Littérature et histoire

J'aime beaucoup lire les livres d'histoire. Mais je note aussi que rares sont les historiens qui assument le sens de leurs recherches et disent crûment l'infamie et les ténèbres de notre passé.

        Ainsi dans la collection Points-Histoire, le volume consacré à la colonisation et à la guerre d'Algérie écrit Par Bernard Droz et Évelyne Lever est habité par un sens de l'euphémisme et de la nuance absolument insupportable. Je ne dirais pas qu'ils justifient la violence des dominants français, mais systématiquement, il est rappelé que la France a modernisé le pays, drainé les marais de la Mitidja pour en faire des cultures, construit des routes et des chemins de fer et patati et patata. Les scientifiques et les savants manquent souvent, (vraiment souvent) de courage pour affronter non pas l'innommable, mais le risque de saper leur carrière universitaire...
        Restons-en là ... C'est très humain comme réflexe, trop humain dirait Nietzsche lequel lui a préféré briser la reconnaissance universitaire et sociale qu'on lui accordait pour préserver sa liberté.
        Cette petite intro pour dire qu'en revanche la littérature n'a pas ce genre de scrupules et les écrivains disent et restituent le passé en se penchant précisément sur ce que souvent la science tait. Quel historien a décrit avec la force de Baldwin ou de Toni Morrisson la condition des noirs aux US? Hormis Howard Zinn, quel historien a osé dire que Colomb était sans doute l'Européen qui a inauguré le 1er génocide commis sur un autre continent par des européens? Excepté Sanjay Subrahmanyam (historien indien) quel historien européen a eu les couilles de raconter la malfaisance de Vasco de Gama en Asie?
        Si on lit trois grands auteurs de polars POLITIQUES contemporains, James Ellroy, Don Winslow et Giancarlo De Cataldo, on note que ces 3 auteurs n'ont de cesse de souligner les rapports incestueux existant entre :
La droite, (tout du moins une partie), l'extrême droite, et la grande pègre, celle qui brasse des milliards avec les divers trafics de chair humaine, de drogue, de cigarette etc et surtout qui tue et ne cesse de le faire...
       Toujours ils montrent comment la droite et sa police utilisent l'extrême-droite pour ses basses oeuvres, et comment cette dernière n'a aucun mal à déléguer le boulot aux malfrats qui constituent souvent d'ailleurs une partie de ses effectifs. Marx le disait déjà dans "Les luttes des classes en France", le lumpenprolétariat est la meilleure armée au service de la réaction. On sait maintenant que la mafia américaine haissait Luther-King mais a refilé 25 millions de dollars à Nixon pour sa campagne de 1968. Dans Romanzo Criminale de Cataldo (Métaillé 2006, Trad de C. Siné et S.Quadruppani), ce sont les services secrets italiens qui utilisent la mafia.
       Dans La griffe du Chien de Winslow, (Points-seuil 2007. Trad. Freddy Michalski) ce sont des flics et des agents de la CIA d'extrême droite qui s'allient à la mafia et aux cartels mexicains pour faire entrer le crack dans les ghettos et utiliser l'argent pour financer les Contras et éliminer les mouvements de gauche en Amérique Latine dans les années 70 et 80. 
       Et Ellroy n'aura de cesse depuis le "Quatuor de Los-Angeles" (Rivages Thriller. Trad. Freddy michalski) de dévoiler les alliances entre les flics, les politiciens, les magnats d'Hollywood et la mafia de Mickey Cohen contre les gauchistes (en plein Maccarthysme) et les syndicats de travailleurs de l'industrie du cinéma.
       Aussi je ne pense pas qu'il faille s'étonner outre mesure du spectacle que nous offre notre police "républicaine". Cet état de fait est consubstantiel à la nature réelle d'une société vouée à l'argent, et qui ne fonctionne que par l'oppression des plus faibles. Oui, la police est par essence raciste comme le Kapital a pu l'être, oui la police tue quand le politique le désire, oui la police ignore la loi car c'est elle qui décide dans l'action ce qu'est la loi... C'est la logique même de la mafia telle que Scorcese la décrit... C'est le visage de notre société capitaliste.

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