FRALIB, C'EST PAS FINI

 La nouvelle année commence encore difficilement pour les salariés de l’Usine provençale. Après 472 jours de mobilisation depuis l’annonce de la délocalisation par Unilever, et alors que le groupe présente un nouveau plan antisocial,  il est temps de revenir encore à cette lutte exemplaire qui force l’admiration.

La marque Elephant est au coeur du plan alternatif des salariés © Olivier Perriraz La marque Elephant est au coeur du plan alternatif des salariés © Olivier Perriraz

 

La nouvelle année commence encore difficilement pour les salariés de l’Usine provençale. Après 472 jours de mobilisation depuis l’annonce de la délocalisation par Unilever, et alors que le groupe présente un nouveau plan antisocial,  il est temps de revenir encore à cette lutte exemplaire qui force l’admiration.

Article publié dans la Nouvelle Vie Ouvrière du 13 janvier 2012.

Au petit matin du 3 janvier 2012,  70 salariés étaient présents pour prendre leurs postes de travail. La note de service envoyée par la direction et datant du 8 décembre dernier semblait claire à tous. La réouverture de l’usine était prévue ce matin-là après une période de fermeture à compter du 23 décembre, pour les congés de noël en précisant que la production serait arrêtée. Un peu surréaliste cette note,  alors que l’usine est occupée depuis le mois de septembre.  Mais comme l’a constaté Olivier Leberquier, le secrétaire du syndicat CGT, devant les journalistes présents ce matin-là, cette direction est une nouvelle fois absente. Visiblement sans mot d’excuse.
Déni de justice
Pour l’intersyndicale CGT, CFE-CGC qui exige avec la quasi-totalité des 182 salariés de l’usine provençale la réintégration de tout le personnel ainsi que le redémarrage de l’activité ; « la direction continue à ne pas respecter la décision de justice. » Et de préciser que le groupe Unilever, propriétaire de la marque Lipton, avec l’aide de la direction de l’usine, continue à faire pression sur les salariés pour qu’ils acceptent le chèque cautionnant le départ. «  Jusqu’à quand va-t-on les laisser faire en toute impunité ? » demandent les représentants du personnel.
C’est la véritable question qu’il est légitime de poser, lorsque l’on observe les agissements de ce groupe, géant mondial de la grande distribution, qui pratique l’évasion fiscale en Suisse, par le biais d’une filiale d’enregistrement des bénéfices, mais aussi l’intimidation physique en ayant recours à des vigiles. Il y aussi cette drôle de vision des choses qui consiste à arrêter l’usine de Gemenos sous prétexte de délocalisation, puis ne plus payer les salaires parce que le site serait occupé. Pour se justifier, la direction prétendait même que les salariés sont en grève, alors qu’ils occupent pour éviter le déménagement de l’outil de travail et qu’il ne demande qu’à continuer le travail. Le 15 décembre dernier, le conseil des prud’hommes de Marseille a donné une fois encore raison aux salariés et à leurs représentants syndicaux et a condamné la société Fralib à payer tous les salaires et les retards qui vont avec, assortis d’une astreinte de 50 euros par jour et par personne.
Il était donc logique que tout le monde se retrouve à l’usine ce 3 janvier pour assister au redémarrage. Après 460 jours de lutte depuis l’annonce de la délocalisation, voici donc une nouvelle année qui débute encore dans la lutte pour les salariés de Fralib qui restent convaincus que leurs projet alternatif est encore la meilleure arme contre ce capitalisme fou pratiqué par Unilever.
« Pour notre part, et pour enfin avoir des perspectives réelles de reprise de notre activité, nous attendons maintenant que rapidement soit fixée la date de la réunion en Préfecture, afin que nos experts viennent présenter le rapport en présence de toutes les collectivités territoriales - parties prenantes de notre solution alternative à la fermeture du site de Gémenos - et des services de l’Etat. Cette réunion confirmera l’existence de conditions supplémentaires pour la tenue, d’une table ronde nationale avec, notamment, les ministères concernés, les collectivités territoriales, les représentants syndicaux du collectif des salariés, des partenaires potentiels d’une solution alternative et le Groupe Unilever. » Confie Olivier dans son dernier courrier du 4 janvier.

