olivier perriraz
Metteur en scène pour l'Epicerie culturelle
Abonné·e de Mediapart

79 Billets

1 Éditions

Billet de blog 20 avr. 2011

Cotisations, la vache à lait!

Annoncer ou proposer des exonérations de charges, pour régler le problème du pouvoir d’achat relève de la pure malhonnêteté. Dans son dernier discours de Charleville-Mézières, Nicolas Sarkozy nous fait encore le coup de la recette miracle. Outre cette histoire de prime de 1000 euros, dont personne ne comprend vraiment le mécanisme, l’idée séduisante faite aux petits patrons est scandaleusement hypocrite.  

olivier perriraz
Metteur en scène pour l'Epicerie culturelle
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Annoncer ou proposer des exonérations de charges, pour régler le problème du pouvoir d’achat relève de la pure malhonnêteté. Dans son dernier discours de Charleville-Mézières, Nicolas Sarkozy nous fait encore le coup de la recette miracle. Outre cette histoire de prime de 1000 euros, dont personne ne comprend vraiment le mécanisme, l’idée séduisante faite aux petits patrons est scandaleusement hypocrite.

Petit rappel de sémantique

Le terme d’exonérations de charges, est une manipulation. La véritable expression qui prévaut, dans ce type de proposition doit être exonérations de cotisation sociales.

Depuis quand la solidarité est une charge dans ce pays ?

C’est une contribution, une participation au fonctionnement social et nécessaire à chaque individu. Or ces cotisations, font partie intégrante du salaire et du maintien de droits chèrement acquis par nos aînés. Exonérer les entreprises revient à diminuer la ressource qui permettra à chaque citoyen de ce beau pays, de prétendre à une prestation de santé, une pension de retraite, une indemnité de chômage ou une simple allocation familiale.

Désintox

Le pire dans cette histoire, est que si le discours lénifiant de ce sujet est reprit à droite, - ce qui paraît logique au regard des fréquentations entretenus par les responsables politiques et leurs amis chefs d’entreprises – il l’est aussi à gauche, tendance fleurs à épines (François Hollande par exemple). Lorsque Jean-Michel Apathie, célèbre chroniqueur de Canal + lors de l’émission le Grand Journal ce mardi 19 avril, explique à juste titre que le Gouvernement propose n’importe quoi, son analyse en revanche mélange tout et discrédite le propos ou la cause qu’il a voulu soutenir. Jean-Michel Apathie révèle une contradiction entre des exonérations de cotisations qui seraient selon lui un manque à gagner pour un Gouvernement dont le déficit abyssal à besoin de ressources et que c’est en partie pour cette raison que le gel des salaires des fonctionnaires serait nécessaire.

Que le Gouvernement propose par la voix du président de la République des exonérations de cotisations sociales, ne doit surtout pas être mis en relation avec le gel des salaires des fonctionnaires, - par ailleurs scandaleux - voulu par François Barouin, l’actuel Ministre du budget.

A quoi servent les cotisations ?

Il est dommage, pour ne pas dire inquiétant qu’un chroniqueur politique d’une telle envergure fasse une aussi grave erreur ou manque de précision. Non, les cotisations sociales ne sont pas des ressources de l’Etat hormis la CSG (contribution sociale généralisée) et la CRDS (contribution de la dette sociale) qui sont là pour palier au déficit de la sécurité sociale. Les autres cotisations sont des ressources de salariés et sont gérées par les organismes dont l’administration est paritaire c'est-à-dire, avec des représentants des employeurs et des salariés dont les organisations syndicales sont élues. Mélanger les finances de l’Etat avec les ressources des organismes sociaux participe d’une dilution de la parole qui a terme rend incompréhensible les mécanismes de financements. C’est sur ce manque de pédagogie que les Gouvernement successifs se sont appuyés pour nous faire avaler la pilule de l’exonération alors que dans le même temps ils inventaient la CSG et la CRDS pour palier le manque de recette. Le mélange de tout, l’approximation, la parole dominante sans contradicteur met en danger toute la structure de notre société.

