Le Sabre et le Goupillon (version militaro-industrielle).

Tiens ben, un texte avec une version entre parenthèses qui n'a pas de version antérieure? Curieux. Est-ce que je prévois déjà une autre version? Ça m'étonnerait. On verra bien... Ah! Le Sabre et le Goupillon! Un thème immarcescible.

J'aime bien les mots peu usités. Me rappelle plus où j'ai découvert celui-là, il me semble que c'était dans un billet de je ne sais plus quel chroniqueur du Monde ou de La Croix. J'essaie de le retrouver. Ah oui! Ben, c'est un peu tout ça, il s'agit de Bruno Frappat, qui fut directeur de la rédaction du Monde puis directeur de publication de La Croix et chroniqueur de ce journal, entre autres. C'est étrange que je puisse relier «immarcescible» et Bruno Frappat, je ne suis pas un lecteur habituel de La Croix, pourtant je crois me souvenir d'un tel lien. Probablement j'ai du l'en entendre parler sur France Culture. En tout cas, grâce à lui j'ai découvert ce mot et son sens:

«IMMARCESCIBLE, IMMARCESSIBLE, adj. Littér. Qui ne peut se flétrir; impérissable».

Très littéraire en effet, et rare, on ne rencontre pas l'immarcescibilité ou immarcessibilité à tous les coins de rues ni à toute page. D'ailleurs mon correcteur d'orthographe n'apprécie pas le substantif dérivé de cet adjectif, ni non plus la forme “immarcessible”. Le mot est «emprunté au latin chrétien immarcescibilis “qui ne se flétrit point”», ce qui va bien avec Bruno Frappat, apparemment. Mais, les apparences sont parfois trompeuses.

Un gars curieux (au sens d'intrigant, même si je le soupçonne d'avoir aussi de la curiosité): Le Monde, La Croix, ça pose son humain, ça! Un coup chez les pères la morale, un coup chez les pères assomptionnistes, c'est du sérieux! Le même, sous le pseudonyme Joannès Chaize, écrivit dans La Gueule ouverte, premier périodique écologiste français, publié d'abord par les Éditions du Square (Hara-Kiri, Charlie) puis par les Editions Patatras (sans le jurer, une maison qui semble consubstantielle à son périodique phare). Un périodique qui, comme son nom l'indique ainsi que sa première maison d'édition, n'avait pas l'usage de causer mezzo voce ni sotto voce, et qui ne baignait pas dans l'eau bénite. Le même Bruno Frappat fut le bref introducteur de Reiser dans les pages du Monde, vu que Reiser fut assez vite viré des pages de cet honorable quotidien. C'est que, ces deux-là avaient pas mal d'accointances, Bruno Frappat est un passionné de bande dessinée, Reiser fut un pilier D'Hara-Kiri et de Charlie, et tous deux collaborèrent à La Gueule ouverte. Pourquoi je vous raconte tout ça? Toujours pour la même raison, les mêmes raisons: tout est simple, rien n'est simple, il ne faut pas croire sans savoir et, quoi qu'il semble se passer, ce qui se passe est autre. Qui est le premier à dénoncer les trucs pas très très jolis qui se passent au sein de l'Église catholique? Monsieur François lui-même, premier du nom et Grand Manitou pape, donc chef, de cette Église. Et il appelle ça comment? Le “cléricalisme”. Ah d'accord! le responsable en chef du clergé catholique dénonce le clergé catholique en tant que clergé? Clair comme de l'eau bénite.

