L’inertie écologique nous condamne.

Bon aller, « viendez ma bande ! » maintenant on prend le problème à bras le corps. C’est décidé et tout va changer. En marche ! Le climat, c’est trop grave et les chercheurs nous ont prévenu… on change tout… Oui mais… pas maintenant... Attendons encore un peu. Et la croissance alors ? Et les actionnaires alors ?…

Les baltringues de la politique au pouvoir, essayent encore de temporiser, de gagner du temps par des conférences, des grandes consultations des déclarations du type « j’ai changé », mais surtout pas de décision. Ou plutôt dans le mauvais sens.

Vont-ils finir par comprendre ? Pas si sûr. Le pire est qu’ils savent tous, ce vers quoi nous allons. Ils ont lu les essais, les alertes, les rapports, ils ont vus les films, entendus les experts. Le premier Ministre se répand partout en disant qu’il a lu l’ouvrage de Jared Diamond « Effondrement ». Mais, visiblement, les décisions politiques seraient trop radicales pour les petits cerveaux et les gros estomacs de nos gouvernant voués au grand capital, à la corruption passive qui assure le train de vie et les dérives que tout cela implique. L’actualité politique nous en fait le témoignage chaque jour. Pas très jolie la république en marche exemplaire.

 Pourtant il est temps de décider maintenant ! Il est même trop tard, nous annoncent les collapsologues et les décisions politiques à prendre ne seront pas drôles pour nos petits conforts bourgeois, si nous voulons sauver nos misérables existences et celles de nos enfants.

 Oui il va falloir interdire la circulation des camions en transit sur le territoire et les obliger à prendre le train. Oui il va falloir généraliser les transports en commun gratuits sur tout le territoire, y compris à la SNCF, qui va devoir ré-ouvrir des lignes. Oui il va falloir interdire les emballages plastiques. Oui il faudra stopper cette folie de l’industrie nucléaire avant qu’il y ait une véritable catastrophe irréversible. Oui il va falloir diminuer la croissance économique et même aller vers une véritable décroissance.

Remettre en route le train Perpignan-Rungis pour les fruits et légumes. Limiter la production automobile et le nombre de bagnoles par famille. Limiter le pouvoir des banques et de l’industrie agroalimentaire. Interdire le Glyphosate. Stopper toute production agrochimique ainsi que la production d’hydrocarbures. Reprendre la notion de stockage et limiter le flux tendu pour le transport des marchandises et des matières premières. Limiter la pêche et voire la stopper pendant minimum deux années pour que les réserves se reconstituent à minima. Et oui tant pis pour les emplois et bonne nouvelle, oui le temps de travail va devoir être partager, comme il va falloir avancer l’âge de la retraite. Toute la politique d’un pays et son changement de société ne peut pas se faire au nom de l’emploi qui de tout façon ne sert que les intérêts du capitalisme, du moins dans le secteur privé, alors qu’il est nécessaire pour le service public.

 Malheureusement le manque de sagesse des pouvoirs politiques qui se sont succédés et le cynisme voire les trahisons politiques de la sociale démocratie sont autant de signaux qui, combinés au manque de sagesse d’une population qui n’a pas su, ou pas pu utiliser les moyens offerts par la démocratie. Toutes ces fautes, ces manquements sont autant de signaux qui auront finit par tuer notre démocratie. Les décisions radicales concernant le changement climatique ne pourront jamais obtenir l’accord d’un peuple endormi par sa surconsommation. Il va falloir imposer… Terrible aveu en vérité, mais quel autre choix avons nous si le temps nous manque ? Imposer les règles de vie commune pour sauver la démocratie ? Quel paradoxe ! S’imaginer aujourd’hui qu’un référendum serait une solution démocratique s’est s’illusionner. Le cynisme de nos gouvernants n’a pas de limite et il s’arrangeraient pour que la consultation vire au plébiscite de leurs sinistres projets. L’exemple d’ADP est criant, vu le nombre de votants et les conditions de ce vote. Tout cela n’est que manipulation.

 Aujourd’hui, le Gouvernement instrumentalise l’écologie, afin de s’assurer un électorat pour les prochaines échéances. Les réflexions politiques sont réduites à la durée d’une échéance. Et ca marche, comme l’on prouvées les élections européennes. Toutes les décisions politiques qui ont été prises depuis l’arrivée du banquier-président de la République, vont à l’inverse du changement qu’il faudrait pour sauver le climat. Pour mieux masquer son crime écocide, ce dernier agite la frayeur populaire du fascisme et le retour aux années 30 et tente de s’assurer ainsi une possible réélection alors que sa politique est déjà une politique d’extrême droite ; Personnalisation du pouvoir, répression violente des manifestations, instrumentalisation de la justice, instrumentalisation de l’immigration avec fabrication du bouc émissaire, régression sociale à tous les niveaux pour mieux satisfaire ses amis de la haute finance, de l’industrie et bien sûr de la grande distribution. Soumission totale des médias audiovisuels qui aujourd’hui ont perdu tout libre arbitre, voire toute indépendance, puisque nombre d’entres eux sont devenus propriétés des riches industriels ou banquiers d’affaires. Résultat la désinformation s’est généralisée et la peur de la précarité dans la profession de journaliste est un bon moyen de tenir la bride des récalcitrants.