Supprimer cette partie de salaire décalée est du vol !

Les caisses de retraites creusent leur déficit à cause de ce genre de propositions.

Les caisses primaires d’assurances maladie creusent leur déficit à cause de ce genre de propositions.

Entretenir l’idée que le salaire n’est pas le moteur d’un meilleur pouvoir d’achat et que donc il faut trouver d’autres ressources, - comme le souhaite L. Parisot présidente du Medef – en ponctionnant dans les cotisations, les heures supplémentaires, ou les caisses de l’Etat, revient à dire aux citoyens, démerdez-vous. Le courage politique, au contraire revient à inciter, pour ne pas dire obliger les chefs d’entreprises à augmenter le pouvoir d’achat, donc le salaire. Lors du conflit des retraites il était même étonnant de voir à quel point les organisations syndicales ont manqué de paroles pédagogiques sur ce point. La clef du système solidaire du pays repose sur la cotisation. Les manques de pédagogie et d’informations faites aux citoyens deviennent des carences, ce billet participera peut-être à donner un peut de vitamines. A vos plumes !

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Énergies
Pétrole, gaz : un rideau de fer s’abat sur le secteur de l’énergie
Depuis quatre mois, les fragiles équilibres d’un marché déjà tendu sont rompus. L’énergie est devenue un terrain d’affrontement entre les États-Unis et la Russie. En juin, pour la première fois de son histoire, l’Europe a plus importé de gaz américain que russe.
par Martine Orange
Journal — Moyen-Orient
Paris abandonne en Syrie trois orphelins de parents djihadistes
Depuis novembre 2019, trois enfants français sont placés dans un orphelinat de la capitale syrienne. Leurs parents, membres de l’État islamique, sont morts sur place. Après plusieurs mois d’enquête, nous avons réussi à retracer le parcours unique de ces orphelins.
par Céline Martelet
Journal — Asie
Inde : le sombre avenir des habitants de l’Assam après une mousson précoce
Des millions d’habitants de la vallée du Brahmapoutre ont été jetés sur les routes par des pluies torrentielles. Ils survivent dans des conditions catastrophiques. Au-delà de l’urgence, c’est l’habitabilité de cette région d’Asie du Sud qui est désormais mise en question.
par Côme Bastin
Journal — Parlement
Face au RN, gauche et droite se divisent sur la pertinence du « cordon sanitaire »
Désir de « rediabolisation » à gauche, volonté de « respecter le vote des Français » à droite… La rentrée parlementaire inédite place les forces politiques face à la délicate question de l’attitude à adopter face à l’extrême droite.
par Pauline Graulle, Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani

La sélection du Club

Billet de blog
L’inflation, un poison qui se diffuse lentement
« L’inflation est un masque : elle donne l’illusion de l’aisance, elle gomme les erreurs, elle n’enrichit que les spéculateurs, elle est prime à l’insouciance, potion à court terme et poison à long terme, victoire de la cigale sur la fourmi », J-Y Naudet, 2010.
par Anice Lajnef
Billet de blog
Pourquoi les fonctionnaires se font (encore) avoir
3,5 % d'augmentation du point d'indice, c'est bien moins que l'inflation de 5,5%. Mais il y a pire, il y a la communication du gouvernement.
par Camaradepopof
Billet de blog
Les services publics ne doivent pas être les victimes de l’inflation
L’inflation galopante rappelle que le monde compte de plus en plus de travailleurs pauvres dans la fonction publique. Les Etats ont pourtant les moyens de financer des services publics de qualité : il faut faire contribuer les plus riches et les multinationales.
par Irene Ovonji-Odida
Billet de blog
Oui, l’inflation s’explique bien par une boucle prix – profits !
Il est difficile d’exonérer le patronat de ces secteurs de l’inflation galopante. C’est pourquoi les mesures de blocage des prix sont nécessaires pour ralentir l’inflation et défendre le pouvoir d’achat des travailleurs. Par Sylvain Billot, statisticien économiste, diplômé de l’Ensae qui forme les administrateurs de l’Insee.
par Economistes Parlement Union Populaire