Examen de mise pour les sarkozystes : le danger de l'essentialisme

Contestation de l'institution judiciaire, invocation d'une théorie du complot, mise en cause personnelle du juge Gentil : les réactions de la droite face à la mise en examen de Nicolas Sarkozy sont la démonstration de sa décomposition idéologique. Nous connaissions l'idolâtrie et l'individualisme du sarkozysme : le voici essentialiste.

Idolâtrie 

Si l'amour rend aveugle, l'amitié assouplit les principes. Quand Henri Guaino, ami dévoué de Nicolas Sarkozy, estime que la justice est déshonorée par cette mise en examen, c'est le cœur qui parle, pas la raison. Or, pour pouvoir peser, évaluer, jauger la règle idoine qui s'applique à son idole (et qui aurait pu s'appliquer à n'importe qui d'autres dans une situation similaire), il faut que la raison prime sur le cœur. Cela suppose de faire violence à ses sentiments, surtout les plus furieusement sarkozystes.

L'égalité de traitement devant la loi est généralisable à la Sarkozie, n'en déplaise à son Raymond.

Individualisme forcené 

L'individu est au centre des attentions ; les institutions républicaines deviennent insupportables car perçues comme concurrentes des logiques individuelles. Comment supporter en effet pour les fidèles de Sarkozy que la justice, institution à plusieurs têtes, fruit d'un travail collectif, - incarnation du juste et désincarnation du juge -, comment supporter pour les partisans du jugement personnel, individuel, ce que leur regard individualiste leur désigne comme une hydre malveillante ?

La société, c'est le collectif et l'individuel associés. La justice n'est pas la décision d'un seul juge d'instruction mais l'action collective, d'enquêteurs, de policiers, de procureurs, d'instructeurs, de juges.

Est-ce que la droite sera capable de faire le deuil de cette obsession individualiste ?

Essentialisme nauséabond 

Les réactions virulentes et désespérées des Luca, Estrosi, Guaino, Pécresse, Balkany et consorts, nient la réalité des faits incriminés et opposent à ces faits la nature décrétée vertueuse de Nicolas Sarkozy. Autrement dit, ils considèrent que l'ancien président est intrinsèquement, naturellement bon, et par conséquent judiciairement irréprochable ! Ils essentialisent Nicolas Sarkozy.

On retombe ici sur un travers de la droite française, partagé par une partie de la gauche d'ailleurs : son essentialisme.

Le gros problème, c'est que les essentialistes pensent que les gentils sont toujours gentils, les méchants toujours méchants (et le juge Gentil méchant...). Personne n'a le droit à l'erreur : vous êtes pour toujours ce que vous avez fait. Alors oui, un individu est ce qu'il fait et ce qu'il a fait, en particulier face à la loi. Mais après une condamnation judiciaire, un individu peut évoluer, changer, reconnaître qu'il s'est trompé, se raviser.

L'essentialisme nie cette deuxième chance.

Comment dès lors donner la possibilité à un délinquant de se réinsérer dans une société qui ne pardonne pas, qui ne vous octroie pas la possibilité de changer, qui vous étiquette à jamais.

A l'opposé du délinquant, Sarkozy, ex-Président de la République, ne peut être que l'incarnation de la vertu aux yeux de ses louangeurs. Incapable de commettre quelque abus que ce soit, même si "un faisceau d'indices graves et concordants" a convaincu un juge de le mettre en examen.

On comprend mieux à la lumière de cet essentialisme le mépris d'une certaine droite à l'égard, par exemple, des délinquants et des criminels : emprisonnés, ils sont irrécupérables puisqu'ils sont déviants. Pas besoin de s'occuper de leur réinsertion puisqu'ils ne changeront pas.

Formulation révélatrice, Henri Guaino se demandait sur Europe 1 quand nous allions arrêter de « relâcher des voyous » et d' « inculper des citoyens » : les personnes qui sortent de prisons seraient donc des voyous (encourageant pour leur réinsertion !), et ceux qu'on inculpe seraient des citoyens (bah oui puisqu'ils sortent pas de prison)...

 

Quoiqu'il advienne du petit cas personnel de Nicolas Sarkozy, cette mise en examen aura au moins permis de démontrer que nous avons une droite sacrément déviante.

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