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Billet de blog 25 septembre 2019

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Titre : : Cette chaîne est trop longue. Elle doit avoir au maximum 85 caractères.

Le titre de ce billet devait reprendre la mention qui figure en bas de tous les billets publiés dans les blogs du Club de Mediapart. Les idéalistes qui supposent y avoir une expression personnelle se trompent, ce ne sont ni vous ni moi qui nous exprimerons mais “les abonnés”; les matérialistes qui supposent être des rédacteurs de Mediapart se trompent, ce sont des rédacteurs du Club de Mediapart.

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AVERTISSEMENT. Le titre initial de ce billet est:
Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.
Le titre actuel est une information indiquant qu'il est trop long selon les gabarits en vigueur. FIN DE L'AVERTISSEMENT.


Dans la vie ordinaire, dans le quotidien, dans l'espace où je vis et me déplace, je suis aussi libre que je le puis, donc pas beaucoup; par exemple, si je décidais librement d'arrêter de respirer je ferais preuve d'une grande, d'une très grande liberté, mais à très court terme. Certes, respirer est aussi une libre décision mais si je veux combiner deux réalités, vivre et ne pas respirer, ça ne sera pas possible très longtemps, de ce fait, si ma liberté de vivre prime, je peux toujours prétendre respirer librement et «pouvoir décider de m'arrêter quand je veux, où je veux», je placerai une liberté seconde devant une liberté première en arrêtant de respirer, et ces deux libertés étant incompatible, il me faudra rapidement en abandonner une des deux.

Les personnes qui fréquentent ce blog le savent, j'use assez rarement des termes “réalistes” et “idéalistes”. Il y a une excellente raison à cela, ce sont des mots opaques. La suite de cette partie du billet en cours un peu plus loin; qui veut savoir ce que je nomme opacité peuvent aller chercher ça “plus loin” mais je ne sais pas à quel point “plus loin” parce que je ne sais pas encore ce qui figurera entre “ici” et “plus loin”, peut-être deux ou trois alinéas, peut-être trois cent, cinq cent, mille alinéas. Question que j'évoque dans l'alinéa suivant. Si cette question ne vous semble pas d'un grand intérêt, vous pouvez bien sûr chercher “plus loin” la suite de “ici”. Vous rateriez deux ou trois autres discussions intermédiaires pas encore définies mais que j'anticipe vaguement,ce qui n'a pas grande importance, mais la discussion entamée dans cet alinéa n'en a pas plus. Finalement, si vous recherchez quelque discussion “importante” dans ce billet, je vous invite à ne pas lire plus loin: aucune qui y figurera n'a d'importance. Je ne vous oblige à rien, cela dit.

Je suis un rédacteur extrêmement libre. Et vous êtes une lectrice ou un lecteur extrêmement contraint ou contrainte. Pour me simplifier la vie, quand je ne parlerai pas de lectorat je parlerai de lectrice(s), ce qui vaudra pour les lectrices et lecteurs. Exemple: vous avez du songé que “extrêmement” est dans ce début d'alinéa un “mot important” parce que je l'ai mis en exergue; que vous partagiez cette opinion ou non, vous aurez considéré que c'est du point de vue du rédacteur un “mot important”. Très honnêtement, je ne le trouve ni moins ni plus important que les mots qui précèdent ou suivent, il me semble important que mes lectrices notent sa présence mais si on doit donner un poids aux mots, dans “rédacteur extrêmement libre” et “lectrice extrêmement contrainte” les mots importants sont rédacteur, lectrice, libre, contrainte, “extrêmement” étant assez secondaire, non nécessaire. C'est même son caractère de mot non nécessaire qui me fait le souligner, avec l'idée saugrenue que le mettre en gras et italique va lui donner du poids: ça lui donne artificieusement de l'importance mais le mot reste assez léger, un adverbe, autant dire en quatrième ou cinquième position dans le cadre de la proposition “Je suis un rédacteur extrêmement libre”, qui ne compte que six mots. Si vous (ah! Là c'est un mot pesant) avez estimé que “extrêmement” est un “mot important”, ça peut poser problème si vous lui donnez plus de poids qu'aux cinq autres, il est de poids à-peu-près équivalent à “un”. Pourquoi je vous raconte ça? Parce que si vous mesurez l'importance des mots à leur longueur et aux marques typographiques qui les mettent en exergue vous faites une erreur. Pas très importante cela dit. Simplement, en tant que rédacteur j'estime que tous les mots que j'utilise sont à-peu-près d'égale importance, donc si vous mettez un poids très différent dans les mots que vous lisez, les uns très légers, les autres très lourds, vous lirez autre chose que ce que j'ai écrit. Voici, selon moi, les poids approximatifs des mots des deux premières phrases, en donnant un poids 100 au plus léger de chaque phrase:

100 100  100      100                      100               100
Je    suis    un    rédacteur    extrêmement    libre.
100  100   100     100      100      100   100    100  
Et    vous    êtes    une    lectrice    ou    un    lecteur
        100                  100         100      100
extrêmement    contraint    ou    contrainte.

Oh pardon! Ça c'est leur poids réel. Voici leur poids subjectif, celui que je leur accorde:

100 120  100      200                      140               200
Je    suis    un    rédacteur    extrêmement    libre.
240  220   130     100      200      100   100    200  
Et    vous    êtes    une    lectrice    ou    un    lecteur
        150                  200         100      200
extrêmement    contraint    ou    contrainte.

Donné à la louche mais en gros ça correspond. Si ce n'était que de moi, je les publierais par ordre décroissant de poids avec élimination de tous ceux de poids 100, donc:

Rédacteur libre extrêmement suis. Et vous lectrice lecteur contraint contrainte extrêmement êtes.

Du point de vue de la compréhensibilité ça se vaut. Dans une conversation orale non, ça va trop vite, il y a trop d'équivoques, donc les interlocuteurs ont nécessité à faire en permanence des réglages, pour indiquer de qui ou quoi on parle, donner des valeurs de nombre et de genres et tout un tas d'indications qui désambigüisent. Comme ancien étudiant en linguistique j'ai la connaissance des transcriptions phonétiques, où on ne s'intéresse qu'aux sons, et où on rend compte de la segmentation sonore. Quand ces deux phrases sont prononcées ça donne ça, perceptivement:

/ʒəsyjzœ̃ʁedakœ̃tʁetrɛmœmãlibr.evuzɛynəlɛktʁisuœ̃lɛktœʁextʁɛməmãkõtrɛ̃ukõtrɛ̃t/

Faut de l'habitude pour lire ça, c'est sûr. Mais il en faut pour lire en n'importe quelle forme de transcription. Je suis un peu rouillé donc en lisant un tel segment j'ai moins d'aisance qu'à l'époque ou j'en lisais ou écrivais assez souvent, mais ça va. C'est là juste à titre d'exemple: quand on parle on ne fait pas de pauses entre chaque “mot”, on n'en fait que quand on arrive à la fin d'une séquence “significative”. Si j'avais voulu, dans un discours oral, donner l'indication d'une sous-segmentation avec des pauses plus brèves, des “virgules”, j'aurais prononcé, par exemple:

/ʒəsyjzœ̃ʁedaktœ̃ʁ etrɛmœmã libr.evuzɛynəlɛktʁis uœ̃lɛktœʁ extʁɛməmã kõtrɛ̃ ukõtrɛ̃t/

