L'Europe contre les immigrés

http://www.politis.fr/article7478.html

L’historien Olivier Le Cour Grandmaison* dénonce un durcissement de la politique européenne d’immigration.

En France, la campagne des européennes vient de s’achever dans une indifférence certaine ; l’abstention en témoigne. Alors que l’UMP, conformément à sa stratégie destinée à fidéliser les électeurs venus du Front national et à mobiliser ses propres troupes, exploitait sans vergogne les thèmes de la sécurité et de l’immigration, les gauches, toutes tendances confondues, sont demeurées très discrètes sur la politique conduite par l’Europe en ce dernier domaine. Pourtant, ceux qui affirment lutter contre les orientations du gouvernement français auraient dû se saisir de ces élections pour prolonger ce combat au niveau européen car il y a fort à faire. Rappelons-nous. Le 18 juin 2008, le Parlement de Strasbourg votait la directive « Retour », qui porte la durée de la rétention des étrangers en situation irrégulière à dix-huit mois. De plus, ce texte prévoit la possibilité d’interdire aux expulsés de séjourner sur le territoire des États de l’UE pendant cinq ans. Banalisation, extension et triomphe de la double peine qui, théoriquement abolie en France, devient une mesure communautaire très critiquée à l’étranger. En témoigne la déclaration du président bolivien, Evo Morales, qui a demandé le rejet de cette directive contraire à l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, qui établit que « toute personne a le droit de circuler librement, […] de quitter tout pays, y compris le sien ». De plus, une note officielle du gouvernement chilien estime que « ce nouveau texte » européen « soumet » les migrants « à des procédures qui peuvent violer leurs droits élémentaires et empêcher le regroupement familial ». Mêmes réactions au Brésil et en Argentine, où la directive de l’UE a été jugée attentatoire aux « droits humains fondamentaux ».

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