MARCOULE, AMBIANCE PAS COOL

Il est trop tôt pour déterminer les causes de l’accident dramatique du 12 septembre sur le site nucléaire. La CGT y dénonce pourtant la polyvalence des salariés et la remise en cause des accords de pénibilité dans ces industries si sensibles, le tout dans un climat social détestable

Il est trop tôt pour déterminer les causes de l’accident dramatique du 12 septembre sur le site nucléaire. La CGT y dénonce pourtant la polyvalence des salariés et la remise en cause des accords de pénibilité dans ces industries si sensibles, le tout dans un climat social détestable

Article publié dans la Nouvelle Vie Ouvrière du 7 octobre 2011

 

C’est dans un petit café de village qu’il faut rencontrer le secrétaire de l’union locale CGT du site de Marcoule. Le site est nucléaire et sensible. Pas franchement très ouvert aux journalistes. Ambiance ! Là-bas, au bord du Rhône entre Provence et pays d’Oc, plus de 7000 salariés travaillent pour l’industrie et centre de recherche de l’atome. L’accident du 12 septembre dernier a choqué. Il y eu un salarié tué et un autre grièvement blessé. Son pronostic vital est engagé selon la formule. A la Socodeï entreprise dont dépendaient les deux victimes, l’ambiance est très difficile. Deux cellules de soutien psychologique ont été mises en place. « Nous craignons que des salariés craquent » prévient Manu Joly, le secrétaire de l’UL CGT.

L’heure est aux enquêtes. Il y en a trois. L’une de la gendarmerie concernant le décès. Une autre de l’agence de sûreté nucléaire et bien sûr, la nécessaire enquête du CHSCT.

 

L’accident est industriel, mais sur un site nucléaire. Ce qui au premier abord peut être source de grande inquiétude légitime. C’est en fait dans un four destiné à la fusion de pièces métallique usagées et parfois faiblement contaminé que le drame a eu lieu. Une activité sidérurgique sur un site nucléaire en quelque sorte.

Dans l’entreprise le dialogue social est quasiment inexistant. Deux jours après l’accident, la direction procède à un entretien préalable au licenciement dans une affaire sans lien mais qui en dit long. « Vu les circonstances exceptionnelles, la direction aurait pu se montrer un peu plus souple et reporter cet entretien » estime Manu Joly. La Sododeï est une filiale à 100% d’EDF qui a pour fonction le recyclage des matériaux, ce qui lui donne un passeport écologique...

Il est difficile d’imputer la responsabilité de l’accident à la sous-traitance, d’autant qu’à Marcoule une politique de réinternalisation des activités est pratiquée. Ce qui n’empêche pas la Socodeï d’avoir ses propres sous-traitants avec des contrats de trois mois et dans des conditions qui obligent ces mêmes sous-traitants à prendre d’autres sous-traitants en cascade. Ce qui pose surtout problème ici, c’est la polyvalence. « En multipliant les tâches pour chaque salarié, la direction prend un risque. C’est ce que nous dénonçons, car cette pratique se généralise et les salariés sont de moins en moins spécialisés sur des procédures qui en demandent particulièrement » dénonce Manu.

 

Ainsi l’enquête du CHSCT devra déterminer si la procédure industrielle, qui a mené un salarié vers la mort et un autre dans un état grave, était bien approprié au regard des qualifications. Pour l’instant, les représentants CGT indiquent que rien ne laissait présager d’un tel drame. A part qu’une interrogation persiste, car dans le four il y avait environ 4 tonnes de matériaux. D’ordinaire il y a entre 1 tonne et 1,5 tonne. Cela peut-il expliquer l'accident? Par quoi l’explosion a-t-elle été générée ? Une poche de gaz peut-être ? Autant de questions qui restent sans réponse aujourd’hui. Ce qui est sûr en revanche, c’est que les conditions de travail méritent d’être observées à la loupe voire d’être améliorées, dans certaines activités industrielles. Ce n’est pas en dénonçant la totalité des accords de pénibilité, comme le font Areva et d'autres entreprises de la filière nucléaire, que des solutions seront trouvées. La grève du 26 septembre sur tous les sites français était là pour le rappeler.

 

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