Notre-Dame et les marchands du temple

C'est fou comme les bateleurs publics souillent tout ce qu'ils touchent, et le prince du mensonge plus salement que tout autre. Comment, Notre-Dame encore fumante, aurait-il pu manquer si beau prétexte à l'unité nationale?

C'est fou comme les bateleurs publics souillent tout ce qu'ils touchent, et le prince du mensonge plus salement que tout autre. Comment, Notre-Dame encore fumante, aurait-il pu manquer si beau prétexte à l'unité nationale?

Voilà Macron qui nous raconte que les pompiers viennent de tous les milieux. Les Pinault, les Arnault auraient donc des enfants pompiers? Mais il ne dira pas que ces soignants et ces policiers qu'il félicite sont des fonctionnaires, de ces fonctionnaires dont il prétend à longueur de journée qu'ils pompent les richesses vaillamment produites par les actionnaires. C'est que dans la France rassemblée, "les riches et les moins riches" doivent rester "chacun à sa place. Dans son rôle." Aux trublions qui osent sortir du leur, le président fait la leçon: "Devenons meilleurs que nous ne le sommes" (premier cours de rhétorique élémentaire: s'inclure dans le reproche).

On comprend que pour Macron, les révolutions ne soient que des "fautes des hommes" que nous devons réparer tous ensemble, car "nous sommes ce peuple". N'allons pas parler des bricoles qu'osent réclamer les ploucs, une cathédrale est en ruine, voilà l'occasion rêvée de parler identité, "projet national". Face à un tel opportunisme, comment s’étonner de voir fleurir les théories du complot ? S’il avait lui-même incendié Notre-Dame, Emmanuel Macron n’aurait pas parlé autrement.

A tout prendre, je préfère penser que Notre-Dame s’est immolée par le feu pour signifier sa haine des faux prophètes et des philistins, pour échapper aux mains de ses minables gestionnaires. Notre-Dame en ses flammes jaunes comme des gilets, brûlant comme bientôt la planète après elle, incandescente de douleur et d’indignation. N’est-elle pas la mère du Christ, celui-ci n’a-t-il pas été crucifié, sa passion n’est-elle pas censée être la figure de la vie chrétienne, que l’on vit dans l’esprit, non dans la lettre – la lettre de la loi, de la communication, de la publicité, la lettre qui empoisonne les âmes ?

Peut-être Notre-Dame a-t-elle voulu rappeler ce que disait Saint Paul : la lettre tue mais l’esprit vivifie. L’esprit de son fils, qui disait qu’il sera plus difficile au riche d’entrer au royaume des Cieux qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille, qui disait que le Ciel appartenait aux pauvres et aux simples d’esprit, qui était venu apporter le glaive et non la paix, et qui chassait les marchands du temple.

Mais même le feu n’a pas su chasser les marchands du parvis de notre belle cathédrale. Il faut subir la générosité des quatre cents familles, les Arnault, les Pinault, canonisés à la lueur des flammes pour quelques uns des centaines de millions d'euros qu'ils nous ont extorqués. Nous devons non seulement pleurer les ruines mais subir les inanités d’une Anne Hidalgo – Notre-Dame sera ouverte pour les jeux olympiques, conformément au business plan ! –, d’un Nicolas Demorand, d’un Castaner, et encore je n’ai pas regardé la télévision. 

Allons ! Il faudra bien finir par chasser les marchands nous-mêmes. 

jesus-marchands

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