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Billet de blog 17 déc. 2021

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Taubira, pour quoi faire ?

Mais qu’allait-elle faire dans cette galère ? A quoi la candidature de Christiane Taubira pourrait-elle bien servir ?

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La réponse va de soi : elle sert à sauver du naufrage la primaire souhaitée par Anne Hidalgo et Arnaud Montebourg qui, du haut des 5% cumulés que leur accordaient les sondages, n’ont su convaincre ni Yannick Jadot, ni même Fabien Roussel. Ne parlons pas de Jean-Luc Mélenchon puisqu’il n’était pas invité. Et pour cause : cette primaire n’avait d’autre but que de donner un semblant de consistance à une candidature de centre-gauche visant à lui faire concurrence.

            Taubira vient donc offrir une figure de proue à l’opposition centriste à Mélenchon. « Centriste » est la caractérisation la plus aimable que l’on puisse faire des programmes d’Hidalgo ou Montebourg : le libéralisme de la première et les déclarations scandaleuses quant aux résidants étrangers sur le territoire français du second mériteraient des épithètes plus sévères.

            Taubira serait donc centriste ? Si elle ne l’était pas, pourquoi n’aurait-elle pas tout simplement rejoint Mélenchon ? Celui-ci n’est pas si bête qu’il n’eut été prêt, pour obtenir un tel soutien, à de juteuses négociations. Taubira première ministre, pourquoi pas ? Mais si elle ne l’a pas fait, c’est que quelque chose, dans la candidature de Mélenchon, ne lui convient pas.

            Serait-ce sa personne ? Ce serait bien de la délicatesse de la part d’une femme qui a tant tardé à rompre avec le gouvernement de Manuel Valls ou Bernard Cazeneuve, pour ne citer que les plus antipathiques.

            Serait-ce, alors, son projet ? Mais que pourrait-elle y trouver à redire ? Serait-elle contre la reconstruction de la police de fond en comble pour mettre fin aux violences policières ? Ou l’application du scénario Negawatt pour faire face à la crise climatique ? Ou encore l’échelle des salaires de 1 à 20 dans l’entreprise, ou peut-être la création d’un pôle public bancaire, voire la révolution fiscale censée permettre de réinvestir dans les services publics ? On ne sait pas. Et pour cause : on ne sait rien de ce que propose Christiane Taubira.

            Son discours de candidature, n’importe quel candidat aurait pu le prononcer. On doit donc se référer, pour savoir ce dont il retourne, à sa candidature de 2002. Pas un mot d’écologie ; rien sur le social, sinon des vœux pieux ; quant à l’économie, une politique de compétitivité fondée sur la baisse des charges, en pleine cohérence avec les politiques menées par François Hollande et aggravées par Emmanuel Macron. Quand Christiane Taubira, dans sa vidéo, dit vouloir « ajuster » les services publics, le choix du mot inquiète. Centriste, donc. 

            Centriste humaniste, certes. Cultivée, bien sûr. Je suis comme tout le monde, ou plutôt comme tous les membres de la classe moyenne éduquée, j’aime qu’on cite René Char en meeting, j’aime la belle éloquence. Dommage que le discours de candidature en ait été totalement dépourvu – c’est que sa fonction étant d’ouvrir un parapluie au-dessus des débris du Parti socialiste, il ne fallait pas trop en dire.

            Mais est-ce bien d’une éloquente centriste que nous avons besoin ? Quelle faiblesse n’y aurait-il pas, de la part d’individus si prompts à accuser les autres de céder au culte de la personnalité, à se laisser séduire ainsi ? Et qu’est-ce qui motiverait un tel abandon, sinon la peur, une fois de plus ? Peur du conflit, peur de la radicalité, peur des mesures à prendre pour changer, s’il est temps, le cours de notre société.

             Au hideux Zemmour et son racisme décomplexé, on opposerait un visage qui symboliserait la détestation qu'il nous inspire ; mais on aurait, ce faisant, court-circuité la politique et accepté, en définitive, de réduire le débat à ses termes ; image, couleur, symboles. Et encore, car un symbole symbolise quelque chose. Quand une image ne représente rien, elle n’est ni symbole, ni même représentation – elle est un trompe-l’œil.

             Au fait, Taubira peut-elle gagner la présidentielle ? Bien sûr que non. A gauche, seul Jean-Luc Mélenchon a une petite chance, par un trou de souris, de parvenir au second tour – où il faudra espérer un sursaut de conscience de ceux qui, pour l’heure, ne savent que courir derrière l’extrême-droite ou derrière des chimères. Mélenchon dans un trou de souris, maigre espoir, certes ; d’autant plus maigre maintenant que Christiane Taubira vient offrir une candidature de diversion, vide de contenu, vide d’objectifs, sinon celui de garantir la réélection d’Emmanuel Macron. Merci pour rien.

              J’avais beaucoup d’estime pour Christiane Taubira en 2012. Quand, même après avoir fait passer les réformes qui lui incombaient, elle est obstinément restée servir de caution au gouvernement Hollande, mon estime a été sapée par le soupçon. Aujourd’hui, la plus charitable attitude que je puisse avoir envers elle, c’est l’incompréhension.

              Allons ! C’est fait : 2022 a son Hamon - le programme en moins, le charisme en plus. il ne manquait plus que ça. Il ne reste plus qu’à espérer que ce miroir aux alouettes ne trompera pas trop de monde…

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