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Billet de blog 21 janv. 2015

« Pour le bien et le mal, pour le crime et le droit »

Le spectacle donné par les médias audiovisuels, ces derniers jours, est à la mesure de la médiocrité de notre société soit disant moderne. Le courage journalistique est absent. Pas de prise de position, encore moins d’engagement alors que chacun souligne l’exemple d’un Charlie Hebdo qu’il méprisait avant l’attentat. C’est écœurant !

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Le spectacle donné par les médias audiovisuels, ces derniers jours, est à la mesure de la médiocrité de notre société soit disant moderne. Le courage journalistique est absent. Pas de prise de position, encore moins d’engagement alors que chacun souligne l’exemple d’un Charlie Hebdo qu’il méprisait avant l’attentat. C’est écœurant !

Du sensationnel, des bons sentiments et du pathos en guise d’informations. C’est que nous propose, depuis plus d’une semaine, la plupart des médias audiovisuels. De la grand-messe du journal de vingt heures, en passant par l’information permanente des deux chaines jumelles et concurrentes, c’est la course à l’émotion, après avoir été la course au sang et aux larmes. Nous n’en pouvons plus ! En revanche lorsqu’il s’agit de faire de l’analyse politique de fond, de chercher les maux de notre société, de pointer les responsabilités, de prendre de la distance avec les évènements pour affirmer nos forces ou nos faiblesses. Rien ou si peu ! Il est bien plus intéressant de faire comme le concurrent, donner encore de l’info pour créer de l’émotion. Le pire étant que c’est cette même émotion qui sert de fondation politique à l’exécutif.

 Que ce soit la peur dans le cas des manifestations des populations du monde musulman, à l’émotion vibrante de la visite Pape aux Philippines, et aux paroles stupides que profère cet homme qui ne sert à rien - sur une chaine de service publique s’il vous plait – en passant par les enterrements des victimes de l’attentat de Charlie Hebdo avec toute l’indécence qui va avec, il y a quelque chose de pourri dans l’empire de cette presse audiovisuelle.

Non contents de transformer un roman ou parfois un fait divers en fait politique, les commentateurs, spécialistes, journalistes et bons clients du médiocre débat nous prennent à témoins en permanence. L’événement passé, reste encore ses conséquences, que déjà nous voyons pointer à nouveau le rapport malsain entretenu entre l’institution télévisuelle et la classe politique. Tous sont contents d’eux-mêmes. Chaque moment fort est l’occasion de s’auto congratuler. De répéter à qui veut l’entendre qu’ils ont fait du bon travail. Les sondages, les cotes de popularité, le fameux « ce que pensent les français », l’élection présidentielle, l’Elysée et son « formidable travail » de gestion de la crise et bien sûr les réformes à venir qui changeront le moral de notre société. Balivernes et manipulations ! En revanche, rien sur le monumental échec de la politique anti-terroriste qui a conduit à cette catastrophe et que n’a pas manqué de pointer Médiapart. Rien sur cette folie guerrière qui poussent nos peuples si évolués et si démocrates vers les abîmes de l’obscurantisme. Les commentateurs politiques en font le moins possible ou alors caricaturé sur l’avancée de Syrisa en Grèce pour les élections législatives qui s’annoncent pendant que la commission européenne tente de discréditer ce qui est en train de se jouer. L’information se transforme peu à peu en simple propagande avec son lot d’évidences et de portes ouvertes enfoncées avec élan. Sous le prétexte fallacieux de choisir de l’information qui intéresse le peuple, les services infos des chaines de télévision tirent vers le bas la réflexion du citoyen en usant et en abusant de symboles incontestables qui détournent le spectateur vers l’émotivité.

