Au départ de tout rien n'appartient à quiconque, parce qu'au départ de tout il n'y a pas d'humains.
Arrivent des humains. Ils s'installent. En Europe par exemple. Comme ils viennent, pour les premiers, d'Afrique, ils y viennent par les Balkans et par la Péninsule ibérique. Ils prolifèrent (lentement au départ) et la “pression démographique” amène une population, qu'on nommera “communauté”, à se diviser, une partie de cette communauté reste sur ce territoire, l'autre se déplace vers le nord, vers l'ouest ou vers l'est, mais non vers le sud puisqu'il y a une population dont cette communauté du sud de l'Europe est issue.
La population qui s'est déplacée s'installe à son tour à une distance telle de la première qu'elle occupera un territoire équivalent limitrophe. La communauté restée sur place va continuer de proliférer et se trouvera encore dans le cas de devoir se diviser. Après plusieurs divisions, tous les territoires limitrophes sont occupés par des communautés, ce qui causera quelques inconvénients, entre autres,
- il faudra traverser le territoire d'une communauté limitrophe;
- la distance d'un territoire libre sera beaucoup plus grande;
- et autres.
Ces deux-là suffisent.
Tant que le territoire nouvellement occupé est limitrophe, et bien, il suffit de faire un pas de plus pour s'y trouver; s'il est à grande distance on doit se préparer à un voyage long, non sans risques, et avec une possibilité réduite ou nulle de trouver des ressource vitales pendant le déplacement, puisque ce sont celles nécessaires à la communauté locale. La communauté du territoire de départ ne peut pas laisser à celle qui part beaucoup de ressources puisque la raison principale de son départ est justement le manque de ressources. Tout cela fait que le choix de rester ou de partir est beaucoup moins simple que lors des premières divisions. Plus le temps passe, plus les difficultés augmentent, puisque les territoires libres sont toujours plus distants, que les autre communautés prolifèrent aussi, etc. Jusqu'au point insoluble: tous les territoires sont occupés.
Il n'y a pas de problème sans solution. Ici, clairement il n'y en a que trois non exclusives: réduire sa propre population, réduire les populations voisines et changer son mode d'occupation du territoire; dit autrement, l'eugénisme, la guerre et la domestication de l'espace. Seule la troisième m'intéresse ici.
Je ne vais pas vous refaire toute l'Histoire ni la proto-histoire (une notion extrêmement douteuse: le “proto-histoire” est le moment où, comme le disait un président à propos d'un autre continent, les Européens “n'étaient pas entrés dans l'Histoire”, mais d'autres ailleurs y étaient à plein deux mille, deux mille cinq cent, trois mille ans avant. Les Mésopotamiens étaient “dans l'Histoire” et n'ont pas attendu les Européens pour y entrer, c'est plutôt le contraire...) ni la préhistoire (notion extrêmement douteuse, d'abord parce que l'Histoire de la “préhistoire” on la connaît, et même de plus en plus, ensuite parce que ces “préhistoriens“ – pas les savants de ce nom mais les gens qui vivaient en ces temps – ont écrit leur Histoire sur les parois des grottes et des falaises et dans bien d'autres objets et lieux) donc on arrive à une situation, euh, quoi? “Post-historique”? Paraît qu'on est sortis de l'Histoire et qu'on est post-machin et post-truc, on est même “post-vérité”, ce qui me semble une bonne chose, s'rait temps qu'on sorte de la “vérité” pour entrer dans la réalité. Bref bref bref... On est dans une situation pas très ancienne, ça commence alentour de 1150 pour accélérer très fort à partir d'alentour de 1650, on peut nommer ça la privatisation des biens communs. Après vérification, j'ai bon – ça sert d'avoir de la mémoire, au début j'avais écrit 1650 pour le moment d'accélération puis j'ai douté, corrigé par 1500, puis le mot que je cherchais, qui désigne le mieux la chose, m'est revenu en mémoire: enclosure. J'ai été chercher sur le Net, et je vois en premier de liste l'article de Wikipédia «Mouvement des enclosures» qui commence ainsi:
«Le mouvement des enclosures fait référence aux changements qui, dès le XIIe siècle mais surtout à partir de la fin du XVIe siècle et au XVIIe siècle ont transformé, dans certaines régions de l'Angleterre, une agriculture traditionnelle dans le cadre d'un système de coopération et de communauté d'administration des terres (openfield, généralement des champs de superficie importante, sans limitation physique) en système de propriété privée des terres (chaque champ étant séparé du champ voisin par une barrière, voire une haie comme dans un bocage).
Les enclosures, décidées par une série de lois du parlement, les Inclosure Acts, marquent la fin des droits d'usage, en particulier des communaux, dont un bon nombre de paysans dépendaient».
Bon, je publie et je laisse ce billet de côté pour l'instant, qui de toute manière me semble assez consistant en tant que base de discussion.