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Billet de blog 14 nov. 2013

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Victor Hugo, l'âme du peuple

Faire d'une vieille parole d'un siècle et demi, l'éclaircissement nécessaire de l'actualité. C'est le pari qu'est en train de réaliser la petite troupe lyonnaise Excès Terra Compagnie, qui présente son spectacle « Victor Hugo, l'Âme du Peuple » au théâtre des Marronniers à Lyon.  

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Faire d'une vieille parole d'un siècle et demi, l'éclaircissement nécessaire de l'actualité. C'est le pari qu'est en train de réaliser la petite troupe lyonnaise Excès Terra Compagnie, qui présente son spectacle « Victor Hugo, l'Âme du Peuple » au théâtre des Marronniers à Lyon.  

Stéphan Lhuillier le metteur en scène, mais également comédien sur ce spectacle a su diriger Marie Sciascia et Christophe Jaillet dans un jeu subtil et juste. Sur la scène du petit théâtre des Marronniers (50 places) à Lyon, l'équipe artistique est au contact direct du public. A aucun moment les membres de ce collectif ne se mettent en avant, sans surjouer, sans avoir à prouver que l'art de la dramaturgie ou parfois de la comédie serait prétexte à performance. Au contraire, les acteurs se mettent au service de la parole de Victor Hugo et de son écriture. Les comédiens sont littéralement habités par le texte et quel texte ! Choisis et sélectionnés dans plusieurs ouvrages par le collectif, les mots du grand poète ont été rassemblés, compilés et adaptés au titre non équivoque « L'âme du Peuple ».

Le fil rouge de tout ce travail intence reste le Peuple. Ainsi dans « Actes et Paroles » recueil des discours et correspondances du député Hugo, Stéphan Lhuillier et ses acolytes ont puisé le sens et la vision d'une société plus juste et solidaire, qui résonne parfaitement avec l'actualité si perturbée de nos temps modernes. Pour entrer dans l'univers et les pensées si vastes de Victor Hugo, il était nécessaire de se rapprocher de l'homme. Comme un feuilleton fait de plusieurs épisodes, des scènes de lecture et extraites « d'Actes et Paroles » apportent l'éclairage nécessaire sur l'enfance de l'auteur. Dans « La légende des siècles » la poésie soustraite des « quatre jours d'Elceiis » univers sombre et dramatique où la critique du pouvoir autoritaire et du peuple complice est l'expression d'une colère toute « hugolienne » et plonge le spectateur dans un bouleversement de sensations et de questionnements. Ce passage, central dans le spectacle est déclamé par Stéphan Lhuillier totalement incarné dans la parole du poète. Le ton et les expressions sont au plus juste, en parfaite harmonie avec l'écriture de Victor Hugo. Comme sur un autre poème tiré du même ouvrage et habité par Marie Sciascia, la musique de Pierrick Goerger soutien les mots et le jeu des comédiens. Parfois plus que de musique il est question de bruitages. Sur les passages de discours ou de certain poèmes donné par Christophe Jaillet (maison des comédiens au TNP de Villeurbanne), l'actualité perce le spectacle. Des bruits de rue ou le son de Assemblée Nationale actuelle, avec des voix reconnaissables interpellent le spectateur dans un mélange de passé et de présent.

Au moment où la succession de textes denses et plus riches les uns que les autres pourraient lasser, le rythme du spectacle prend une autre tournure. Légèrement drôles, ou plutôt caustiques, des petites scènes moins solennelles ont l'avantage de surprendre mais également de rompre avec ce qui pouvait paraître trop statique, dans le choix d'une mise en scène partculière par l'utilisation des micros sur pieds. Pour Stéphan Lhuillier : « Il ne s'agit pas d'amplifier le son, le théâtre n'en a pas besoin, mais de coordonner par sa transformation, la voix, la musique et des époques différentes et en même temps de donner à l'expression du texte une dramaturgie et une solennité particulière ». Cette formule à le premier avantage de mélanger les époques et de jouer avec le son distillé par le musicien Pierrick Goerger, présent sur le plateau, mais enfermé dans une "boite" de tissu noir et translucide. Présent et absent à la fois cet artiste étonnant a su faire preuve de sensibilité et donne une expression musicale très présente sans être lourde. Les parties plus « théâtrale », au sens du jeu et de la réplique sont dénuées de support musical et font entendre des textes surprenant d'un Victor Hugo moins connu du grand public.

Glanés dans l'ouvrage très philosophique et intitulé « William Shakespeare » ou encore dans « Choses Vues » ces moments de réflexions de l'auteur ramène le spectateur à ses propres questionnements. C'est à ces moments précis que le théâtre donne ce qu'il a de plus précieux, son effet miroir !

Ce spectacle nous rappelle en outre, que la démocratie et sa plus belle expression, la République ont été façonnées depuis des générations et surtout qu'elles ne sont pas éternelles...

Spectacle à voir jusqu'au 18 novembre prochain au Théâtre des Marronniers à Lyon

http://www.theatre-des-marronniers.com/spectacles.html

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