Bosch; des ombres sans soleil

Sur le site de Vénissieux, les miroirs aux alouettes du photovoltaïque font place à l’abattement et à l'amertume du personnel et de ses organisations syndicales CGT et CFDT opposées entre elles. La stratégie du groupe allemand fonctionne bien, les salariés sont mis en concurrence sur fond de recherche de repreneur et d'abandon d'un avenir industriel que l'on croyait lumineux. 

Sur le site de Vénissieux, les miroirs aux alouettes du photovoltaïque font place à l’abattement et à l'amertume du personnel et de ses organisations syndicales CGT et CFDT opposées entre elles. La stratégie du groupe allemand fonctionne bien, les salariés sont mis en concurrence sur fond de recherche de repreneur et d'abandon d'un avenir industriel que l'on croyait lumineux. 

Signe des temps, le local CGT des salariés de Bosch à Vénissieux (69) est une baraque de chantier. Bien sûr il y a eu des travaux, des investissements qui ont permis de rénover totalement l'un des ateliers de l'usine, où précisément se trouvait l'ancien local de l'organisation syndicale, mais cela reste une baraque de chantier. Les délégués ne s'en plaignent pas vraiment, ils ont autre chose en tête. Le 22 mars dernier, la direction du groupe Bosch annonçait son retrait de ce qui n'est pas encore une filière industrielle, le photovoltaïque. Si cette annonce a suscité une mauvaise surprise pour les progressistes dans le secteur de l'énergie, ce fut un véritable choc pour les salariés de l'usine de Vénissieux.

 Depuis la mise en route de cet atelier flambant neuf qui a nécessité 30 millions d'euros d'investissements en 2010, les commandes ne faiblissent pas. En cette mi-avril les 22 intérimaires recrutés sont autant de preuves que la demande est réelle. Quant aux clients, ils ne sont pas des moindre ; EDF, Total, la Compagnie Générale du Rhône (CNR) ou encore GDF-Suez. 60% des commandes se concentrent sur le seul marché français.

En 2010 alors qu'un plan de départs « volontaires » et de départs en retraite se soldent par la perte sèche de 200 emplois sur le site, l'investissement du groupe allemand sur le panneau photovoltaïque est un signe malgré tout encourageant. Qu'un grand groupe (1) jusque-là spécialisé sur le secteur automobile, décide de se reconvertir vers d'autres industries en favorisant les énergies renouvelables face au lobby nucléaire, est un acte salutaire. Les moyens mis en place à Vénissieux font l'admiration des observateurs. L'atelier est capable de produire des panneaux pour 160 Méga Watt par an, sur ses deux chaines de montage ; 240 personnes en Quatre équipes sont mobilisées en semaine, la nuit, le week-end.

 Le groupe Bosch invoque la concurrence et surtout une baisse des prix de 40% en 2012. Ainsi les pertes du groupe allemand atteignent 2,4 milliards d'euros depuis qu'il a choisi cette industrie en rachetant notamment son compatriote Ersol-d'Aleo Solar.

« Actuellement nous perdons un millions d'euros par jour » précise Kamal Ahamada délégué syndical CGT.

 Malgré ces chiffres, la direction de Bosch assure que que l'assemblage des panneaux pourrait être une activité rentable sur les marchés en proximité. Donc le site de Vénissieux serait rentable selon la direction du groupe, mais pas suffisamment pour le conserver. Et d'annoncer la vente du site et la recherche d'un repreneur, pour clore la discussion.

 « Les pertes proviennent principalement de la fabrication des cellules, en Allemagne » ajoute Kamal Ahamada, « mais Bosch préfère garder l'ensemble d'un produit ou s'en séparer ». Ce qui se traduirait non seulement par l'abandon du site de Vénissieux mais également la fermeture de l'usine allemande d'Arnstadt où travaillent plus de 3000 personnes qui produisent les fameuses cellules. Une décision confirmé par le président de Bosch France, pour le début d'année 2014 si la vente ne se fait pas et qui précise ainsi que Bosch mettrait fin à la fabrication, la commercialisation des cellules solaires et des modules cristallins et arrêterait également ses activités de développements. En réalité les délégués du personnel assurent que la direction donne une charge de travail que jusqu'aux congés d'été.

 Pour eux en septembre tout sera bouclé. En revanche, le groupe allemand souhaite conserver son implication sur la technologie dite à couches minces... En Allemagne. Bosch investit également dans d'autres parties du monde.

