Un peuple sûr de lui et dominateur.

Mais c'est nous ça! Ouais! Vive la France! Vive les Français! Un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, c'est on ne peut mieux dit. Français et fiers de l'être!

 Intéressante question. Quelqu'un dirait des miens qu'ils sont «restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur», je lui dirais merci, bien dit, c'est tout nous! Et bien, pas du tout, il paraît que c'est très très vilain de dire ça. Remarquez, ça ne visait pas les Français, si certains peuples se sentent insultés par un tel compliment, libre à eux. Là-dessus, et bien, le peuple concerné est le peuple juif. Donc il a raison: malgré des siècles, des millénaires dans l'adversité, malgré les contraintes, malgré les pogroms, les massacres, les expulsions, malgré la “solution finale”, il est toujours là, et il porte fièrement sa tradition, malgré toutes les oppositions à son projet, malgré sa faiblesse initiale, il a créé son État, conquis sa terre, résisté à toutes les tentatives de détruire son État, un peuple sûr de lui et dominateur. Je cite la période dans laquelle s'inscrit ce passage:

«Et certains même redoutaient que les juifs, jusqu’alors dispersés, et qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, c’est-à-dire un peuple d’élite, sûr de lui-même et dominateur, n’en viennent une fois qu’ils seraient rassemblés dans les sites de son ancienne grandeur, n’en viennent à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis 19 siècles : “l’an prochain à Jérusalem”. En dépit du flot, tantôt montant, tantôt descendant, des malveillances qu'ils provoquaient, qu'ils suscitaient plus exactement, dans certains pays à certaines époques, un capital considérable d’intérêt et même de sympathie s’était formé en leur faveur et surtout il faut bien le dire dans la chrétienté. Un capital qui était issu de l’immense souvenir du testament, nourri à toutes les sources d’une magnifique liturgie, entretenu par la commisération qu’inspirait leur antique valeur et que poétisait chez nous la légende du juif errant, accru par les abominables persécutions qu’ils avaient subi pendant la deuxième guerre mondiale et grossi depuis qu’il avait retrouvé une patrie, par les travaux, leurs travaux constructifs et le courage de leurs soldats».

Vous savez ce que je ne comprends pas? Comment se fait-il que ceux qui ont râlé contre ce discours sont les supposés anti-antisémites, sans dire que ce soient des prosémites, et que certains parmi les supposés antisémites en disent du bien. Ils ne savent pas entendre, ils ne savent pas lire, ces gens-là?


Au fait, les Juifs véritables, ceux qui savent, où qu'ils soient et même à Jérusalem, continuent de le dire: l'an prochain à Jérusalem. Le jour où l'on croit et dit qu'on est arrivé à Jérusalem, ce jour là on dira: je suis mort. Vivre et avancer c'est tout un. Alors, et jusqu'à la fin des temps: l'an prochain à Jérusalem.

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