Élu par le peuple.

Ouais, élu par le peuple... Qui? Not' président z'à tous. Euh? C'est sûr? Ben, plus ou moins...

Dans une autre discussion j'explique comment on peu estimer à juste titre qu'Emmanuel Macron est le représentant d'environ 15% des citoyens et résidents du beau pays de France, mais même sans considérer ce calcul que d'aucuns trouveront oiseux, par le fait il représente au mieux 25% à 30% des Français disposant du droit de vote. On peut certes m'expliquer avec toutes les arguties oiseuses, réellement oiseuses celles-là, que mais non mais pas du tout il représente 66,1% des Français que je dirai, ça ne change rien à la réalité: il a reçu l'onction formelle de 44% des exprimés dont une part, entre 15% et 20% de ses électeurs du second tour, ont plutôt voté contre Marine Le Pen que pour Emmanuel Macron. La politique qu'applique son gouvernement en ce moment est donc pour l'essentiel à destination des moins de 25% d'exprimés du premier tour qui ont voté pour lui et de 5% à 10% de ceux du second tour qui l'ont estimé “le meilleur choix disponible”, ergo 70% à 75% des Français légalement en droit de s'exprimer estiment, à juste titre, 1) qu'il ne les représente pas, 2) qu'il mène une politique qui, au mieux ne les favorise pas, souvent les défavorise.

Le titre de ce billet reprend la déclaration d'un policier tout ce qu'il y a d'honnête et pondéré qui expliquait qu'il agit contre son cœur mais en respect de sa fonction et des institution parce qu'Emmanuel Macron a été «élu par le peuple». Or, une analyse sérieuse indique qu'il a été élu par une minorité restreinte des Français en droit de voter et qu'il agit préférentiellement pour une partie seulement de cette minorité, ses électeurs du premier tour. Je le sais d'autant mieux que je connais personnellement plusieurs de ses électeurs du second tour qui ont voté pour lui et non contre Marine Le Pen et que presque tous disent, en ce début d'année 2019, regretter leur choix de 2017. Conclusion le policier est dans l'erreur, le peuple, c'est-à-dire la majorité, et une large majorité, ne veut plus que ce type élu par raccroc, et qui ne les représente pas, continue de remplir cette fonction de représentation. Croyant agir “pour le peuple” de fait ce policier honnête et pondéré agit contre lui.

Savez-vous? Je n'ai peur de rien: il m'arrive assez régulièrement, discutant avec des “gilets jaunes”, de leur dire que j'ai confiance dans la police de mon pays et que dans l'ensemble les forces de l'ordre agissent bien, avec honnêteté et pondération. Je ne dis pas que je parviens à les convaincre mais du moins, j'ai un certain talent de débatteur et parviens le plus souvent à exposer mon point de vue de manière honnête et pondérée, raison pourquoi je n'ai peur de rien: dans un débat, la question n'est pas d'être d'accord mais d'accepter l'opinion de son interlocuteur. Je regrette qu'ils ne perçoivent pas la cohérence de mon propos mais du moins, je trouve ces “gilets jaunes” plutôt pondérés et honnêtes, dans l'ensemble. Dans l'erreur mais honnêtes et pondérés. Je ne désespère pas qu'à un moment que j'espère proche on puisse faire converger mon opinion, celle des policiers et celle des “gilets jaunes”, pour que ces derniers comprennent qu'il serait plus pertinent de s'accorder avec les forces de l'ordre que de s'y confronter, que les policiers comprennent qu'ils défendent la minorité contre la majorité et que de ce fait ils agissent contre le peuple, et que les uns et les autres comprennent que j'ai raison.

Mais bon, je suis un doux rêveur. Cela dit, je ne désespère pas.


Ah ouais, j'oubliais: ce que décrit ici s'appelle de la triangulation: pour bien discerner la réalité il faut trois points de vue, j'explique ça dans le billet intitulé «Le Sabre et le Goupillon (version militaro-industrielle)», un teaser comme on dit en français contemporain, un titre attirant qui cache un contenu beaucoup moins attractif. Mais vous n'êtes pas obligée ou obligé de me croire...

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