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Billet de blog 8 oct. 2019

Lutte contre les inégalités : quel bilan pour le G7 d’Emmanuel Macron ?

L’une de ces grandes priorités du sommet du G7 français était l’égalité femmes-hommes, grande cause du quinquennat d’Emmanuel Macron. Et pour cause, il y a urgence. Il faudra en moyenne encore 108 ans pour atteindre l’égalité partout dans le monde. Si l’heure est au bilan, les progrès réalisés sur ce front pourraient permettre d’évaluer l’efficacité, voire l’utilité de ce G7.

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Il y a un an, le Président français présentait les priorités de son G7 à la tribune des Nations unies, et s’engageait à venir en présenter les résultats l’année d’après. L’une de ces grandes priorités était l’égalité femmes-hommes, grande cause nationale et internationale du quinquennat d’Emmanuel Macron. Et pour cause, il y a urgence. Le Forum Economique Mondial estime qu’il faudra en moyenne encore 108 ans pour atteindre l’égalité partout dans le monde – 76 en Europe, et 208 aux Etats-Unis. Si l’heure est au bilan, les progrès réalisés sur ce front pourraient permettre d’évaluer l’efficacité, voire l’utilité de ce G7.

Additions et soustractions

Biarritz a mobilisé de nouveaux financements, notamment pour l’égalité femmes-hommes en Afrique, à hauteur d’environ 450 millions de dollars. Il s’agit, une fois n’est pas coutume, de promesses de financements réellement additionnels, alors qu’on a trop souvent vu les Etats recycler de précédentes annonces pour ne pas arriver les mains vides. Cet argent participera à l’émancipation de millions de femmes en Afrique, même si on est encore loin de ce qu’il faudrait pour atteindre les objectifs internationaux en la matière. Mais, si on y regarde de plus près, cette mobilisation financière cache une réalité quelque peu inquiétante. Certains pays tels que le Canada et le Japon ne se sont à peine mobilisés ; tandis qu’un pays, les Etats-Unis, n’a même pas bougé le petit doigt. Boris Johnson, quant à lui, a choisi d’annoncer une mobilisation financière du Royaume-Uni pour l’éducation des filles en marge du sommet. En la jouant solo, il a choisi de torpiller la possibilité de la création d’une dynamique multilatérale, que ce genre de sommets a pourtant pour vocation de faciliter. En voulant éviter à tout prix le retrait d’un des partenaires à la dernière minute, Biarritz aura finalement laissé la porte ouverte et laissé les pays les moins ambitieux s’en sortir à bon compte et l’esprit d’équipe au vestiaire.

Des engagements à géométrie variable

Si l’argent reste le nerf de la guerre, Biarritz comptait également innover en faisant bouger les lignes sur les lois et politiques publiques en matière d’égalité femmes-hommes. Il s’agit d’une première dans l’histoire du G7, qui se montre d’habitude plutôt réticent aux engagements individuels par pays, notamment quand il s’agit de lois et de sujets domestiques. La surprise fut entière de voir les Etats-Unis se soumettre au jeu de cette déclaration thématique listant les engagements de chaque pays participant. Là où le bât blesse, c’est que la qualité des engagements varie fortement. Si le Sénégal s’est engagé à enfin pénaliser le viol, d’autres pays se sont engagés uniquement sur la mise en œuvre de lois existantes. Au-delà des Etats-Unis, Biarritz aura montré les failles actuelles d’un système multilatérale porté à bout de bras par certains, et piétiné par d’autres.

L’« accountability » pour sauver le multilatéralisme

Sans révolution ni renouvellement radical, le sommet a toutefois montré que le multilatéralisme n’a pas dit son dernier mot – par exemple à travers d’un travail conjoint avec les partenaires africains dès le début de la présidence française. Mais l’annonce qui est potentiellement la plus renversante est celle faite par le Président à la toute dernière minute du sommet : soumettre tous les engagements pris à un suivi indépendant, dont les modalités seront développées avec les acteurs non-étatiques. Cette annonce « accountability » en bon français du Président, constitue un pas important pour un G7 d’habitude adepte de l’auto-évaluation. Beaucoup de questions persistent bien évidemment : Quel sera exactement ce mécanisme ? Tous les pays présents à Biarritz accepteront-ils de s’y soumettre ? S’agira-t-il de revoir seulement les engagements déjà pris ou de les revoir à la hausse au fur et à mesure ? Les réponses devront être trouvées rapidement sans quoi le bilan en demi-teinte du G7 de Biarritz ne permettra pas de faire oublier que les avancées permises à Biarritz sont encore largement insuffisantes : insuffisantes par rapport à ce que les pays du G7 ont comme pouvoir entre les mains, insuffisantes par apport à leurs propres promesses, notamment en matière d’Objectifs de développement durable, insuffisantes surtout par rapport à toutes celles dans le monde qui souffrent d’une discrimination continue simplement à cause de leur sexe.

 par Friederike RÖDER, directrice UE et France de ONE

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