«C’est notre choix éditorial»: les suggestions d’Europe Insoumise à Léa Salamé

« C’est notre choix éditorial », répondit Léa Salamé à Jean-Luc Mélenchon qui s'agaçait d'être interrogé sur le Venezuela. Europe Insoumise n'aurait pas fait de même. Quelques suggestions à Léa Salamé pour la prochaine fois.

« C’est notre choix éditorial ». C’est ainsi que Léa Salamé s’est défendue des protestations de Jean-Luc Mélenchon qui se voyait confronté, sur le plateau de l’Emission Politique, à Laurence Debray qui lui cherchait querelle sur le Venezuela. Salamé assume : le Venezuela, c’est son choix. Et ces choix, apparemment, ne se discutent pas. C’est dommage. Nous aurions bien aimé être présents à la réunion où il fut décidé que l’émission verrait se succéder :

        - des agriculteurs qui défendent le glyphosate,

        - une patronne qui a le front de se désoler d’avoir gagné son procès, sa crainte d’être victime d’une erreur judiciaire justifiant apparemment qu'on entrave la justice,

       - Philippe Val en âme damnée de Charlie Hebdo dont la rédaction devrait, par respect pour elle-même, lui interdire de s’exprimer en son nom,

       - L’inénarrable Lenglet qui joue aux petites voitures (modèle de luxe) pour expliquer que non, décidément, on ne peut rien faire contre la finance mondialisée,

         - Et enfin cette « historienne » qui n’en finit plus de monnayer l’histoire de son père pour discréditer les causes qu’il a défendues.

Chacun jugera de la hiérarchisation de l’information et des enjeux de société que trahissent ces choix. Loin de nous l’idée de contester la sacro-sainte indépendance des journalistes. Le seul nom de notre propre média, la modeste et collaborative Europe Insoumise, suffirait par ailleurs à nous discréditer si nous prétendions être indifférents à l’endroit de Jean-Luc Mélenchon. Nous aimerions pourtant, sans prétention, faire à Léa Salamé quelques suggestions. En deux mois d'existence, nous avons écrit sur plusieurs thèmes que nous aurions aimé voir discutés dans son émission.

D’abord, puisque tout aujourd’hui tient à ça, nous aurions interrogé Jean-Luc Mélenchon sur sa stratégie face au changement climatique et au système économique qui en est la cause. Le CETA, écologiquement désastreux, étant entré en vigueur, on lui aurait demandé comment organiser la résistance. On lui aurait aussi demandé si la braderie d’Alstom et de STX par les gouvernements Hollande et Macron avait gravement affaibli la capacité de la France à mettre en œuvre un plan de transition énergétique. Sur le même thème, nous lui aurions rappelé que les événements climatiques extrêmes sont souvent le prétexte à une chasse aux pauvres, comme ce fut le cas à Saint-Martin en 1995, et nous lui aurions demandé comment empêcher que cela se produise après le passage de l’ouragan Irma. Le dérèglement climatique provoquant déjà des migrations massives, nous serions ensuite venus sur ce thème et lui aurions demandé comment la France pouvait aider la Grèce à accueillir dignement les réfugiés, en soulignant le dévouement des militants contraints de pallier les insuffisances des Etats.

La crise migratoire aurait fait une transition naturelle pour évoquer la montée de l’extrême-droite en Allemagne ou en République tchèque. Comment la contre-carrer ? Peut-être en remontant aux raisons plus profondes de la crise politique européenne, par exemple la corruption qui mine la confiance entre les peuple et leurs représentants. On aurait demandé à Mélenchon pourquoi, selon lui, elle est plus élevée en France que dans les pays nordiques. C’était une transition toute trouvée pour l’interroger sur la crise catalane, dont l’une des causes est la corruption du gouvernement de Madrid, et sur sa déclaration selon laquelle « la nation ne peut pas être une camisole de force ». Mais comme nous avons été scandalisés qu’une agence de notation et des banques puissent peser sur la résolution d’une crise politique, nous serions venus sur le thème de la finance (qui reste notre ennemie) et l’aurions interrogé sur la façon d’empêcher les banques d’escroquer leurs clients comme elles le font aujourd’hui en Irlande, provoquant ruines et suicides. En parlant de l’Irlande, on lui aurait encore demandé ce qu’il pense de l’Assemblée citoyenne mise en place dans ce pays et s’il serait favorable à une telle initiative en France. Inversement, on lui aurait soumis nos inquiétudes sur la tendance de l’Union Européenne à gouverner par « consultation » comme la Chine, ce qui nous semble anti-démocratique.

Venus sur le thème de l’Europe, on lui aurait exposé les raisons pour lesquelles l’économiste Matthieu Montalban souhaite une « déconstruction européenne » et on lui aurait demandé ce qu’il espérait de la réunion des gauches européennes au sein du Plan B. Et comme nous ne sommes pas toujours d’accord avec lui, nous lui aurions gentiment fait remarquer qu’il y a plusieurs thèses sur l’origine du drapeau européen. Mélenchon aime trop parler d’histoire pour prendre la mouche. Et puisqu’il aime parler d’histoire, on lui aurait raconté l’émotion qu’a provoquée une projection du Cuirassé Potemkine dans un petit cinéma de Berlin Est et on lui aurait demandé, en cette année du centenaire de la révolution russe, ce qu’il en retenait.

Voilà quels auraient été nos choix éditoriaux. On n’aurait sans doute pas pu tout aborder, on se serait disputé pendant des heures pour faire la sélection finale. Ca se serait passé dans la bonne humeur parce qu’après tout, nous ne sommes qu’une petite bande d’amateurs bénévoles. Le résultat n'aurait bien sûr pas été parfait; nous n'aurions jamais atteint à l'admirable neutralité, à la profondeur de champ que chacun admire dans l’Emission politique. C'est que nous ne sommes pas journalistes ; nous tâchons modestement de recueillir quelques informations sur le monde qui nous entoure, ses espoirs et ses dangers. Non, décidément, nous ne sommes pas journalistes - du moins pas comme la bande à Salamé.

 

L'équipe d'Europe Insoumise

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