 Cette transcription ne tient pas compte de “l'enveloppe sonore”, la mélodie, les accentuations, par exemple il y aurait un stress, une insistance plus forte sur /extʁɛməmã/, en le prononçant plus fort ou/et plus lentement. Pendant longtemps les transcriptions écrites rendaient strictement compte de la langue orale, pour un lecteur contemporain non familier des manuscrits anciens, d'avant le XIII° siècle en Europe dans les endroits où on utilisait les alphabets latins ou grecs ou leurs variantes, c'est difficilement lisible parce qu'on ne segmente pas entre mots; et dans les manuscrits encore plus anciens, c'est un flux continu du début à la fin, les seules ruptures étant les retours à la ligne. Ce n'est que tardivement qu'on a commencé à sérieusement entre mots, et encore plus tardivement, pour l'essentiel avec l'apparition de l'imprimerie moderne, à la fin du XV° siècle, qu'on a développé des systèmes plus complexes, pour marquer des pauses courtes, moyennes ou longues, des phrases à intonation non marquée, exclamative ou interrogative, des signes diacritiques ou indiquer les différentes prononciations d'un même signe (e, é, è pour exemple). Vous et moi avons l'habitude, du moins, je suppose que vous et moi avons cette habitude, d'identifier un mot parce qu'il est clairement séparé des autres à l'écrit. Plus ou moins clairement mais en gros clairement. Raison pouquoi

Je suis un rédacteur extrêmement libre. Et vous êtes une lectrice ou un lecteur extrêmement contraint ou contrainte.

et

Rédacteur libre extrêmement suis. Et vous lectrice lecteur contraint contrainte extrêmement êtes.

sont perceptivement assez équivalents du point de vue du sens. Le “poids des mots” que j'ai indiqué rend compte d'un fait assez simple: le mot important (donc, de poids supérieur à 100) de moindre poids est celui “qui donne le sens”, celui “qui détermine l'action”, le verbe. Le poids des autres varie, si je veux porter l'attention sur des éléments secondaires, tertiaires, etc., je peux permuter en partie; certains mots sont nécessairement du plus lourd poids dans certaines séquences parce qu'ils établissent un lien avec ceux antérieurs ou postérieurs, comme “et” dans ce cas, qui établit que la seconde séquence est de même valeur que la première; si j'avais voulu établir un lien de conséquence j'aurais utilisé “donc”, d'exclusion mutuelle, “ou”, etc. La forme “êtes” ne requiert pas la présence de “vous” mais pour une question d'insistance sur le destinataire il me paraît avoir un poids supérieur à 100, alors que “je” n'a aucune utilité puisque nécessairement “suis“ concerne “le rédacteur” donc “je”, “rédacteur” ou “je” se valent; “lectrice lecteur” et “vous” se valent aussi mais en tant que rédacteur je tiens à insister sur “vous”.

Pourquoi suis-je un rédacteur extrêmement libre? Parce que pour moi tous les mots se valent et que leur ordre n'a pas une grande importance. Je peux à l'occasion produire des textes “ordonnés”, qui ont une organisation assez convenue, des textes essentiellement rhétoriques, voire sophistiques, comme les billets courts qui figurent dans ce blog, de la forme très classique introduction-thèse-conclusion, la partie “thèse” pouvant elle-même correspondre à un des schémas attendus, tels thèse-antithèse-synthèse ou thèse principale[-thèses subalternes]-thèse secondaire[[-thèses subalternes]-thèse tertiaire[-thèses subalternes]]; dans ce blog, typiquement les billets qui ont des schémas de ce genre sont les textes d'humeur ou d'humour: une blague ou un sketch qui n'a pas la structure attendue introduction-thèse-conclusion, avec une conclusion en rupture avec l'introduction ou la thèse, ne feront pas rire – pour exemple le sketch «Et vous trouvez ça drôle?» de Coluche, qui a cette structure mais où la blague dans la blague, forcé que se trouve son narrateur de ne pas dire la chute prévue pour ne pas vexer son hôtesse, tombe à plat parce qu'il ne parvient pas à improviser de chute en rupture. Hormis ces textes qu'on appeler “d'intervention”, dont le but explicite est selon les cas de provoquer l'adhésion par le rire ou l'inconfort par une rupture imprévisible – dans un sketch, la rupture est prévisible en ce sens qu'elle a un rapport avec ce qui précède, plus ou moins, la même chose mais inversée –, ou l'adhésion par la logique discursive qui fait apparaître la conclusion comme une évidence. Bien sûr, ce type de “conclusion évidente” n'a justement que l'évidence de la forme, les schémas syllogistiques “si [...] donc [...] alors [...]” ou “si [...] alors [...] donc [...]”; avec un peu d'habileté on peut donner l'apparence de la conséquence évidente à n'importe quel discours – c'est d'ailleurs le ressort comique de beaucoup de sketchs, surtout sous la forme de monologues, l'acteur développe un discours sans aucune cohérence logique autre que celle discursive, mais certains de ces discours pourraient être repris tels que avec le ton du sérieux pondéré ou tout simplement dans un autre contexte que celui “je suis sur scène et c'est un sketch”, qu'ils auraient l'aspect de la vraisemblance. Dans les autres billets je ne cherche pas cette cohérence formelle convenue, elle peut se constituer parce que le traitement du sujet s'y prête mais je ne la cherche pas. Je suis tranquille quant à une chose: tout discours a “sa cohérence”; parfois celle que lui attribue son auteur, toujours celle que lui prête sa lectrice. Le cas extrême qui le démontre est celui du cadavre exquis: le simple fait que la phrase produite respecte une des formes courantes des phrases de la langue dans laquelle ils sont produits “donne du sens”, la phrase est “interprétable”, donc interprétée.

