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Billet de blog 19 novembre 2019

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Pseudonyme: Olivier Hammam.

C'est mon nom. Mon nom d'état-civil. Donc un pseudonyme. Mon nom réel est Personne, mon vrai nom Moi, mon nom intime – et bien, mon nom intime. Quand nous serons intimes, si nous le sommes un jour, je vous le révèlerai.

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Un nom d'état-civil est nécessairement un pseudonyme, la société doit pouvoir nommer tous ses membres pour les identifier. Dans des temps passés mais pas si anciens ou dans des lieux distants mais pas si lointains, ce nom est, était, de convention. Un de mes billets s'intitule «Toutes les femmes se nomment Marie», à la fois une réalité concrète, jusqu'à date récente, en Espagne presque toutes les femmes se nommaient Marie, et c'est encore le prénom le plus courant dans ce pays et dans tous ceux de langue et de tradition hispanique, plus largement, ibérique. Ça ne le paraît pas rapport au fait qu'on nomme les femmes d'un nom secondaire, d'une “qualité mariale”. Traditionnellement, on “consacre” les filles, on leur donne un nom secondaire relié à une église, qui se nomme Marie de la Conception, ou Marie de la Grâce, ou marie des Douleurs, etc. Vous aurez j'espère reconnu des prénoms espagnols: Concepcion, Graziella, Dolores. Le nom d'état-civil est, comme l'indique ce terme, un nom civil valable pour l'État.

Donc, quatre noms. Pour prendre mon cas, de ma naissance à mes six ans je ne connaissais pas mon nom d'état-civil; on me l'avait mentionné je suppose mais comme ce n'était pas mon nom d'usage je ne pouvais me relier à lui; quand je devins écolier ce fut nécessairement sous ce nom, cela dit il aurait pu me rester faiblement relié, rapport au fait que je suis binational, lié à deux nations par mes ascendants (en fait, à plus de nations que ça mais les autres sont plus distantes, trois générations ou plus avant la mienne, par exemple j'ai un arrière-grand-père de nationalité belge mais suite à son divorce qui eut lieu vers 1920 cette branche de mes ascendants n'a pas maintenu de lien avec les autres, donc j'ai connaissance du fait sans pouvoir dire pour ça que j'ai une relation réelle avec la Belgique) et mon nom intime est assez courant dans un de ces pays, assez peu courant et en tout cas beaucoup moins que celui d'état-civil dans l'autre, comme j'ai débuté ma scolarité dans celui où mon nom intime est peu courant, dans le cadre de l'école mon prénom d'usage était Olivier et en alternance on me nommait parfois de mon patronyme – à cette époque lointaine, le milieu des années 1960, l'usage pour beaucoup d'enseignants et certains élèves était de nommer les élèves par leur patronyme. Bien sûr, j'ai assez vite appris mes noms réel et vrai mais comme tout le monde à les mêmes noms réel et vrai on ne peut pas dire que je les considérais ma propriété, quelque chose qui me singularisait. D'autant, pour le nom réel, qu'il était très changeant, des fois toi ou tu, des fois lui ou il, des fois machin, des fois... Bref, le nom de personne ou de n'importe qui ou quoi.

Pour le nom vrai, comme tout le monde et n'importe qui est Moi, difficile de dire qu'il me singularise, il me situe et voilà tout. Quand je parle de ma propre personne je la nomme Moi, contrairement à des gens comme Jules César ou Johnny Hallyday je n'ai pas deux identités sociales, celle liée à ma personne physique qu'on dira proprement ma personne et celle liée à ma personne morale qu'on dira mon personnage, donc quand je parle de Ma Pomme en tant que personne publique je n'ai pas nécessité ou possibilité de différencier les deux, il n'y a pas d'un côté Jean-Philippe Smet et de l'autre Johnny Hallyday. Bien sûr pour des individus comme Jules César ou Alain Delon se pose ce problème, leur personne et leur personnage ont le même pseudonyme, d'où cette curiosité, quand Alain Delon parle de son personnage il le nomme du nom de sa personne; lui-même fait la différence entre les deux mais ça n'est pas le cas de tout le monde, d'où la réputation de zinzin qu'on a pu lui faire. On l'a aussi faite à J.-Ph. Smet, cela dit, et aussi à Jules César, une personne qui semble parler d'elle-même à la troisième personne, on lui suppose un état mental précaire, genre “schizo”, “parano” ou “mégalo”, en formules plaisantes, «il ne sait plus où il habite» ou «il se la pète» ou «il a la grosse tête». En fait, parler de son personnage à la troisième personne serait plutôt un indice de bonne santé mentale, on ne confond pas sa personne et son personnage – pour exemple, quelqu'un comme Johnny Weissmuller, passé sa période de notoriété en tant que sportif, n'est connu que pour un seul personnage, celui de Tarzan, son second personnage, Jungle Jim, n'ayant pas laissé une trace immémoriale dans l'Histoire du cinéma; pour diverses raisons, dont probablement une “démence sénile” sur la fin, il semble bien ne plus être parvenu à séparer sa personne et son personnage, dans ses dernières années.

