Journal d'une conne finie

Ceci est une tentative de parodie du Journal de confinement de Leïla Slimani. Parce que l’ennui, parce que le besoin de s’amuser, parce que la méchanceté, parce que… Comme je ne suis pas abonnée au Monde, je n’ai tenté de parodier que le début du texte visible sur le site du Monde. Les passages du texte original sont en italique. C’est une sorte d’hommage bien sûr.

 

Jour 1. Cette nuit, j’ai vachement bien dormi. J’ai aucun mérite, vraiment : j’ai un sommeil de plomb, tout le temps, depuis toujours, c’est comme ça ; on n’est pas égaux, que voulez-vous… Y a qu’pendant les pleines lunes que j’veille un peu mais ça m’empêche pas de cauchemarder avec constance. Je m’inquiète quand même de cette propension au roupillon : Romain Gary faisait dire au petit Momo dans La Vie devant soi : « On a dormi à côté du sommeil du juste. Moi, j'ai beaucoup réfléchi là-dessus et je crois que Monsieur Hamil a tort quand il dit ça. Je crois c'est que les injustes qui dorment le mieux, parce qu'ils s'en foutent, alors que les justes ne peuvent pas fermer l’œil et se font du mauvais sang pour tout. » Gary n’a pas réussi à me filer des insomnies mais le doute planera toujours sur mon taux de mélatonine, cruel.

Par la fenêtre de mon studio (en fait, ce « studio » m’a été loué par une agence immobilière qui me l’a présenté comme un 2p quand je l’ai visité, mais qui, en réalité, est légalement un studio car la petite chambre — dans laquelle on ne peut grosso modo que se coucher, ça tombe bien — mesure moins de 7m², ou 5, je sais plus exactement… tous ces chiffres là…, et donc ne peut être considérée comme une pièce au sens légal du terme. Je me suis aperçue de toutes ces subtilités immobilières lorsque j’ai fait ma demande de baisse de loyer aux proprios après la publication du décret du 1er juillet 2019 plafonnant les loyers à Paris. Je croyais que le prix au m² qui devait s’appliquer serait celui des 2p, moins élevé que celui des studios, eh ben non ! Surprise ! Depuis, je vous passe les détails mais je dois quitter mon studio avant le 17 juin parce que les proprio n’ont pas l’intention de baisser le loyer et m’ont délivré un congé pour « reprise au bénéfice d’un descendant », leur fille de 17 ans… Bref, j’habite donc légalement dans un studio qui ressemble à un petit 2p mais qui n’en est pas un et dont je dois dégager, non pas pour aller à la campagne mais pour louer un autre cagibi de luxe dans cette belle ville propre truffée de gens bien élevés qu’est Paris !),…

Par la fenêtre de mon studio parisien donc, j’ai vu les beaux nuages blancs du ciel bleu qui me narguait, lui qui ne sera jamais contaminé par le coronavirus. Beau ciel bleu sans Covid, beaux cumulus avec mousse, voyez-vous les petits nuages blancs que nous posons sur nos bouches ? Riez-vous de nos inconséquences, de nos impréparations et de nos économies de marché en putréfaction ? Savez-vous déjà pour qui sonne le glas ? Atmosphère et merveilles de la Terre, vous vengez-vous de nos avidités de cimetière ?

Depuis mardi 17 mars, je suis à la maison, dans ce studio / 2p-fake où je passe tous mes week-ends depuis des mois. Pour éviter que mes enfants côtoient ma mère, je n’en ai pas ; d’ailleurs, je ne côtoie plus ma mère non plus, ni mon père. J’avais pris un peu d’avance sur les mesures de restriction en matière de relations familiales. Mais personne ne m’écoute jamais…

Tout ne s’est pas vraiment arrêté pour autant : mercredi je suis sortie pour ravitaillement (brocolis, riz, patates, salade en sachet polluant mais safe, et bio, danettes au chocolat liégeois, pommes, beurre, serviettes hygiéniques) ; quelle ne fut ma surprise lorsque je croisai, d’abord un clochard l’air hagard avec une boulette de mouchoir rouge dépassant d’une de ses narines (j’ai été digne : je n’ai pas grimacé. Mais j’ai fait un petit écart de deux mètres), puis quand j’ai constaté l’insouciance en bandoulière de plusieurs badauds me frôlant, à 50 cm ! parlant, riant, éjectant des millards de millions de nano gouttelettes potentiellement covidées dans un air que je partageais avec ces inconscients !

J’ai fait mes courses, le plus gentiment possible. J’ai apprécié le plexiglas entre le caissier et moi, mais je me suis rendu compte après coup que je m’étais placée juste à côté de cette barrière physique pour lui parler (d’où le regard du caissier, qui m’avait semblé étrange).

En sortant de la supérette, un jeune homme qui stationnait assis sur un muret, ses jambes occupant la moitié du trottoir donc empêchant les personnes de circuler sur ledit trottoir, fumait, l’air goguenard. Je fixais ses genoux. C’était pas le premier du genre que je croisais ces derniers jours. L’occupation majoritaire de l’espace public par les hommes se poursuit en période de pandémie et certains nous font une démonstration éloquente et répétitive de leurs talents. Lundi, allant travailler, je me retrouvais face à deux débiles alors que je marchais sur un quai du métro, les deux se postant bien au milieu pour m’obliger à passer tout près d’eux. Hey le Covid 19, tu pourrais pas juste casser les genoux à certains casse-pieds, ça nous ferait des vacances, et pas seulement en période de pandémie ?

En rentrant, j’ai mis Un deux trois soleils et j’ai brassé l’air chargé de cette odeur tenace d’égout qui monte régulièrement jusqu’à ma fenêtre (non isolée, simple vitrage — vu le montant du loyer, ça se comprend…). Pendant plusieurs minutes j’ai dansé pour oublier le visage du naufragé, le visage du p’tit con, le visage des insouciants et insoucieux des autres, et penser aux visages que je n’ai pas vus.

Il y a une semaine, je ne faisais pas encore la promotion de mon premier roman. Tant mieux. Parce que je déteste qu’on me fasse la bise. Vive la distanciation sociale.

 

PS: Leïla Slimani, continue à écrire en liberté, ne fais pas attention à ces grincheux.euses qui postillonnent sur les gens qui ne font que parler d’eux.

 

Moi aussi, moi-je, et on vous dit merde.

P'tain ! on s'lève et on peut même pas s’casser, bordel de Covid 19 !

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