Un linguiste extrêmement normatif, et pas très compétent dans le domaine, Noam Chomsky, a produit une “théorie” de très faible valeur scientifique, une théorie de type “génération spontanée”, en ce cas la “génération spontanée du langage dans l'esprit”, avec assimilation de “l'esprit” avec un organe, le cerveau. Comme toutes les théories de ce genre elle a donné lieu à des “hypothèses” très complexes et indémontrables, et sans utilité pour mettre en œuvre des protocoles expérimentaux. Comme l'écrivit Gregory Bateson pour un autre sujet mais ça s'applique ici, une «épistémologie de base [...] pleine d'erreurs [...] ne peut fatalement qu'être marqué[e] par des contradictions internes ou avoir une portée très limitée [...]. D'un ensemble inconsistant d'axiomes, on ne peut pas déduire un corpus consistant de théorèmes. Dans ce cas, toute tentative de consistance ne peut aboutir qu'à la prolifération d'un certain type de complexité – qui caractérise, par exemple, certains développements psychanalytiques et la théologie chrétienne – ou, sinon, à la conception extrêmement bornée du behaviourisme contemporain». Le plus curieux, ou pas tant que ça d'ailleurs, est que cette “théorie” a eu son efficacité, mais d'une manière strictement contradictoire à «l'épistémologie de base». Pour faire bref, la base de la théorie est que les langues ont une “structure profonde” universelle, des “structures de surface” circonstancielles, la langue effectives parlées dans le monde, et des “règles de réécriture” qui permettent de passer d'une structure de surface à une structure profonde et inversement. Les travaux des linguistes de cette école ont donné des outils très efficaces pour les logiciels de traduction automatique mais en les appliquant uniquement aux “structures de surface”. Comme chaque langue a ses propres “structures de surface”, on n'a donc pas trois niveaux, dans les travaux effectifs de ces linguistes, mais cinq: les analyses et formalisations des structures dites de surface, des règles de composition, pour le dire autrement une grammaire “superficielle”, des règles de transformation intermédiaires, les “règles de réécriture” supposées par la théorie, puis les “structures profondes”; de fait, les traducteurs automatiques se limitent pour l'essentiel aux deux premiers niveaux et constituent des bases de données qui associent des “traducteurs de surface” entre eux, avec des équivalences de formes, et de vastes dictionnaires, sans chercher de “règles de réécritures” ni de “structures profondes”.

L'erreur de logique de cette école, la “grammaire générative et transformationnelle” ou GGT, est de supposer que les mots ont une signification propre et stable, que “les mots sont les choses”, la caricature étant «le mot chien aboie», ce qui bien sûr n'est pas les cas. Comprendre un tiers c'est procéder à un échantillonnage. Pour reprendre mon exemple, la forme orale

