olivier perriraz
Metteur en scène pour l'Epicerie culturelle
Abonné·e de Mediapart

79 Billets

1 Éditions

Billet de blog 25 févr. 2012

Désillusion chez Arkema

Depuis le 23 novembre, la CGT des industries chimiques est mobilisée avec les salariés sur la cession à l’euro symbolique du pôle Vinylique d’Arkema. L’unique but du chimiste français réside dans la rentabilité financière immédiate sans aucune garantie fiable pour l’avenir des emplois avec un tour de passe-passe pour sous-traiter un éventuel plan social qui ne dit pas son nom. 

olivier perriraz
Metteur en scène pour l'Epicerie culturelle
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis le 23 novembre, la CGT des industries chimiques est mobilisée avec les salariés sur la cession à l’euro symbolique du pôle Vinylique d’Arkema. L’unique but du chimiste français réside dans la rentabilité financière immédiate sans aucune garantie fiable pour l’avenir des emplois avec un tour de passe-passe pour sous-traiter un éventuel plan social qui ne dit pas son nom. 

Usine de la vallée de chimie au sud de Lyon © Olivier Perriraz

Article publié dans la Nouvelle Vie Ouvrière du 24 février 2012

Amarante, c’est le nom choisit par le groupe chimique Arkema pour la future entreprise des activités de son pôle vinylique. C’est également le petit nom d’un colorant alimentaire (E123) pourpre de son état et malheureusement hautement cancérigène, allergisant et interdit dans la plupart des pays occidentaux, sauf en France. Les deux noms ne sont certes point liés, mais les salariés du fameux pôle vinylique, qui élaborent notamment les produits PVC d’Arkema en apprécieront sans doute le symbole toxique.

 Si l’on en juge par l’intensité des mouvements de colère du personnel, du 2 février dernier, jour de l’annonce officielle en comité central d’entreprise de la vente de ces activités, cette Amarante ne passe visiblement pas dans les usines. Le terme de vente n’est d’ailleurs pas vraiment approprié puisque c’est pour le montant de l’euro symbolique que le fond d’investissements américain Klesch Group, dont le siège social est à Genève en Suisse, fera l’acquisition de 2637 salariés, de 22 sites industriels dont 10 en France et de 12% du chiffre d’affaires d’Arkema.

Le chimiste français dont le résultat net a doublé dans le premier semestre 2011 pour atteindre 335 millions d’euros, se paye même le luxe de verser à ce repreneur financier une enveloppe de 100 millions d’euros en guise de trésorerie, sans que ce dernier n’ait à pâtir de la dette de 470 millions d’euros qu’Arkema conservera.

 La colère des salariés ne cesse de s’exprimer depuis le 23 novembre lorsque le PDG d’Arkema a fait connaître les intentions de ses actionnaires. Et pour cause, dès cette information connue la cotation en bourse a bondi de 17%, alors que les véritables motivations du groupe Arkema sont d’atteindre les objectifs financiers prévus pour 2015 en 2012. Autrement dit le profit immédiat sans autre ambition, vaut mieux qu’une stratégie industrielle à long terme alors que le chimiste français annonce au même moment un chiffre d’affaires en hausse de 20% qui atteint en début d’année 2011 la bagatelle de 3,5 milliards d’euros (les Echos).

« … Les seules maigres informations qui sont distillées aux personnels, le sont par les directions d’établissement qui, vous devez le savoir, ont les pires difficultés à relayer l’enthousiasme de votre courriel du 23 novembre 2011. » Ont signalé les délégués CGT au Pdg du groupe  Thierry Le Henaff dans un courrier signé de la coordination syndicale.

 Quand au repreneur, qui n’est pas un industriel, sa sulfureuse réputation le précède. C’est le même qui reprit en 1998 la marque de chaussures et les magasins Myrys et dont les 180 salariés firent l’amère expérience d’une faillite suivit des licenciements de la totalité du personnel. Financier touche-à-tout, dont les investissements se concentrent dans des domaines  totalement disparates, tels que le stockage, l’aluminium, le pétrole et le gaz où encore la chimie et la logistique ;  Klesch Group se distingue également par une série de « casseroles » liées à des noms d’entreprises dont les actualités financières ont émaillées les années 90. On trouve ainsi des dossiers comme ; Eurotunnel, Quadrex holdings société qui fut dissoute en 1999, Euro Disney, ou encore la compagnie ferroviaire américaine Penn Central qui a fait faillite.

 Devant le manque d’informations crédibles données aux représentants du personnel par Arkema, la CGT a réagi ;

« Votre courriel aux salariés vante les exemples réussis de rachats de sociétés dans un passé récent par monsieur Klesch » s’adressent ainsi les délégués CGT au Pdg d’Arkema ;

« En Allemagne où monsieur Klesch possède une raffinerie qui vient d’annoncer une réduction de 15% des effectifs, nous avons eu des échanges avec les organisations syndicales […] nous  nous sommes rendus aux Pays-Bas pour écouter les salariés, aujourd’hui sans emploi, de la fonderie d’aluminium de Vlissingen, appartenant à monsieur Klesch. Rien, nous n’avons trouvé aucun des exemples auxquels vous faisiez référence dans votre courriel ! Au contraire, tel Attila, monsieur Klesch n’a semé que difficultés dans le meilleur des cas, ou misère sociale parmi les salariés employés dans les sociétés lui appartenant ou lui ayant appartenues » affirment les syndicalistes.

 A ce manque probant de garanties de pérennité des emplois, s’ajoute en plus le sentiment d’humiliation de salariés ainsi cédés pour l’euro symbolique. Si l’on ajoute à cela que la direction de la future entreprise Amarante est rigoureusement la même que l’actuel pôle vinylique, il y a de quoi sérieusement inquiéter les salariés puisque, Thierry Le Henaff s’adressant au personnel jugea utile de préciser que cette équipe, basée à Lyon a échoué à tenir les objectifs qui furent fixés par la direction du groupe. Autrement dit on ne change pas une équipe qui perd !

