Marion Maréchal nous voilà en PACA

A Antibes (06 - Alpes-Maritimes) ce vendredi 6 novembre, pour clore son meeting nocturne des Régionales devant un parterre d'environ 400 personnes, principalement des plus de 50 ans et une proportion inhabituelle de jeunes, Marion Maréchal Le Pen s'est essayée au lyrisme .

A Antibes (06 - Alpes-Maritimes) ce vendredi 6 novembre, pour clore son meeting nocturne des Régionales devant un parterre d'environ 400 personnes – principalement des plus de 50 ans et une proportion inhabituelle de jeunes –, Marion Maréchal Le Pen s'est essayée au lyrisme : « L'histoire de France est faite de grandes tragédies mais elle est faite aussi de sublimes résurrections (…). Ce qui se passe aujourd'hui en France, c'est une sublime résurrection. Encore faut-il la choisir. C'est ce qu'on vous propose : le choix de la sublime résurrection. » Jouant à dessein de la connotation christique, elle emprunte l'expression « sublime résurrection » à Alphonse de Lamartine, qui n'est plus là pour protester.

Cet ornement lyrique de la jeune lepéniste tentait sûrement de masquer la pauvreté d'une idéologie définitivement racornie.

Les trois intervenants du meeting sont restés à la surface des choses, comme de bons vieux politicards rodés à la petite formule et au sarcasme personnalisé. Des généralités clivantes et aucune mesure concrète. Olivier Bettati, David Rachline et Marion Maréchal Le Pen ont débité un discours anxiogène de défiance à l’égard de la « racaille », des « nomades », des migrants, de l'Islam, des bobos... Fidèles aux thèmes historiques de l'extrême-droite.

Écouter un tel morceau d'humanisme et de bienveillance universelle vous garantit plusieurs jours d'angoisse post-traumatique : à ce titre, mais seulement à ce titre, on pourrait faire preuve d'empathie envers les militants FN qui vont devoir digérer tout ce fiel. L'autopsie sociétale délivrée par les caciques du parti s'avère si plombante et la solution qui se résume à « Votez pour nous, nous sommes vos héros » - écrasante et infantilisante promotion du Sauveur -, le militant FN moyen a donc intérêt à ne pas être dépressif (sinon il pourrait devenir dangereux).

Dans l'ordre de passage, Olivier Bettati, qui aime « le terroir » et pas les « bobos », est apparu comme la caution de droite mainstream : encarté pendant plus de 25 ans au RPR puis à l'UMP, il a rallié le FN en juin 2015. « Nous l'avons accueilli parce que nous sommes miséricordieux » a précisé la catholique pratiquante, Marion Maréchal Le Pen.

David Rachline, « éternel patriote » et jeune multicumulard - sénateur du Var, maire de Fréjus, conseiller régional PACA -, a beaucoup parlé de lui-même. Fier de lui à Fréjus (« A Fréjus, depuis mars 2014, les 100 millions d'euros de budget vont désormais dans un seul sens : en direction des fréjussiens. Nous avons baissé la dette de 10 millions d'euros». Il faut le croire sur parole...), de ses « convictions solides », il est aussi « très fier » de s'être engagé aux côtés de cette « grande famille politique qu'est le FN ». Fier, David.

Et puis "sincère" en un sens : « Pour vous démontrer l'importance de cette élection, je ne vais pas passer par des discours et des argumentations techniques (...) » : non, en effet. Pas un mot sur les champs de compétence de la Région. Zéro pédagogie au FN et c'est assumé !

Il y a beaucoup d'errements dans le raisonnement : « la sécurité est une liberté », le « bon sens » est invoqué à tout bout de champ mais on ne comprend pas bien lequel... Il martèle « nos compatriotes d'abord ! » et prêche que « nos ancêtres [sont] enterrés à l'ombre de nos croix ».

Marion Maréchal Le Pen en remet une couche sur « nos terroirs », attaquent « les donneurs de leçons qui vivent pour la plupart dans les beaux quartiers parisiens, (…) qui regardent la diversité et le vivre-ensemble (…) comme quelque chose de formidable », et se contredit en s'emmêlant les flambeaux quelques secondes plus tard : « alors oui la diversité et le vivre-ensemble c'est évidemment la finalité qu'il nous faut défendre mais on fait tout de même tout pour s'en préserver nous et c'est joli à défendre pour le peuple, voilà (...) ». Quelqu'un comprend quelque chose ?

Bien sûr, le sempiternel « changement de civilisation » est plusieurs fois évoqué ; rappelons à ce sujet que Marion Maréchal Le Pen adhère à la théorie raciste du grand remplacement. Elle transitionne subtilement sur « la question migratoire » pour laquelle elle n'a aucune solution concrète. Elle dénonce les perfides médias qui publient des photos de migrants pour « briser le cœur » des français. Pour la petite-fille de son grand-père, l'essentiel de l'information, c'est quand même que « les flux de migrants se sont amplifiés », qu'ils seront au final « 10 millions, 15 millions, 20 millions » : elle n'en sait strictement rien manifestement mais comme ça fout les foies à l'assistance, elle égrène les chiffres de l'invasion, forcément barbare.

Et les "incontournables" du champ lexical d’extrême-droite ont été répétés à qui mieux mieux : « immigration », « banlieues », « gens du voyage », « imams », « la pauvreté est galopante dans le monde », « de qui se moque-t-on ? », « la vraie misère française est dans les campagnes françaises, pas dans les banlieues ».

Ces discours du FN sont classiques : d'extrême-droite, volontairement flous et impressionnistes, quasiment interchangeables d'un meeting à l'autre pour des élections régionales, nationales, municipales ou départementales. On ne sait pas quelles seront les mesures concrètes mises en œuvre par cette liste. Rien, absolument RIEN n'a été détaillé en ce sens devant l'auditoire. Le FN qui se targue d'être une alternative aux autres partis propose aux électeurs... de lui faire confiance, et basta.

Après l'appel à la « sublime Résurrection », les 400 personnes ont braillé la Marseillaise dans une sorte de transe collective. En sortant de la salle, on avait l'impression d'avoir fait un voyage nauséeux dans le temps ; mais ce n'était pas de la science-fiction.

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