/ʒəsyjzœ̃ʁedakœ̃tʁetrɛmœmãlibr.evuzɛynəlɛktʁisuœ̃lɛktœʁextʁɛməmãkõtrɛ̃ukõtrɛ̃t/

propose deux séquences formant un flux verbal avec une pause longue, donc deux “phrases”. La présence de ce qu'on appelle les déictiques (l'article de Wikipédia spécifie que «certaines grammaires ne distinguent pas la ”deixis” et l'“embrayage”, ou les “déictiques” et les “embrayeurs”», ce qui est mon cas) sert à... Sert à bien des choses. Dans une séquence de ce qu'en linguistique on nomme la chaîne parlée ils ont une fonction de ponctuation, il y a un stock limité et stable de ces éléments qui ont la caractéristique commune de la brièveté (une ou deux syllabes) et une position variable mais assez prévisible dans cette chaîne parlée, ce qui permet de la découper en segments au fur et à mesure qu'on entend, ici

/ʒə syj zœ̃ ʁedakœ̃tʁetrɛmœ mã libr.e vuzɛ ynə lɛktʁis u œ̃ lɛktœʁextʁɛmə mã kõtrɛ̃ u kõtrɛ̃t/

Les segments /zœ̃/ et /mã/ ne correspondent pas au découpage écrit mais à l'oral les consonne de liaison s'attachent plutôt au déictique qu'au mot qui précède, d'ailleurs quelqu'un comme Jacques Chirac avait une manière désagréable ou au moins choquante à l'oreille parce qu'inattendue de découper, quand il insistait sur un mot il le prononçait avec sa liaison, faisait un pause puis prononçait le mot suivant, alors que l'habitude, quand on insiste sur un mot est, selon la durée de la pause, de prononcer la liaison avec le mot suivant ou de ne pas la prononcer. Et pour /mã/, le “ment” final de “extrêmement”, ce n'est pas proprement un déictique mais ici sa fonction est la même: quand un adverbe fait plus de deux syllabes, le plus souvent il se termine par “ment”, ce qui le signale comme adverbe et constitue une séparation avec le segment suivant.

Il y a longtemps (un bon quart de siècle) que je ne me tiens plus au courant des nouveautés en matière de vocabulaire et de description de les sciences du langage donc je ne sais pas si depuis on a inventé un terme pour définir tous ces segments, en tout cas il existe nombre d'éléments d'une ou deux syllabes, plus rarement trois, qui ont à la fois cette fonction de segmentation secondaire et de modification de valeur de ce qui suit ou précède, les articles, pronoms, conjonctions, mais aussi les syllabes finales de verbes qui modifient la valeur de mode et de temps, les syllabes finales d'adverbes longs construits sur des adjectifs ou substantifs, les suffixes d'adjectifs construits sur des substantifs ou d'adjectifs et substantifs construits sur des verbes, etc. La forme proposée de classement des mots par poids pourrait aussi être

Rédacteur libre extrême suis. Et vous lectrice lecteur contraint contrainte extrêmes êtes.

Les classes ”substantif”, “adjectif” et “adverbe” ne sont pas toujours différenciables, dans “extrêmement” l'adverbe à proprement parler est “ment”, qui dérive de mens, “esprit”, et spécifiait que le mot qu'il accompagnait était “dans l'esprit de”, “à la manière de”, donc

Je suis un rédacteur presque à l'extrême du libre / de la liberté, ou, Je suis un rédacteur pour ainsi dire à l'extrême du libre / de la liberté

Un adverbe se définit surtout par sa position ou/et son poids dans un segment significatif, il est très proche du mot de moindre poids et se lie à la fois à ce qui précède et ce qui suit en poids: les déictiques significatifs sont du poids le plus haut parce qu'ils définissent le rapport d'un segment à ceux qui suivent ou précèdent ou modifient la signification de tout le segment, les adverbes sont du moindre poids parce qu'ils définissent les rapports entre “ce qui donne le sens” et les autres segments significatifs; ils on un sens qu'on peut dire faible, ils “colorent en pastel”, il n'y a pas de différence très significative entre

Rédacteur libre extrême suis. Et vous lectrice lecteur contraint contrainte extrêmes êtes.

et

Rédacteur libre suis. Et vous lectrice lecteur contraint contrainte êtes.

