C'est le cas de tous. Chacun fait de son mieux. Votre “mieux” n'est pas le mien, mais je suis certain que pour vous il en est comme pour moi, vous faites de votre mieux. Mais, «le mieux est l'ennemi du bien». Ça veut dire quoi? Simple: votre “mieux” a peu de chances de correspondre au mien, il y aura toujours un écart, parfois minime, parfois très important. Le “bien” c'est la concordance entre nos deux “mieux”, si on décide de déplacer un objet lourd ensemble, chacun de nous “fera de son mieux” et, vous pousserez un peu trop ou je ne tirerai pas assez; si nous sommes tous les deux attentifs, nous allons peu à peu réduire nos divergences pour “faire bien”, en tout cas “aussi bien que possible”; si tous deux sommes inattentifs, nos deux “mieux” vont très vite diverger et nous “ferons mal”, au pire “le plus mal possible” et l'objet et l'un de nous ou tous deux chuteront. Si l'un de nous est attentif, il s'adaptera au “mieux” de l'autre ou lui parlera pour l'informer de la discordance et le rendre attentif.
Il est bien sûr un cas problématique, celui où l'un de nous ira toujours “vers le mieux”. Pour reprendre mon exemple, si vous constatez que je ne tire pas assez, vous pousserez moins ou me direz d'accélérer; de même si je constate votre poussée forte j'accélèrerai ou vous demanderai de ralentir. Mais il y aura des cas où ne parviendrons pas à nous harmoniser. Les cas problématiques sont ceux où l'un de nous sera incapable de changer son comportement, par circonstance – si j'ai un coup de fatigue et même ne le voulant pas ne cesse de ralentir, si la pente est forte et que vous ne pouvez ralentir, etc. –, par ce que l'on nommera déficience, une incapacité involontaire à s'harmoniser, ou par ce que l'on nommera malveillance, une incapacité volontaire à s'harmoniser. Où ça deviendra problématique: quand l'incapacité s'accompagne d'une incapacité à comprendre ou admettre son incapacité.
Si un “déficient” se sait ET s'admet tel, il informera de sa déficience ou consentira à se faire dire qu'il est déficient; si un “malveillant” se sait ET s'admet tel, de même il informera ou consentira. S'ils ne se savent pas OU ne s'admettent pas tels, alors ils reporteront la cause de la discordance sur “l'autre”, sur “les autres”, et de ce fait auront du ressentiment qui peut parfois aboutir à une action néfaste volontaire dirigée vers “les autres”.
Pour expliquer pourquoi, sauf circonstances critiques rares, mais hélas pas si rares non plus, qu'on soit déficient, malveillant ou autre, et que, déficient ou malveillant, on soit dans le ressentiment ou non, ça ne pose pas de problème qui n'aura pas de solution, c'est compliqué par écrit, donc je ne le ferai pas et vous invite à en discuter avec d'autres, y compris des supposés “déficients” et des supposés “malveillants”.
Je peux cependant vous dire ceci: les apparences sont trompeuses et si l'on ne peut pas dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ça n'en est pas si loin, surtout si on s'arrête, qu'on réfléchit, puis qu'on regarde la réalité en faisant un pas de côté.