Maintenir, la pression et argumenter
Pour les syndicalistes de Fralib, cette lutte est un véritable marathon. Il y a les procédures judiciaires qui se succèdent. Tantôt à l’initiative du groupe Unilever ou de la direction de Fralib, avec une pression constante et personnelle à la quelle il faut faire face : mises en causes, diffamations, intimidations et convocations devant les juges n’ont pas cessé, tant pour le secrétaire du syndicat CGT, que pour le secrétaire du comité d’entreprise.
Tantôt à l’initiative des syndicalistes avec à chaque fois, la peur de se tromper ou que des salariés renoncent face aux chèques et aux promesses de la direction qui interpelle chaque employé individuellement. Pour amener son employeur à la barre d’un juge, il faut non seulement du courage, mais aussi et surtout avoir étudié scrupuleusement les comptes, les chiffres, le droit et la procédure d’exercice du droit. Pas de place à l’erreur elle serait fatale.
Ainsi lorsque Gérard Cazorla expliquait à l’automne dernier que ; « l’usine est rentable à partir du tiers de la production. Au lieu d’envoyer l’argent aux actionnaires, nous pourrions le consacrer aux salaires, aux lieux de production, à la qualité du produit ou encore à la baisse des prix pour les consommateurs », le secrétaire du comité d’entreprise s’appuie sur des faits, sur des chiffres clés, vérifiés et validés. « Sur les cinq dernières années nous avons produit 2900 tonnes. Les rapports d’experts démontrent que tous les coûts de cette production sont amortis à partir de 1000 tonnes. » Précise-t-il.
Pour être encore plus clair et rapporter les chiffres à des données concrètes, Olivier Leberquier indique depuis le début du conflit  que : « Une boite de 25 sachets de thé ou d’infusion est vendue entre 1,80 € et 2,60€. Le coût du travail dans ces productions revient à 0,16 €, en incluant toutes les cotisations sociales ».
Dans ces conditions aucun argument ne peut légitimer l’arrêt d’une quelconque production.

Les Salariés de Fralib restent déterminés © Olivier Perriraz Les Salariés de Fralib restent déterminés © Olivier Perriraz

Utiliser les symboles
Outre les arguments juridiques et économiques, il y a les formes de luttes et les initiatives à mener. Pour cela chez Fralib on ne manque pas d’imagination et toujours dans une certaine tenue pour ne pas être pris à défaut. Ainsi, lorsque minutieusement ils ont vidé les rayons des Hypermarchés de la région marseillaise de tous les produits estampillés Unilever et reconnaissables au grand U apposé sur les étiquettes au dos de l’emballage, les directions de magasins n’ont jamais pu se plaindre de dégradation ou de casse. Réunir plus de 700 personnes salariés et syndicalistes de l’agroalimentaire et venus de tout l’Hexagone sur le site de Gémenos a été également un tour de force, tout comme la banderole accrochée à Notre Dame de la Garde qui a pu être visible par toute la cité phocéenne. Plus récemment les salariés de Fralib se sont rendus sur la place des Eléphants à Chambéry (73), pour rappeler le symbole de projet alternatif (1) qui s’appuie sur la marque des thés Eléphant et présente depuis 119 ans à Marseille. Autant d’images et de symboles qu’ils ne cessent d’agiter pour que les populations et surtout les acteurs politiques s’intéressent et soutiennent cette lutte. Les candidats à l’élection présidentielle n’ont certes pas manqué l’occasion qui leur a été donnée. En tiendront-ils compte, c’est une autre affaire, d’autant que certains ont fait des promesses, dont il faudra bien se souvenir… En attendant, une chose est sûre, par son aspect, par sa responsabilité, par ses formes et par son courage, cette lutte est exemplaire ! Si chaque militant espère une issue heureuse pour les Fralib, nous ne pouvons que souhaiter que d’autres s’en inspirent pour cette nouvelle année, afin que tous contribuent à un monde plus juste.

Les photographies de la lutte des Fralib sont à consulter sur:

http://www.olivier-perriraz.com/2011/11/fralib-en-resistance.html

 


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