Il y a en revanche une différence significative entre

Rédacteur libre extrême suis. Et vous lectrice lecteur contraint contrainte extrêmes êtes.

et

Rédacteur extrême suis. Et vous lectrice lecteur extrêmes êtes.

ou

Libre extrême suis. Et vous contraint contrainte extrêmes êtes.

ou

Rédacteur suis. Et vous lectrice lecteur êtes.

ou

Libre suis. Et vous contraint contrainte êtes.

L'adverbe est un adjectif, ou un substantif à usage d'adjectif, non nécessaire à la signification du segment. La différence entre adjectifs et substantifs est d'usage dans le cadre d'un segment, tout ces éléments sont “substantifs” au sens où il définissent une “substance”, une réalité effective ou symbolique stable et formellement définie, certaines de ces “substances” sont presque toujours principales, certaines presque toujours secondaires, certaines tantôt principales, tantôt secondaires, mais dans l'usage n'importe quel segment principal, “substantif”, peut être à usage secondaire, “adjectif”, et inversement. Pour exemple, “libre” et “contraint” sont des “adjectifs” alors que “citoyen” est un “substantif”, mais si j'écris ou dis «le libre n'est pas le contraint» ça ne pose aucun problème syntaxique et tout locuteur du français comprendra que ce sont des “substantifs” dans ce contexte; et pour “citoyen”, je suppose que vous ne méconnaissez pas son usage comme adjectif depuis, et bien, je ne sais pas exactement mais depuis pas très longtemps, au pifomètre deux ou trois lustres, peut-être quatre, on parle de «débat citoyen» ou de «vélocipède citoyen», bref, de «n'importe quoi citoyen». Ce n'est pas le sujet ici mais un procédé de ce genre a parfois un usage propagandiste, en ce cas par le moyen de la “novlangue”: on change la valeur d'un mot pour lui donner un poids plus fort ou moins fort, en ce cas, “citoyen” qui était jusque-là “substantif” donc principal devient massivement “adjectif” donc secondaire; on disposait jusque-là de deux adjectifs en relation de signification avec “citoyen”, “civil” et “civique”, le substantif étant réservé pour désigner une substance très stable, les individus membres de la cité; dès lors que le mot devient massivement secondaire la réalité effective pointée par le substantif devient instable, «on ne sait plus trop ce que signifie “citoyen”», ce qui est logique: quand un vélo ou une supposition ou même “la citoyenneté” peuvent être “citoyens” tout peut l'être donc rien ne l'est plus. Vous vous dites, “la citoyenneté citoyenne” ça ne veut rien dire? C'est exact, du moins pour l'instant, mais “vélo citoyen“ ou “supposition citoyenne” non plus, aucun vélo ni aucune supposition n'auront jamais le droit de vote, mais même si on peut le trouver ridicules, ces formations sont acceptables. Il m'arrive de parler de “réalité réelle” parce que, pour diverses raisons, le mot “réalité” désigne beaucoup de réalités effectives ou symboliques “qui ne sont pas réelles”, donc quand je veux préciser que je parle de la réalité en soi, de la réalité observable, il me faut de quelque manière préciser que c'est ce dont je parle, de la “réalité réelle”; comme on est accoutumé à savoir que “réalité” ne se réfère pas nécessairement à la réalité effective, la construction “réalité réelle” apparaît acceptable; quand on sera pleinement accoutumé à considérer que “citoyen” ne désigne pas ou que peu “le citoyen“, l'expression “citoyenneté citoyenne” apparaîtra acceptable. Et il n'y aura alors pas plus de citoyens que de réalité.

Bon ben, encore une fois je ne sais plus trop quel est censément le thème supposé de ce billet. Faut dire, je l'ai mis de côté depuis hier matin et fait bien des choses dans Mediapart et surtout, dans ma réalité ordinaire. Je jette un œil vite fait au début pour me remettre dans le sujet. Ah oui! Le thème est la liberté de parole. Je ne l'avais pas précisé jusque-là mais c'est bien le thème, de mon point de vue. Je pense avoir suffisamment cadré le sujet pour y venir.