Alors que la part du photovoltaïque dans le marché de l'énergie, n'est que de 2% il est étonnant de voir qu'un groupe aussi puissant que Bosch préfère renoncer après à peine quatre années d'expérience dans un domaine où le niveau européen atteint 75% de la capacité mondiale. Ces deux chiffres prouvent à eux seuls que non seulement l'avenir du photovoltaïque est réel, mais en plus sur le marché à proximité. Certes les technologies doivent encore progresser, c'est pour cela que Bosch conservera son activité de développement sur les couches minces à base revêtement microscopique en concurrence des capteurs silicium qui constituent aujourd'hui 90% du marché.

 La stratégie du groupe Bosch est à court terme et s'appuie sur des pratiques opportunistes. Si les investissements ne rapportent pas immédiatement, l'avenir est raccourcit.

Le plus inacceptable pour les salariés du site, ce sont les couleuvres qu'il a fallut avaler. En un peu plus de dix ans 400 emplois auront disparu à Vénissieux et plus de 4000 en France. Une partie des salariés qui ont cru en 2010 aux promesses de l'aide à la création d'entreprise, viennent aujourd'hui postuler en intérim aux portes de leur ancienne usine. Les chèques de 20 000 ou 30 000 euros n'auront pas fait long feu. Quand à la cellule de veille qui a été créée à l'époque, elle semble évaporée aux dires des élus CGT.

 La création de l'atelier photovoltaïque s'est accompagnée de la fusion avec l'usine voisine Rexrot qui devait permettre la récupération d'autres productions. Les fonctions supports(direction,administration, commerciales) ont bien été fusionnées, mais pas les productions. Bosch a conservé trois ateliers, dont deux pour l'industrie automobile et un pour le photovoltaïque, distincts et dans deux usines appelée VXP1 et VXP2 et bien séparées par une grille. L'activité photovoltaïque partage le même site (VXP1) qu'une activité automobile dite « Eléments » qui est également promise à l'arrêt pour la fin 2014. L'ensemble des deux ateliers rassemblent 400 salariés.

 Ainsi les salariés sont également séparé bien distinctement, avec deux comités d'entreprises pour une même direction. Chez l'ancienne Rexrot (VXP2), la CGT est majoritaire, quand elle est minoritaire face à la CFDT sur l'autre usine où se produisent les panneaux photovoltaïque.

 En 2004 un accord d'entreprise signé par la seule CFDT a permis une flexibilité, qui fait écho aujourd'hui avec un certain accord interprofessionnel (ANI). Les salariés ont perdu alors 6 jours de RTT, et la majoration de certaines heures travaillées en équipe et gagné un gel des salaires pour trois ans.

La CGT exige que Bosch assume ses responsabilités en proposant de nouvelles pistes de productions quitte à réinvestir sur les ateliers sacrifiés. Elle propose également la création d'un groupement d'intérêt économique (GIE) avec d'autres acteurs du même secteur. Quand la CFDT préfère calmer le jeu et s'engouffre dans l'hypothèse d'un repreneur miraculeux tout en faisant le gros dos.

Autre signe des temps sur le site, certains militants CFDT affichent leur dégoût. Les salariés non syndiqués ne savent plus très bien à quels saints se vouer et semblent désabusés. La notion de syndicalisme rassemblé, prônée par la direction confédérale de la CGT n'est qu'une vaste blague sur le site Bosch. Certes les militants CGT du site feront ce qu'il peuvent pour protéger les droits, les emplois et les avenirs de tous. Mais ils se sentent bien seuls aujourd'hui, même au sein de leur propre organisation et ce malgré l'aide de l'union locale. Côté fédération comme Confédération c'est le silence radio. 400 emplois menacés, ce n'est pas grand chose au milieu de plus de 3 millions de chômeurs. La rencontre interministérielle du 11 avril dernier sonne comme un flop. Lorsque le ministère du travail déclare que Bosch doit assumer, les salariés se demandent bien quoi ? Le redressement productif ne fera pas de pression sur les groupes français dont l'Etat est actionnaire. Quand à l'écologie... La crise, l'Europe, les chinois sont passés par par là, c'est un signe des temps.

 (1) Bosch 52,4 milliards € de chiffre d'affaires pour plus de 305 000 salariés dans le monde, résultat net 2,3 milliards € ; chiffres 2012

 

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