L'Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies

Pas de colonisation sans le développement d'une hygiène exotique conçue comme une science pratique et totale destinée à faire vivre les Européens dans les territoires de l'empire. Sexualité interaciale et conjugale, alimentation et boissons, vêtements, villes et maisons coloniales, division raciale du travail entre Blancs et "indigènes", telles sont les différents champs visés par les médecins.

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L’Empire des hygiénistes

Vivre aux colonies

Fayard, 2014

 

 

Au tournant du XIXe siècle, la majorité des contemporains souhaitent transformer les colonies françaises en territoires sûrs et prospères vers lesquels convergeront hommes et capitaux. L’avenir semble radieux, celui de la République impériale aussi ; les réalités le sont moins. Soldats, fonctionnaires et colons meurent en masse au cours « d’aventures » qui ont souvent débouché sur des désastres bien connus des médecins. Ils savent l’insalubrité du climat, la corruption des sols et des eaux, et la virulence des maladies tropicales qu’aggravent la précipitation des responsables politiques et le conservatisme de la hiérarchie militaire qu’ils ont longtemps critiqués. Guérir ? Eu égard aux moyens de l’époque, la réalisation de cet objectif est très incertaine. Il faut donc prévenir de toute urgence pour assurer la sécurité sanitaire des Français expatriés. Le succès de la colonisation en dépend.

Des praticiens nombreux et célèbres se sont mobilisés afin de relever ces défis grâce au développement d’une hygiène exotique conçue comme une science pratique et totale. Pour être efficaces, leurs prescriptions s’étendent à tous les registres de la vie. Sexualité interraciale et conjugale, organisation d’une journée-type adaptée aux menues variations de la température, alimentation et boissons, vêtements et couvre-chefs, villes et maisons coloniales, division raciale du travail entre Blancs et « indigènes » ; tels sont les multiples domaines que les hygiénistes investissent pour faire vivre les Européens aux colonies. De là, aussi, le recours au travail forcé imposé aux autochtones et la défense de l’esclavage domestique en Afrique française malgré les protestations de Victor Schœlcher au Sénat, le 1er mars 1880. 

 

Olivier Le Cour Grandmaison enseigne les sciences politiques et la philosophie politique à l’Université d’Evry-Val-d’Essonne. Il a notamment publié Les Citoyennetés en Révolution 1789-1794 (PUF, 1992), 17 octobre 1961 : un crime d’Etat à Paris, (collectif, La Dispute, 2001), Haine(s). Philosophie et Politique (PUF, 2002), Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’Etat colonial (Fayard, 2005). La République impériale. Politique et racisme d’Etat, (Fayard, 2009), De l’indigénat. Anatomie d’un « monstre » juridique. Le droit colonial en Algérie et dans l’empire français, (La Découverte, 2010).

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