Quand on rédige un billet dans le cadre de Mediapart, on a une liberté de parole assez restreinte. Plus on s'éloigne de ce qui fait l'attraction première du site, quelque chose comme “l'information politique et sociale avec petit regard sur la culture et les idées”, quand on tient un blog plutôt orienté poésie, arts graphiques, critique littéraire ou artistique, réflexions de long terme dans des domaines divers, bref, quand on s'éloigne de l'écume des jours, de ce qui constitue “l'actualité”, notamment celle à forte teneur “sociale” ou “politique”, on a beaucoup plus de liberté mais, sauf dans les domaines de la critique “culturelle” qui ont un rapport parfois distant mais du moins supposé avec “l'actualité”, beaucoup moins de visibilité. Plus on tend à “l'actualité” dans une approche “journalistique”, plus on a de chances de gagner en visibilité mais plus on perd en liberté, puisque la partie significative du site, “la Rédaction”, a une surface de visibilité et de crédibilité très haute. La liberté dans “le Club” est une liberté contrainte. Tous les billets commencent par ça:

Illustration 1
Spécial Ma Pomme © Olivier Hammam

Pas très exactement par ça, il y a la mention de l'abonné connecté qui est singulière, propre à Ma Pomme, mais ça n'a pas de grande incidence. Tous les billets ont sur leur droite tout un tas de trucs qui signalent «Ceci est Mediapart le site d'information»; et tous les billets se terminent par ces deux phrases:

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Comme c'est en italiques, ça signale “contenu de signification notable donc importante”. Ce billet n'est donc pas celui de la personne qui le publie mais celui de Mediapart mais n'engage pas Mediapart. Ce qui est paradoxal: Mediapart signale avec la plus grande éloquence que la page que l'on consulte appartient à Mediapart et a été créée avec l'autorisation et sous le contrôle certes “libéral” mais néanmoins réel de Mediapart et n'engage pas “la Rédaction“, qui est pourtant propriétaire et éditrice du site?

“La Rédaction” pourfend beaucoup les tiers qui “n'assument pas leurs responsabilités”; ces tiers ne sont pas primordiaux pour “la Rédaction”, cependant “la Rédaction” ne manque pas de pointer la responsabilité éditoriale de sites comme Facebook ou Tweeter, mais ce qui vaut pour Facebook ou Tweeter ne vaudrait pas pour Mediapart? Très évidemment, ça vaut pour Mediapart: la responsabilité éditoriale d'un média est toujours celle de l'éditeur. Le “bon“ Mediapart peut, à l'instar des “méchants” Facebook et Tweeter, affirmer «Ce contenu n'engage pas le propriétaire du site», que ça ne change rien à la réalité. J'ai deux lieux principaux de publication, Mediapart et mon site personnel. Sur mon site personnel je suis entièrement libre à tous points de vue, ce qu'on voit sur les pages de mon site personnel ne s'y trouve que parce que je l'ai décidé. Le propriétaire de la structure matérielle m'en loue une partie à la manière dont le propriétaire d'un immeuble me louerait un local, il me fournit les murs mais tout ce qui s'y trouve, c'est moi qui l'amène et il n'a aucun droit de regard sur ce que j'y mets ni ce que j'y fais tant que je paie mes loyers et n'emmerde pas le voisinage. Il y a une contrainte initiale: je suis le créateur et mainteneur de ce site, donc j'ai nécessité à savoir faire de la gestion de réseau informatique, installer et paramétrer des logiciels, faire de la maintenance de serveur de courriel. Si j'ai acquis toutes ces compétences, ce qui est une contrainte (je vous certifie que ça ne s'apprend pas en un jour et que c'est assez souvent compliqué et pire, souvent ennuyeux, fastidieux, barbant), ça me permet d'être entièrement libre de faire ce que je veux comme je le veux. Sur ce site j'ai un système comparable à celui de Mediapart, un CMS, un SGC en français, “système de gestion de contenu”, le CMS “Révélation sur le mont”, et ce qui se trouve tout en haut c'est ça:

Illustration 2
On va tout savoir! © Olivier Hammam

Comme j'aime la diversité j'en ai plein d'autres, de CMS, entre autres celui-ci:

