surtout dans les parties anecdotiques, “documentaires” (mention d'un événement précis) ou plaisante, un peu d'humour et d'ironie qui permet une mise à distance – ne pas se mettre soi même dans la croyance, ne pas se mettre à croire qu'on énonce des vérités définitives. Et bien sûr alerter les auditeurs ou lecteurs: ne te contente pas de croire, essaie de savoir. Et en premier, de savoir si je ne te raconte pas des conneries.


Il me fatigue, ce billet, on dira que c'est terminé et ça ira bien comme ça. En tout cas je le dis et dans ces cas l'auteur à toujours raison.

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