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Billet de blog 5 juin 2011

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NUCLEAIRE, L’INDISPENSABLE DEBAT

Il est plus que nécessaire de créer un dialogue qui n’a jamais eu lieu. Le nucléaire doit il être notre avenir ou notre boulet ? Les syndicalistes montrent l’exemple et apportent quelques éléments utiles à la réflexion qui sont nécessaires pour exiger un véritable débat public.

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Il est plus que nécessaire de créer un dialogue qui n’a jamais eu lieu. Le nucléaire doit il être notre avenir ou notre boulet ? Les syndicalistes montrent l’exemple et apportent quelques éléments utiles à la réflexion qui sont nécessaires pour exiger un véritable débat public.

Les syndicalistes ont le courage politique du débat d’idée. Ils sont les premiers à prendre le risque de discuter, de confronter leurs positions. Quel risque y a-t-il en définitive, que celui de sortir des points de vues différents, qui forcément feront émerger quelques éléments salutaires à la réflexion de base. En acceptant le débat avec Greenpeace (publié dans la NVO 3439 du 6 mai 2011) sur ce lien ; http://www.cogiton.cgtcea.org/plugins/fckeditor/userfiles/file/TableRonde-Greenpeace-CGT.pdf

La fédération CGT des mines et énergies a fait preuve d’une ouverture d’esprit exemplaire et d’une certaine évolution des pensées. Même si les syndicalistes de cette fédération restent sur une position ferme à propos du recours à l’énergie nucléaire, ils ont au moins le mérite d’éclaircir le champ des points de vues. Si la sortie progressive du nucléaire devient une position de plus en plus évoquée et accentuée par les évènements japonais, elle pose néanmoins quelques difficultés qui ne sont que trop rarement discutées.

Comment produire suffisamment d’électricité pour, à minima préserver notre patrimoine industriel ? Le solaire, l’éolien, la marée ou encore l’hydroélectricité peuvent-ils suffirent ? De part et d’autre des points de vues, opposants ou défenseurs du nucléaire invoquent la recherche, y compris pour le traitement des déchets. Le temps de la recherche n’est pas celui de la consommation. Le temps de la recherche n’est même pas mesurable à l’échelle d’une vie d’homme. Or, dans notre société, politiques, syndicalistes ou citoyens nous nous montrons incapable de projeter plus loin que l’échelle d’un mandat électoral, comme-ci la démocratie toute entière pouvait reposer sur un temps si court.

Les syndicalistes CGT prônent la maîtrise sécuritaire de la production électrique issue du nucléaire, grâce au recours d’un pôle public de l’énergie. Celui-ci serait ainsi garant de transparence, de sûreté et d’une meilleure gestion pour un accès plus juste à l’électricité quelque soit la condition sociale des individus. Belle utopie en vérité ! Durant toutes ces années, pendant lesquelles EDF fut une entreprise publique, on ne peut pas dire que la transparence ait été formidable, sans parler de sa politique de rentabilité qui se traduit aujourd’hui vers une cotation en bourse dont la chute a été de 53% ces trois dernières années. L’endettement aurait atteint 42,5 milliards d’euros pour un résultat brut d’exploitation de 17,5 milliards d’euros, selon Corinne Lepage. Même si l’on ne partage pas forcément son positionnement politique, elle fut néanmoins Ministre de l’environnement et à ce titre mérite d’être entendu. L’Etat toujours actionnaire d’EDF, fera désormais payer aux contribuables, comme aux consommateurs - qui sont les mêmes -, les résultats de choix politiques qui n’ont jamais été débattus, ne serait-ce que par les parlementaires.

Pourtant, il paraît salutaire que l’énergie reste un service public au lieu d’être soumis aux gourmandises de spéculateurs peu scrupuleux du bien collectif. La CGT-énergie a raison de vouloir le bien commun, mais malheureusement le recours au nucléaire n’offre pas de garanties suffisantes dans ce seul critère du « tout public » pour assurer la sécurité des citoyens. Si les syndicalistes offraient un rapport de force suffisant dans une entreprise comme EDF, les choix stratégiques, économiques et industriels auraient été tout autres. Pire encore, ce rapport de force insuffisant permet aujourd’hui aux dirigeants d’EDF de criminaliser régulièrement l’action syndicale. Pourtant, ce sont ces syndicalistes-là qui s’opposent aux coupures d’approvisionnement des familles les plus pauvres. Ce sont aussi ces syndicalistes-là qui sont capables de répondre aux besoins du public lors des intempéries destructrices. Ce sont également les premiers à s’investir par la lutte pour garantir les droits collectifs. Le comportement de patrons n’est pas lié au statut d’une entreprise, que celle-ci soit publique ou privée. Le recours à la sous-traitance a été le fait de l’entreprise publique. Nous en voyons les conséquences aujourd’hui. Près de 80% de l’entretien des réacteurs est aujourd’hui assuré par des salariés précaires et exploités de la façon la plus abjecte qui soit.

La position qui consiste à dire aujourd’hui que le risque zéro n’existe pas et que donc, nous citoyens devons accepter une politique du sacrifice humain, est elle raisonnable ? Les habitants de Lyon, de Bourg-en-Bresse, de Valence ou de Montélimar doivent-ils avoir la trouille parce que vivant entourés de quatre centrales nucléaires en région Rhône-Alpes ? Pour autant, une sortie même progressive du recours à l’énergie nucléaire changera nécessairement nos modes de vies actuelles. En sommes nous capables ? Sommes nous prêt à renoncer à certains conforts ? Quand à l’indépendance énergétique slogan des années soixante dix qui permis de nous faire avaler la pilule, que veut il dire aujourd’hui ? Alors qu’Areva exploite les mines d’uranium africaine et que l’Europe, dont la commission décide de tout est constituée de 27 Etats. Les Allemands, ou plutôt leur Gouvernement viennent de faire un choix qui interpelle. En renonçant au nucléaire ils semblent mettre un pavé dans la marre, alors qu’ils devront vraisemblablement se tourner vers la France pour importer leur électricité. La belle affaire ! Il est d’ailleurs assez amusant d’observer la réaction de la patronne d’Areva qui s’est offusquée d’une décision politique prise sans aucun débat sur la question en Allemagne. Prônerait-elle ainsi le débat public en France ? L’absence de volonté de débats et donc de démocratie auxquels nos aînés ont renoncé, dans une grande majorité par le passé, nous revient en pleine figure aujourd’hui, mais alimenté en plus par la peur du grand cataclysme. Nous ne pouvons plus nous en affranchir. Il est sans doute temps d’exiger des responsables politiques qui se préparent à l’échéance de 2012, de répondre à cette attente et peut-être en écoutant les syndicalistes qui restent malgré leurs faiblesses, une voix résonnante et raisonnable d’une certaine garantie de démocratie.

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