Enfumages électroniques.

J'ai une certaine réticence envers les “cigarettes électroniques“, qui sont beaucoup plus électriques qu'électroniques, cela dit. Mais plus encore envers une évolution récente, qui va contre toute logique sociale actuelle. Ça va même au-delà de la réticence.

Si vous m'avez déjà lu, vous connaissez probablement mes propos sur les cons et les salauds en tant que modèles de comportement. On dira ici pour le confort du rédacteur que c'est le cas, sinon, et bien, vous pouvez aussi considérer les acceptions ordinaires de ces deux mots, ça ira bien.

Les vapoteurs sont des cons, ou des salauds. Et les “nouveaux vapoteurs” des cons ET des salauds, assurément. c'est ainsi. Désolé pour mon frère et mes connaissances qui “vapotent”, c'est mon avis et je m'y tiens. Vapoter c'est faire ce que je fais, une pratique de con ET de salaud, fumer du tabac, en se donnant l'excuse de ne pas le faire, ou pas vraiment, on ne fume pas, on produit de la vapeur, distinguo. Quand je fume mon tabac c'est aussi ce que je fais, la fumée de cigarette, de cigarillo ou de cigare produit surtout de la vapeur. Quand les vapoteurs vapotent ils produisent aussi autre chose que de la vapeur, cette autre chose ayant beaucoup à voir avec ce que produit la fumée de tabac. Bref, vapoter et fumer se distinguent mal.

Sur un autre plan, vapoter est pire que fumer du tabac, sinon sur un point: les cigarettes ou cigarillos avec filtre, parce que lesdits filtres sont en plastique, et contribuent à la pollution désastreuse que produisent les matières plastiques, pour le reste, le processus industriel qui va des matières premières au produit fini est nettement moins perturbateur de l'environnement que celui à l'œuvre pour le vapotage. La cigarette dite faussement électronique (un nom commercial plus attractif que “cigarette électrique”: l'électrique c'est le monde du passé, l'électronique c'est le monde du futur... Fumer “électrique” ça ferait ringard, fumer “électronique” c'est aller plus loin dans la voie de la modernité) est à la cigarette tabagique ce qu'est la voiture électrique (un mode de déplacement ringard, faudrait songer à un nom plus sexy – c'est en cours, on commence à parler de la voiture “écologique” et même, “verte”...) à la voiture thermique, un remède pire que le mal mais symboliquement vertueux parce que toute la partie la plus polluante est non visible: une voiture électrique à un “bilan carbone” et plus largement un “bilan écologique” plus négatif qu'une voiture thermique au moment où on la met en vente; certes on nous promet chaque jour que demain on rase gratis on corrigera le problème, pour mémoire on nous promet depuis pas mal de temps un “bilan écologique” des moteurs diesel plus mieux que mieux et moins pire que celui des moteurs essence mais bon, on attend encore, pour l'instant dans cette histoire on a surtout vu s'améliorer les compétences des concepteurs de logiciels d'évaluation du “bilan écologique” de ces moteurs en matière de programmation, mais ça ne changera pas un aspect de la Voiture Verte, son coût énergétique en utilisation est plus élevé que celui de la Voiture Marron (j'ai entendu ce terme récemment, l'énergie “marron” est celle à base de carburants fossiles – savoir si celle à base d'uranium est “argentée”, pour autant que ce métal ait des reflets d'argent...), donc si l'énergie source, l'électricité, est produite avec des centrales thermiques, son “bilan carbone” sera pire.

La vapoteuse, ou vaporette, ou quelque nom qu'on veuille lui donner, se compose de matières premières qui ne poussent pas dans les champs ni dans les forêts; à la différence de la cigarette tabagique, sa durée de vie est beaucoup plus longue mais en cours d'utilisation, au moins ça se vaut, plus sûrement ça joue en sa défaveur parce que, et bien, le produit à vaporiser n'est pas issu d'une opération magique mais d'un processus industriel, à quoi s'ajoute que l'on consomme de l'énergie électrique – euh, pardon, de l'énergie électronique. Disons, à tous points de vue les cigarettes électroniques sont aussi néfastes que celles thermiques (je parle comme ça, il ne s'agit pas d'une opinion personnelle, il se trouve simplement que dans les sociétés développées de ce début de millénaire, fumer du tabac c'est socialement MAL, donc toute alternative socialement acceptable c'est MIEUX voire BIEN), peut-être plus néfastes. Mais on peut faire pire. On a fait, on fait pire. Les deux seuls avantages avérés des cigarettes électriques étaient le coût et les suites, à usage équivalent le “coût unitaire” de la bouffée était nettement en faveur de la vapoteuse, pour les suites, et encore, seulement par rapport aux cigarettes et cigarillos avec filtres ou embouts, ça réduit la dispersion de résidus non bio-dégradables, de plastique; l'invention récente de la vaporette ou vapoteuse jetable – semi-jetable, on conserve tout de même la partie proprement électrique, celle contenant la batterie – vient d'annuler ces deux avantages et de rendre d'un coup d'un seul le remède clairement pire que le mal puisque la partie jetable est composée pour l'essentiel de plastique, donc de pétrole et donc non bio-dégradable, et son coût nettement moins avantageux.

Ceci est très illustratif de la capacité inépuisable des tenants du productivisme à tout crin pour réduire à néant tout effort même mineur de réduction des processus industriels, un des motifs, probablement le principal, de ces efforts étant justement cette réduction des processus industriels: moins de choses à vendre, moins de profits à faire. Pour information, l'agro-industrie, constatant que le “bio” est devenu peu contournable et représente un “marché”, est en train de mettre en place du “bio agro-industriel” au moins aussi polluant que le “non bio”. L'ingéniosité perverse et morbide des salauds est infinie, l'aveuglement volontaire des cons un puits sans fond...


Addendum sur une mention, «Vapoter c'est faire ce que je fais, une pratique de con ET de salaud, fumer du tabac»: le liquide des vapoteuses contient de la nicotine, donc nécessite de cultiver des plantes qui en contiennent pour l'en extraire, genre, par exemple, du tabac... Disant que la cigarette électronique c'est le remède pire que le mal, j'étais même en-deçà de la réalité.

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