 La destruction systématique des acquis du conseil national de la résistance est une preuve accablante de ce qui se trame. Tous ces acquis étaient justement basés sur la création d’une société solidaire ou la justice sociale empêchait le pouvoir financier d’avoir la main mise sur tous les pans de la nation. Le paritarisme était la grande idée qui assurait un partage équitable du pouvoir. S’en est fini !

 La convention citoyenne pour le climat apparaît comme une bonne idée, mais sa construction est une sorte d’usine à gaz et apparaît déjà comme une grande supercherie – à l’instar du grand débat - avec des gardes fous pour le grand public, c’est pourtant lui qui doit être convaincu et doit s’emparer des ces questions. Le tirage au sort de 150 citoyens, les experts, les personnalités et les propositions qui devront être « raisonnables » sont autant d’éléments qui éloignent le citoyen de la notion d’intérêt général. Les citoyens devenus populace, sorte de masse d’individus qui ne votent plus, qui surconsomment et observent la société au seul prisme de leur propre existence. Ces citoyens pourront-ils accepter les changements nécessaires sans broncher ? La crise des gilets jaunes aura été l’expression de cette volonté de changement et pas toujours dans un bel esprit de solidarité, du moins au début, même si sa mue vers une exigence sociale et démocratique n’est pas contestable. La répression qui s’en suit nous donne un aperçu de quoi le pouvoir est capable, et il pourrait aller beaucoup plus loin puisque tous les outils répressifs, législatifs et constitutionnels sont à sa disposition.

 La grande distribution et le crédit à la consommation rendu facile forment le cancer mortel de notre société. Le boycott organisé jusqu’au 30 septembre – et pourquoi pas en permanence est salutaire. La grande distribution a réussie à rendre esclave tout un peuple qui avait pourtant les moyens de s’exprimer mais qui a petit à petit abandonné et ignorer ses principes fondateurs en remplissant son caddie. « C’est artificiellement que l’on veut ramener vers la culture des pensées qui ne sont tournées que vers la faim » a écrit Antonin Artaud. Etait-il si fou ? Ce peuple n’a aujourd’hui plus la moindre empathie. On meurt, dans les rues de nos villes et par centaines en Méditerranée dans l’indifférence générale. Mais tout le monde pleurniche devant Notre Dame en feu.

 La seule alternative que nous avons aujourd’hui est de redonner sens à la résilience, à l’entraide (Kropotkine). Des petites initiatives très localisées éloignées de toutes idées d’enrichissement et de généralisation. Le travail salarié doit laisser la place au travail citoyen dans un temps partagé sans notion d’argent ni de rentabilité. Le système associatif sera peut-être notre salut, si nos gouvernants ne le sabotent pas, comme ils ont saboté tout le reste.

 « Nous devons travailler la question des communs. Et, au-delà d’une modernité industrielle en faillite, nous devons nous inventer des devenirs terrestres. En politique, il est temps que le sérieux change de camp. Des leaders politiques, des institutions ou des entreprises ne peuvent plus être considérés comme sérieux s’il n’ont pas des propositions claires, pour réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et l’empreinte écologique d’ici cinq ans. S’ils placent la compétitivité, la croissance et le business avant, ils devront laisser la place à des politiques plus à même de préserver nos vies, nos valeurs de solidarité, et un état habitable du monde. » Propose Christophe Bonneuil dans Bastamag. C’est cette même logique que propose Pablo Servigne , Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle dans l’ouvrage « une autre fin du monde est possible » Editions du Seuil.

 C’est également la conclusion des deux films « Demain » et « Après demain » de Cyril Dion avec Mélanie Laurent et Laure Noualhat. Des films très pédagogiques et porteurs d’espoirs et qui ont produit des résultats magnifiques sur des localités ou dans des territoires.

 L’inertie écologique nous condamne. L’écocide rendu possible par l’inaction, ou pire par des prises de décisions politiques qui le crée, devra un jour ou l’autre faire l’objet de la réparation judiciaire. En attendant les grandes catastrophes chacun doit penser à descendre sa poubelle lorsqu’il se lamente, ou pas, sur l’état de la planète, et même ça ce n’est pas gagné.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.