mot de passe oublié
11 euros par mois

Construisez avec nous l'indépendance de Mediapart

Souscrivez à notre offre d'abonnement à 11€/mois et découvrez notre nouvelle application mobile disponible sur Android et iOS.

Je m'abonne
Le Club de Mediapart mer. 4 mai 2016 4/5/2016 Dernière édition

Votons inutile !

J'ai un peu d'avance sur la date fatidique. Dans quelques jours, je célèbrerai l'anniversaire de plusieurs événements. Un personnel, les 33 ans et 2 mois de mon poteau Didier (incontournable) ; un politique, les 10 ans d'un premier tour de présidentielle marron foncé ; et un sémantique, l'avènement d'une expression aussi dangereuse qu'inepte, le “vote utile”.

 

Depuis le 21 avril 2002, cette expression a quasiment mué en injonction : “tu vôôôôôteras utile ou tu ne vôôôôôteras pas” ! A tel point qu'il m'arrive de sursauter quand je croise un vieux monsieur à barbe blanche dans un bureau de vote...

 

Sans blague, à chaque élection, des personnes très sérieuses nous serinent l'argument du vote utile pour nous convaincre de choisir leur candidat. Ce “tactical voting”, comme l'appellent les américains, est pourtant une plaie démocratique.

Il dénature le vote et le vide de sa substance. Un vote, ça se mûrit, ça se cogite. C'est un acte positif qui implique les citoyens que nous sommes. L'acte de voter contient en lui-même une dynamique d'adhésion à des idées contenues dans un projet politique. Il nous engage intellectuellement.

Au contraire, le vote utile apparente l'action de voter à une stratégie électorale, à une tactique froide et passive. L'électeur s'éloigne du débat politique, il cherche seulement le moindre mal électoral. Il ne lui est plus demandé de réfléchir à un projet pour voter en conscience mais juste d'éviter “le pire”. C'est une logique d'exclusion qui motive le vote utile.

 

Par ailleurs, l'expression est franchement absurde : comment peut-on jauger de l'utilité d'un vote a priori ? Un vote permet d'élire une personne qui porte un projet : l'utilité d'un vote ne devrait pouvoir être mesurée qu'à l'aune du résultat d'un mandat électif. Par exemple, était-il utile de voter Royal en 2007 ? plutôt que Marie-George Buffet ou Dominique Voynet ? En quoi ce vote dit utile au premier tour l'était-il ?

 

Outre ce brouillage de sens, la défense du vote utile favorise bien évidemment le bipartisme. Est-ce souhaitable ? L'échiquier politique français doit-il être cantonné à une bipolarisation des idées ? Les formations politiques aujourd’hui plus modestes doivent-elles être négligées sous prétexte d'efficacité électorale ?

 

Un « vote utile » m'aurait peut-être évité mon premier gros chagrin politique un soir d'avril mais je ne regrette pas mon vote et je ne l'ai jamais renié. Ce n'était pas un vote inutile.

 

Ceux qui pensent qu'on combat des idées sombres par un vote tiède se trompent ; ils affadissent la démocratie. Il faut se rendre aux urnes avec conviction ou du moins avec implication, mais pas avec résignation. Le vote utile participe du désintérêt des citoyens pour la politique qui n'entendent dans cette expression que la promesse d'un représentant par défaut.

 

Votez ! (tout court)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

Et pourtant votre pseudo malicieux devait mettre sur la voie ! J'aime le ton et le propos de votre billet vers lequel l'un de vos commentaires m'a dirigé. À mon tour de vous faire faire un petit trajet :

Vote utile et dissidence électorale

Construisez l'indépendance de Mediapart

onze euros par mois

Souscrivez à notre offre d'abonnement à 11€/mois et découvrez notre nouvelle application mobile.
Je m'abonne

Le blog

suivi par 13 abonnés

Le blog de Olympe Du Bouge

mots-clés