Dans un autre texte (assez récent et avec mention de version, me rappelle plus quoi, bon bon, je vérifie, puisque je le conseille à tout le monde: «version j'explique»), je discute un peu du sujet mais autrement, en mentionnant ceci:

«Jean Calvin et Ignace de Loyola, eurent les mêmes maîtres, les mêmes enseignements, et le même parcours (ils se formèrent tous deux pour l'essentiel à Paris et à Bourges, et à-peu-près au même moment). Loin que ça implique, que sais-je? Une sorte de complot, Calvin qui œuvre hors de l'Église, Loyola qui fait de l'entrisme, même si, cela dit, c'eut été possible au départ, même si assez peu probable, du moins ça donne l'indice que cette opposition entre protestantisme et contre-réforme est trompeuse, les deux courants sont divergents mais symétriques, les interprétations de leur base dogmatique divergent mais leur base dogmatique est la même. Quant au troisième courant, la Réforme, inexactement assimilée aujourd'hui au protestantisme, puisque la figure représentative de la Réforme, Martin Luther, voulait agir au sein de l'Église catholique, la réformer de l'intérieur mais, à la différence de Loyola, contre la hiérarchie et non avec elle, et bien, il a aussi la même base dogmatique mais lui aussi une autre interprétation».

 J'ai aussi rédigé un texte avec version, la «version je m'la pète», qui n'a pas autant rapport avec ce billet-ci, sauf l'introduction:

«C'est moi que je m'la pète, moi-même en personne, Ma Pomme, Olivier Hammam, je vais tout vous expliquer de la vie et du monde mais vite fait, torché en cinq minutes».

Ben ouais, je m'la pète et je vais tout vous expliquer de la vie et du monde – pardon: de la Vie et du Monde, tant qu'à faire de s'la péter au y aller à fond – mais en “un peu” plus que cinq minutes. C'est comme ça: je ne suis pas l'humain le plus intelligent du monde mais c'est pas loin, alors je m'la pète. Par contre, contrairement à un de mes correspondants dans le cadre d'un fil de commentaire, je ne suis pas le Centre de l'Univers, d'abord parce qu'il n'a pas de centre, ensuite parce que je m'la pète à mon niveau, qui est le monde, ça me suffit (ouais ouais, genre Villa Sam Sufi).

Ce que dit à propos de Calvin, Loyola et Luther est inexact: il s'agit bien d'un complot pour les deux premiers, et les trois ensemble c'est une conspiration. Une chose beaucoup plus facile à réaliser qu'un complot: pour réaliser un complot il faut que les complotistes se coordonnent, agissent ensemble, alors qu'une conspiration ne le requiert pas. J'explique, puisqu'il s'agit ici d'expliquer la Vie et le Monde.

Avoir du discernement est une opération à la fois simple et complexe, simple dans sa mise en place, complexe dans son maintien. L'autre nom de cette opération est la triangulation: pour déterminer la localisation d'un objet, trois points suffisent mais il en faut au moins trois. Non seulement trois points suffisent mais il est judicieux de se limiter à trois points, avec plus on gagne peu en précision et on perd en efficacité. Pour mes lectrices et lecteurs qui ne connaissent pas le principe, et bien, j'explique: à partir d'un seul point on ne peut pas trop bien situer un objet, ni en distance, ni en vitesse de mouvement, ni en direction; avec deux points coordonnés, on peut apprécier la distance, la vitesse et la direction mais relativement à la position de ces deux points; avec trois points, dont deux coordonnés, on peut déterminer absolument la distance, la vitesse et la direction. Le point non nécessairement coordonné est une référence, un point fixe qui sert aux deux autres points pour déterminer l'objet à observer, le “géolocaliser”. Pour une efficacité maximale, il est bon de faire varier le point fixe. La Réforme, la Contre-Réforme et le Protestantisme sont les trois éléments d'une triangulation, l'objet à déterminer a divers noms, on dira le Livre, qui inclut l'ancienne parole, ou Torah, et la nouvelle parole, ou Évangile et Révélation. Par là-dessus il y a une autre triangulation, qu'on dira les Hébreux, les Chrétiens et les Musulmans, même objet avec une extension et une aire concernée plus large.

Il est des choses immarcescibles, des chose qui ne peuvent se flétrir, qui sont impérissables.

Pour la question du Sabre et du Goupillon, encore un coup de prestidigitation, le sage regarde la Lune, le fou regarde le doigt, le ni fou ni sage regarde par la fenêtre, se dit, quel beau soleil en ce 20 février 2019, profitons de la vie et allons nous y baigner, et le fait. Au plaisir, lectrice, lecteur.

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