 Ainsi notre bon peuple serait derrière son président Monarque dans la lutte vers le terrorisme et tant qu’on y est pour les réformes qu’il s’apprête à nous imposer. De la simplification administrative tant annoncée on ne nous dévoile que la transformation du bulletin de salaire ou du contrat de travail. Quand au débat, lorsqu’une émission s’y risque, outre C dans l’air, où sont toujours invités les mêmes bons clients favorables qu’ils sont à la politique libérale, ou « on n’est pas couché » émission dans laquelle les animateurs débatteurs s’écoutent parler, dans une parole creuse et faite de bons sentiments, la caricature et le raccourci remplacent l’analyse profonde. Si l’invité se fait trop contradicteur, la violence et la haine remplacent la contradiction et en règle générale on l’empêche par des coupures incessantes et des petites phrases blessantes pour qu’il ne puisse surtout pas développer ses arguments. Ce qui peut être un choix de discussion intéressante se transforme rapidement en pensée unique dans laquelle est ringardisée la différence. Emettre une critique est ainsi coupable et doit être dénoncée. Assez !

 Bien sûr nous ne sommes pas obligés de regarder ce pitoyable spectacle, mais nous pouvons également plus être exigeants en matière de presse et surtout d’information, d’autant que ce sont ces médias qui touchent le plus grand nombre de nos citoyens. Si le plus grand nombre écoutait France culture, ce constat serait peut-être différent.

 Non, ce n’est pas acceptable que les journalistes d’une chaine info soient rémunérés en fonction de l’audimat. Non ce n’est pas acceptable que le service public en fasse des tonnes sur l’actualité du Souverain pontife, pendant qu’il utilise la peur pour ce qui est de l’Islam. Non ce n’est pas acceptable que dans la presse, le pouvoir de l’argent soit aussi présent pour ce qui est un bien commun ; l’information. Non ce n’est pas acceptable que la plus grande partie de la presse soit propriété de la publicité ou de grands groupes industriels, d’armement ou du luxe. L’Etat républicain doit favoriser la pluralité de l’information tant que celle-ci est traitée avec déontologie et souci de vérité. La liberté de la presse et la liberté d’expression ne peuvent pas être des valeurs dévoyées pour servir de tremplin au travail de cochons auquel nous assistons sur le petit écran. Cela devient insupportable et notre démocratie, notre République sont mises en danger chaque fois que toute cette médiocrité méprise ou caricature méchamment les plus fragiles de notre société. Elle participe de leur mise à l’écart. De cette situation moche, vile et dangereuse ne sortira rien de bon. Peut-être est il temps de ressortir quelques vers d’une poésie de Victor Hugo si peut étudiée et pourtant si prémonitoire et d’alerter ainsi les esprits lucides, avant la catastrophe.

 Extrait de la légende des siècles dans les quatre jours d’Elciis. (Le deuxième jour : Rois et Peuples)

Extraits :

Pour le bien et le mal, pour le crime et le droit,

Le comble de la chute étant l'indifférence ;

On vit, l'abjection n'est plus une souffrance ;

On regarde avancer sur le même cadran

Sa propre ignominie et l'orgueil du tyran ;

L'affront ne pèse plus ; et même on le déclare.

À ces époques-là de sa honte on se pare ;

{…}

L'applaudissement suit, la chaîne au cou, le crime,

Que la libre huée a d'abord précédé ;

On voit — car le malheur lui-même dégradé

Abdique la colère et se couche et se vautre,

Dans l'espoir d'avoir part au pillage d'un autre —

Les extorqués faisant cortège aux extorqueurs.

Pas une résistance illustre dans les cœurs !

La tyrannie altière, atroce, inexorable,

Est le vaste échafaud de l'homme misérable ;

Le maître est le gibet, les flatteurs sont les clous.

Mangé de la vermine ou dévoré des loups,

Tel est le sort du peuple ; il faut qu'il s'y résigne.

Des vautours, des corbeaux. Mais où donc est le cygne ?

Où donc est la colombe ? Où donc est l'alcyon ?
Quand on n'est pas Tibère, on est Trimalcion.

L'un rampe, lèche et rit pendant que l'autre opprime,

Sombre histoire ! Le vice est le fumier du crime ;

Les hommes sont bassesse ou bien férocité ;

Meurtre dans le palais, fange dans la cité ;

Le tyran est doublé du valet ; et le monde

Va de l'antre du fauve à l'auge de l'immonde.

On peut courber les grands, fouler la basse classe ;

Mais à la fin quelqu'un dans la foule se lasse,

Et l'ombre soudain s'ouvre, et de quelque manteau

Sort un poing qui se crispe et qui tient un couteau.

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