Je viens de me faire suggérer la lecture de Philippe Sollers. Ce type, je ne l'aime pas. De loin vu que je ne le connais que de loin, de très loin. Le peu que j'en connais m'incite à supposer que même de près je ne l'aimerais pas. Question de discours, question d'élocution, question d'attitude corporelle, question de style vestimentaire, et même, question de coupe de cheveux. Le peu que j'en ai lu, je ne dirai pas que je n'aime pas, il n'est pas de mon goût, sans plus, un style littéraire qui ne me convient pas. À mon jugé son écriture lui ressemble, à mon jugé il y a trop d'affèterie dans sa personne et son écriture. Comme je ne me fie pas aux apparences, si je le croise au hasard d'une émission de radio ou (rarement, parce que je ne la regarde plus guère) de télé, au détour d'un article de presse écrite ou électronique, je l'écoute, je le lis. Parce que je ne me fie pas aux apparences. Je n'irai pas jusqu'à acheter un de ses bouquins voire à le lire si on me le prête, mais si ça n'est pas trop long je peux passer sur les apparences. Et je le trouve acceptable, à sa manière qui n'est pas de mon goût il tient des propos qui sont de mon goût. Il en tient d'autres qui m'incommodent et parfois qui me révulsent mais je fais la part des choses, une de mes paraboles préférées est celle du bon grain et de l'ivraie, en tout il faut en prendre et en laisser mais si on laisse tout sans faire le tri, on ne saura pas qu'il y en a à prendre.
Il y a des gens que j'aime, de près comme de loin. Certaines ont pu faire à l'occasion des choses que j'estime inacceptables. Des choses que presque tout le monde estime inacceptables, y compris le plus souvent ces personnes. Est-ce que je dois les accepter parce que j'aime ces personnes? Est-ce que je dois ne plus aimer ces personnes à cause de ces choses inacceptables? À mon jugé, ni l'un ni l'autre. Je n'accepte pas l'inacceptable, d'où qu'il vienne, mais j'estime qu'une erreur ou une faute ne transforme pas d'un coup d'un seul une personne aimable en personne détestable. Le plus souvent, cette chose inacceptable apparaît un accident et le temps fait que si elle n'est pas oubliée, elle sera du moins excusée ou pardonnée; parfois une de ces personnes persiste dan l'erreur et là je change mon opinion, elle perd mon amour, sans pour autant que je mette dans la barque tout ce qui m'a fait l'aimer.
Voilà ma réponse: les sentiments et les émotions me semblent une base raisonnable pour choisir ses affinités, mais non une base suffisante et à ne jamais interroger, ni pour ses antipathies ni pour ses sympathies.