Décidément, Mélenchon est incorrigible!

Décidément, Jean-Luc Mélenchon est incorrigible ! Je vous résume son dernier esclandre, au cas où vous l’auriez manqué. Interviewé sur France 2, il interpelle Jean-Christophe Cambadélis avec une familiarité bien déplacée : « Jean-Christophe, tu sais bien que la primaire est un tamis social…. »

Décidément, Jean-Luc Mélenchon est incorrigible !

Je vous résume son dernier esclandre, au cas où vous l’auriez manqué.

Interviewé sur France 2, il interpelle Jean-Christophe Cambadélis avec une familiarité bien déplacée : « Jean-Christophe, tu sais bien que la primaire est un tamis social…. »

A quoi M. Cambadélis met aussitôt le holà : « Mr. Mélenchon, appelez-moi par mon nom s’il vous plaît. Nous ne sommes pas amis et vous le savez ». Bien envoyé ! Pourquoi un membre de la gauche de gouvernement devrait-il souffrir la familiarité d’un type qui n’a fait que s’opposer au dit gouvernement depuis cinq ans ? Mais Jean-Luc Mélenchon, décidemment incapable de contrôler ses nerfs, s’emporte, éructe, invective :

- Va te faire voir. Fous-moi la paix. On s’est toujours tutoyé, c’est ridicule.

Le journaliste, penaud, s’excuse envers M. Cambadélis :

- Je suis désolé M. Cambadélis. Aujourd’hui le dialogue était manifestement impossible avec M. Mélenchon…

Fort heureusement, le journal Le Monde est aussitôt venu mettre les choses au clair : dans le passé, Jean-Luc Mélenchon a traité François Hollande de « capitaine de pédalo », il a affirmé qu’il faisait « pire que Sarkozy », il a rebaptisé le Parti Socialiste « parti solférinien » et répété qu’il n’était plus de gauche… Après ça, comment s’étonner ? Il est grand temps qu’on remette à sa place le trublion.

Mais c’est bien sûr l’inverse qui s’est produit : c’est Daniel Cohn Bendit qui a tutoyé Jean-Luc Mélenchon, c’est celui-ci qui l’a rappelé au vouvoiement, et c’est Dany le rouge qui a envoyé Mélenchon se « faire voir ». Et pourtant c’est tout de même auprès de Dany que le journaliste s’est excusé ! En exigeant qu'on l'appelle par son nom, Mélenchon avait manifestement rendu le dialogue impossible... Quant au journal Le Monde, il s’est empressé d’établir le fait essentiel : oui, en 2009, Dany et Jean-Luc se tutoyaient. Et les lecteurs du Monde de s’indigner : Mélenchon, son ego surdimensionné, ses tendances autoritaires, s’il arrivait au pouvoir on sait comment ça finirait : sur le Sentier Lumineux, rien de moins – si, si, c’est écrit en toutes lettres !

Bien sûr, Le Monde aurait pu aussi se demander pourquoi Mélenchon, qui tutoyait Cohn-Bendit en 2009, ne le tutoie plus aujourd’hui. Ses investigateurs de choc n’auraient eu aucune difficulté à découvrir que Cohn-Bendit a affirmé que Mélenchon formait avec Le Pen un « duo souverainiste infernal », qu’il « labourait sur les terres du Front national », qu’il était « débile », « scotché dans les années 30 », qu’il n’était « pas un démocrate » et que s’il était élu, il mettrait « tous les Mélenchon, tous les gens qui manifestent aujourd’hui en prison ». Ils auraient pu constater que Cohn-Bendit relaie les calomnies éculées sur Mélenchon, par exemple son prétendu absentéisme au Parlement Européen (il est vrai que Le Monde en fait autant, sans jamais publier les démentis avec preuve à l’appui fournis par l’intéressé).

Le Monde aurait pu retracer la carrière de Cohn-Bendit, passé des barricades à Europe 1 où il s'en prend aux manifestants opposés à la loi El Kohmri, via une série de reniements longue comme un jour sans pain. Il aurait pu s’étonner que Cohn-Bendit s’étonne qu’un homme qu’il calomnie depuis des années ne le considère pas comme son « pote ». Cela leur aurait permis de soulever un sujet qui, du point de vue de la sociologie politique, n’est pas sans intérêt : celui de la façon dont les tourne-casaque de la gauche, les Daniel Cohn-Bendit, Michel Field, les Laurent Joffrin, parviennent à résoudre la dissonance cognitive qui les travaille : comment peuvent-ils à la fois être des rebelles romantiques et d’absolus conformistes ? Si Cohn-Bendit s’emporte et insulte Mélenchon (car il est le seul, dans tout cela, à avoir proféré une insulte), c’est parce qu’il ne peut supporter d’être remis à sa place – c’est-à-dire à droite. Ainsi conclut-il :

« Vous vous prenez pour quelqu’un que vous n’êtes pas, M. Mélenchon ».

Effectivement si Mélenchon est de gauche, alors Cohn-Bendit ne l’est pas. Pour que Cohn-Bendit soit de gauche, il faut que Mélenchon n’existe pas...

Hormis la socio-psychologie de Cohn-Bendit, l’autre leçon de l’incident, mais on le savait déjà, c’est que dans une algarade médiatique Mélenchon ne peut tout simplement pas gagner. La construction médiatique de son personnage de méchant a si bien réussi qu’on ne se rend même plus compte qu’aucun personnage politique ne reçoit autant d’insultes que celui qui est censé insulter tout le monde. Qui d’autre se fait traiter de « con », de « dingue », de « dictateur », qui d’autre est sans cesse comparé au Front National, à Staline, à Pol Pot, à la Corée du Nord ? Mais plus aucune de ces insultes et calomnies ne sont perçues comme telles. En revanche, « appelez-moi par mon nom s’il vous plaît », c’est dans la bouche de Mélenchon une invective.

Il est sans doute trop tard pour combattre cette dynamique de la tête de Turc qui aura, par définition, toujours tort. Le pli est pris, sur les radios, à la télévision, dans les journaux (hormis Marianne, très correct sur ce coup-là et généralement bien plus honnête envers Mélenchon que ses confrères). Mais il est permis d’espérer que l’exaspération que les radios et les télés elles-mêmes suscitent finisse par arroser les arroseurs...

 

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