Illustration 3
Johnny en cage à Médrano! © Olivier Hammam

On a l'humour qu'on peut, désolé. Et le site a une page d'accueil classique, une page HTML assez simple. C'est le site de Ma Pomme:

Illustration 4
C'est mouhahahaha! Plus heureux qu'un roi... © Olivier Hammam

Ça vaut ce que ça vaut, spécialement question humour ou plaisanterie, mais tout ce qu'on y voit a été conçu, réalisé et mis en place par Ma Pomme. Si un jour une autorité quelconque me reprochait un contenu punissable, qui constitue une infraction, un délit ou un crime, ça sera pour Ma Pomme. La liberté implique la responsabilité. Si un jour une autorité quelconque me reprochait un contenu punissable, j'arguerai de mon irresponsabilité, parce que le responsable de ce site très encadré, très contraint, dont le contenu est explicitement la propriété de “la Rédaction”, et sous sa responsabilité. La mention «Ses contenus n'engagent pas la rédaction» ne vaut que pour qui veut bien y croire.

Liberté et responsabilité sont deux noms pour une même réalité: la liberté ne s'acquiert que par la responsabilité, plus on est libre, plus on est responsable, moins on est libre, moins on est responsable; plus on est responsable, plus on est libre, moins on est responsable, moins on est libre. Obtenir beaucoup de liberté implique auparavant d'avoir consenti à beaucoup de contraintes; qui veut ne pas subir de contraintes et obtenir tout de suite sa liberté, n'aura que l'illusion de la liberté.

Il m'arrive de dire que si on devait vraiment aller à la catastrophe, pour moi ça ne serait pas un très grand problème, juste un encore plus mauvais moment à passer que celui que nous vivons en ce temps, en cette année 2019, parce que dans tous les domaines de ma vie j'ai consenti à un niveau de contrainte suffisant pour obtenir un niveau de liberté élevé, qui m'évitera si le cas se présente, de consentir à des contraintes qui ne m'intéressent pas. Pour exemple, si demain posséder et utilisé redevient ce que ça n'aurait jamais du cesser d'être, un luxe réservé à une “élite”, ça ne me posera aucun problème, je n'ai jamais possédé d'automobile, et je n'ai pas le permis de conduire, me mouvoir à pied, en vélo, en transports en commun, ne me sera pas une contrainte parce que c'est ma pratique habituelle. Comme beaucoup de personnes, une minorité certes dans un pays comme la France mais une minorité de plus en plus forte, du point de vue de “la société” j'ai une vie “frugale” et “décroissante”, ce qui est faux, j'ai une vie riche et “croissante” à ma manière, qui est une manière lente et patiente, qui est de tous les instants, pour exemple, sauf les deux outils qui me servent à chauffer mes aliments, une plaque céramique et un four, je n'ai aucun instrument de cuisine électrique, c'est sûr que pour battre mes œufs en neige ou haché de la viande ou des légumes ça prend “un peu” plus de temps et “un peu” plus de dépense d'énergie corporelle, mais si je devais me passer d"électricité, et bien, j'ai un poêle à bois.

Les irresponsables de ce jour, qu'ils soient en bas ou en haut de l'échelle sociale, se pensent libres parce qu'ils possèdent de nombreux instruments qui les dotent d'une liberté artificielle; si demain il devaient s'en passer, ils s'apercevraient alors qu'ils n'ont fait que retarder le moment où il faut en passer par de la contrainte pour accéder à une vraie liberté, et plus on retarde ce moment, plus le niveau de contrainte nécessaire sera important. M'est avis que pas mal de monde risque de n'avoir plus assez de temps de vie devant soi pour atteindre à la liberté, et aura inversé le processus vital normal, commencer par la contrainte pour finir par la liberté. Ce qui est fort dommage, car quand on est jeune on subit très bien les contraintes, et quand on est vieux on profite pleinement de sa liberté, alors que quand on est jeune on gaspille sa liberté, et quand on est vieux on subit la contrainte comme une torture.

Chacun ses choix.

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