Ah zut! Ce que c'est de s'éparpiller! Je ne me rappelle plus quel est censément le sujet de ce billet! Il est zinzin cet Olivier Hammam! Ah oui! Pseudonyme: Olivier Hammam. Tout nom est un pseudonyme. Comme justement je ne suis pas une personne “clivée”, je peux me permettre d'user du même nom dans toutes les situations sans devoir faire la différence entre la personne et le personnage. Il m'arrive parfois d'utiliser des pseudonymes autres que celui-ci sur Internet, pour séparer certaines activités de ma personne sociale ordinaire, par exemple quand je m'inscris sur un jeu en ligne je ne le fais pas avec ce pseudo, de même quand je m'inscris sur certains sites de vente en ligne – sur le site leslibraires.fr mon pseudo est Olivier Hammam, sur Amazon il est autre, et en outre j'use d'une adresse de courriel autre que olivier.hammam@free.fr parce que je n'ai pas du tout envie d'être tracé par Amazon en tant que “Olivier Hammam”. C'est en rapport à un de mes thèmes, celui de la confiance: j'ai une confiance certaine en leslibraires.fr, incertaine en Amazon, qui a une politique commerciale assez intrusive. Et pour les sites de jeu c'est autre chose: certains joueurs ont une difficulté certaine à distinguer leur personne et leur personnage, donc je préfère que ce soit Paléolitix ou Kicetix qui interagissent avec eux. Sur des sites comme Mediapart ou comme Wikipédia on a aussi des participants qui ont du mal à différencier mais là c'est une question morale: quand j'interviens dans un site à impact social fort je le fais avec mon pseudonyme d'état-civil. Ce n'est pas le cas par exemple sur Twitter, sur Facebook et sur Google, où j'use de pseudonymes autres, parce que ces sites ont certes un impact social fort mais à sens unique: Facebook est très intrusif mais très hermétique, ce site peut agir sur ma personne sociale, ce que je ne peux pas faire envers sa personne morale, Facebook en tant qu'entreprise est une société politique, une sorte d'État, et seules les autres entités politiques sont en capacité d'avoir une action réciproque à son encontre, raison pourquoi je me garantis de ma faiblesse en me présentant sur ce site avec un pseudo que je n'utilise que sur des sites du même genre et avec une adresse de courriel “poubelle”, réservée aux sites en lesquels j'ai une faible confiance. Dans la vie ordinaire j'ai aussi des pseudos multiples, qui sauf très rares cas me sont donnés par des tiers. On appelle ça des surnoms. Par exemple il y a une personne qui me nomme “Commerce Équitable”; je ne vous expliquerai pas pourquoi mais bien sûr, comme beaucoup de surnoms c'est ironique et ça réfère à une de mes manières d'intervenir dans l'espace social, qu'il associe à la notion de commerce équitable. Parfois j'en utilise parce que je n'ai pas envie de donner à une personne l'un de mes noms d'usage, celui intime ou celui civil, mon pseudo favori dans ces cas-là étant “Personne”, ça me permet de placer cette phrase homérique devenue titre de film, «Mon nom est Personne», ce qui fait toujours rire, sinon la personne qui me demande mon nom quand elle n'a pas trop le sens de la plaisanterie.

Voici le sujet de ce billet: si on croit que son pseudonyme, quel qu'il soit – nom civil, intime, réel ou vrai – est “soi”, on se trompe toujours, une personne n'est pas un pseudonyme. Or, ce monde est peuplé de personnes qui ont cette conviction. Ce qui pose bien des problèmes, en tout premier celui de confondre la fiction avec la réalité.

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