 Les fameux objectifs ne sont évidemment référencés que sur la période la plus récente, où en effet l’activité vinylique est passée de 25 à 12 % des productions d’Arkema ces dernières années. Or, en 2008 le bilan d’Arkema faisait état d’un chiffre d’affaires de 1,45 milliards d’euros ce qui représentait tout de même 26% de la totalité du groupe et alors que la progression était constante depuis 2006. 58% du chiffre d’affaires du groupe était alors réalisé sur le seul territoire européen et dans son bilan 2008, la direction du groupe se félicitait d’être ainsi parmi les premiers du secteur allant même jusqu’à saluer les équipes ; « la qualité de ses équipes qui ont démontré leur capacité à gérer avec succès des projets industriels complexes et à mener des restructurations rendues nécessaires par le retard de compétitivité qui existait dans certains métiers. Enfin, le Groupe peut compter sur des collaborateurs dont la loyauté, le professionnalisme et l’expérience sont reconnus. » Précisait dans son bilan 2008 la direction.

 En moins de trois ans tout se serait ainsi écroulé. En Europe peut-être, mais certainement pas partout puisque de nouvelles unités chinoises inaugurées en 2007 ont rapidement progressées et même doublées le premier semestre 2008, alors que dans le même temps Arkema étudiait l’opportunité de nouvelles installations au Qatar. Précisons d’ailleurs que lorsque le groupe investissait dans d’autres parties du monde, les sites européens et notamment français comme à Saint-Auban (04), à Jarrie (38) ou à Saint-Fons (69) perdaient des activités par des fermetures d’ateliers. C’est ainsi que le groupe annonçait à l’époque un investissement global, mais limité, compte tenu de la crise, de l’ordre de 270 millions, mais avec un effort particulier sur l’Asie pour 50 millions. De là à en tirer l’idée d’une délocalisation partielle qui ne dit pas son nom, il n’y a qu’un pas.

Il faudra désormais que le nouveau propriétaire des activités européenne du pôle vinylique explique comment il s’y prendra pour rentabiliser un secteur réduit en moins de trois ans à un équilibre aussi précaire ? Les représentants de la CGT des industries chimiques ont de quoi s’inquiéter face à une stratégie financière à court terme dont a l’habitude un fond d’investissements comme Klesch Group. Un véritable scandale industriel en perspective.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Moyen-Orient
Paris abandonne en Syrie trois orphelins de parents djihadistes
Depuis novembre 2019, trois enfants français sont placés dans un orphelinat de la capitale syrienne. Leurs parents, membres de l’État islamique, sont morts sur place. Après plusieurs mois d’enquête, nous avons réussi à retracer le parcours unique de ces orphelins.
par Céline Martelet
Journal — Énergies
Pétrole, gaz : un rideau de fer s’abat sur le secteur de l’énergie
Depuis quatre mois, les fragiles équilibres d’un marché déjà tendu sont rompus. L’énergie est devenue un terrain d’affrontement entre les États-Unis et la Russie. En juin, pour la première fois de son histoire, l’Europe a plus importé de gaz américain que russe.
par Martine Orange
Journal — Asie
Inde : le sombre avenir des habitants de l’Assam après une mousson précoce
Des millions d’habitants de la vallée du Brahmapoutre ont été jetés sur les routes par des pluies torrentielles. Ils survivent dans des conditions catastrophiques. Au-delà de l’urgence, c’est l’habitabilité de cette région d’Asie du Sud qui est désormais mise en question.
par Côme Bastin
Journal — Parlement
Face au RN, gauche et droite se divisent sur la pertinence du « cordon sanitaire »
Désir de « rediabolisation » à gauche, volonté de « respecter le vote des Français » à droite… La rentrée parlementaire inédite place les forces politiques face à la délicate question de l’attitude à adopter face à l’extrême droite.
par Pauline Graulle, Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani

La sélection du Club

Billet de blog
Sale « Tour de France »
On aime le Tour de France, ses 11 millions de spectateurs in situ (en 2019) et on salue aussi le courage de Grégory Doucet stigmatisant le caractère polluant de l’événement. Une tache qui s’ajoute à celle du dopage quand le Tour démarre ce 1er juillet à Copenhague, où l’ancien vainqueur 1996 rappelle la triche à peine masquée. (Gilles Fumey)
par Géographies en mouvement
Billet de blog
Aucune retenue : l'accaparement de l'eau pour le « tout-ski »
J'ai dû franchir 6 barrages de police et subir trois fouilles de ma bagnole pour vous ramener cette scandaleuse histoire de privatisation de l'eau et d'artificialisation de la montagne pour le « tout-ski » en Haute Savoie.
par Partager c'est Sympa
Billet de blog
Apprendre à désobéir
Les derniers jours qui viennent de s’écouler sont venus me confirmer une intuition : il va falloir apprendre à désobéir sans complexe face à un système politique non seulement totalement à côté de la plaque face aux immenses enjeux de la préservation du vivant et du changement climatique, mais qui plus est de plus en plus complice des forces de l’argent et de la réaction.
par Benjamin Joyeux
Billet de blog
Chasse au gaspi ou chasse à l'hypocrisie ?
Pour faire face au risque de pénurie énergétique cet hiver, une tribune de trois grands patrons de l'énergie nous appelle à réduire notre consommation. Que cache le retour de cette chasse au gaspillage, une prise de conscience salutaire de notre surconsommation ou une nouvelle hypocrisie visant préserver le système en place ?
par Helloat Sylvain