Une société est laïque ou ne l'est pas

Au lendemain d'un crime atroce, je trouve sur mon fil FB les cris habituels : « Halte à l'islamophobie, vos guerres nos morts ! » Réflexes devenus quasi-pavloviens qui font du crime un prétexte à la répétition. Discours tellement immédiats que je crois que ceux qui les tiennent n'ont tout simplement plus les quelques centimètres de recul qui leur permettraient de prendre conscience qu'ils sont odieux.

Au lendemain d'un crime atroce, je trouve sur mon fil FB les cris habituels: « Halte à l'islamophobie, vos guerres nos morts ! » Réflexes devenus quasi pavloviens qui font du crime un prétexte à la répétition. Discours tellement immédiats que je crois que ceux qui les tiennent n'ont tout simplement plus les quelques centimètres de recul qui leur permettraient de prendre conscience qu'ils sont odieux. Pire encore: je lis ici et là que la victime était peut-être un « prof raciste » ou encore qu'il a été maladroit de vouloir montrer en cours les caricatures de Mahomet.

C'est à vomir. Quand frappent les fous de Dieu, on ne va pas chanter les louanges des religions ni s'associer aux névroses des croyants.

Ce qui est sûr : tuer au nom de Dieu est une folie hallucinante, irréductible aux discriminations ou au sentiment d'oppression. Ce qui est certain: je crois que le blasphème est l'un des outils qui a permis à l'humanité de s'arracher à la dictature de l'origine. Le blasphème est salubre, d'intérêt publique, et je veux vivre dans une société où on peut blasphémer sans craindre pour sa vie. Par conséquent, tout discours qui dit, que ce soit en ouverture, en conclusion ou en passant, que ce prof n'aurait pas dû montrer les caricatures de Mahomet, m'est absolument odieux.

On peut réfuter les rodomontades d'un Manuel Valls comme on rejette les platitudes d'un Macron. On peut convoquer l'histoire, la sociologie, l'économie et la géographie humaine pour comprendre les phénomènes. Pour ma part, je suis certain que les réductionnismes en vogue (on paye la colonisation, on paye la misère sociale, les discriminations...) sont, comme tous les réductionnismes, simplistes. L'idéologie a son efficience propre.

Et il me semble évident que nous assistons, en même temps qu'à des poussées islamophobes, à un hallucinant mouvement de banalisation du fanatisme. Je rappelle qu'il y a quelques semaines, une animatrice de Hanouna affirmait son désir de « tuer » Rihanna pour un prétendu blasphème. Or c'est une chose de vouloir comprendre la folie meurtrière: c'en est une autre de croire qu'on devrait lui concéder un pouce de terrain et ménager les susceptibilités des croyants.

Je me souviens avoir dit, après les attentats de 2015, que paradoxalement les terroristes auraient gagné une chose : on n'oserait plus représenter Mahomet. Aujourd'hui, si lamentable qu'ait été la production de Charlie Hebdo depuis 2015 (et elle a été absolument abyssale de nullité) je finis par penser qu'ils ont bien fait de republier les caricatures, anticipant sur le geste de ce professeur. Car il en va de deux choses l'une.

Les militants décoloniaux aiment répéter la phrase de Fanon selon laquelle « une société est raciste ou ne l'est pas ». Très juste. Mais on peut dire tout aussi justement qu'une société est laïque ou ne l'est pas. Laïque au sens le plus large et le plus fondamental que la loi religieuse ne s'impose qu'à celui qui y croit. Il y a plusieurs façons, peut-être, de traduire la laïcité dans la loi, mais le principe est parfaitement clair, et il est l'un des fondements de la liberté.

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