«Députés, à vous de jouer !»

Ce vendredi aura lieu un vote décisif à l’Assemblée nationale. Alors que le budget pour l’année 2016 passe en dernière lecture, la question de l’aide au développement et de la lutte contre le changement climatique est toujours dans la balance. Les jeunes Ambassadeurs de l’ONG ONE appellent les députés à défendre un budget à la hauteur des enjeux, alors que la COP21 touche à sa fin.

Ce vendredi, un vote de la plus haute importance aura lieu à l’Assemblée nationale. En pleine COP21, deux options s’offrent aux parlementaires : ils peuvent soit imposer leur volonté en augmentant tangiblement l’aide au développement et le financement de la lutte contre le changement climatique, pour la première fois depuis 5 ans, soit se contenter de quelques miettes, sous l’impulsion du Sénat et du gouvernement, à contre-courant du mouvement mondial qui se construit en ce moment au Bourget, quelques kilomètres à peine du Palais Bourbon.

Ce Palais, nous le connaissons bien. En octobre, lorsque le gouvernement sortait son projet de loi de finance pour 2016 avec une aide publique au développement en baisse – la plus importante depuis 5 ans –, et ce malgré la promesse du Président d’augmenter de 4 milliards d’euros l’aide au développement de la France d’ici à 2020, nous sommes venus des quatre coins de la France pour tenter d’enrayer cette coupe. Nous y avons rencontré des députés de tous bords politiques, et tous étaient d’accord sur au moins une chose : la crédibilité de la France était en jeu, elle ne pouvait se permettre d’accueillir le monde entier dans sa capitale pour tenter de prendre l’accord le plus ambitieux de l’histoire face au changement climatique, et à la fois afficher des financements pour le climat et le développement en baisse.

Grâce à la mobilisation de ces députés, à coup d’amendements contre l’avis du gouvernement et de débats enflammés dans l’hémicycle, l’aide au développement française voyait enfin ses crédits repartir à la hausse. Lorsque que le projet de loi de finance a quitté l’Assemblée pour partir au Sénat, il affichait une avancée que l’on pouvait qualifier d’historique : une hausse de plus de 10% pour l’aide au développement, une première depuis 2011 pour ce budget en constante baisse depuis le début du quinquennat du Président actuel !

Même pour nous, qui suivons ce projet de loi de très près, il est difficile de bien comprendre ce qui s’est passé ensuite. Entre amendements du gouvernement, contre-amendements de sénateurs, rejet des amendements votés par les députés, l’aide au développement et à la lutte contre le changement climatique pour 2016 a perdu des centaines de millions d’euros en cours de route. C’est donc une aide au développement dépouillée et disséquée qui revient à l’Assemblée nationale, qui ne ressemble plus, ni de près ni de loin, aux avancées historiques que les députés avaient réussi à négocier quelques jours avant le début de la COP21.

Heureusement, nous avons encore un espoir, le processus n’est pas fini, il revient à l’Assemblée ce vendredi. Les députés qui nous représentent, et qui se sont battus pour la cause que nous défendons, ont donc une dernière opportunité de rectifier le tir et de rétablir le niveau d’aide sur lequel ils s’étaient mis d’accord en premier lieu. Ils ont une dernière chance de ne pas accepter les coupes imposées par un gouvernement qui va à l’encontre des promesses de son Président, et d’imposer une hausse conséquente de l’aide au développement, à l’heure où la France joue les chefs d’orchestre internationaux de la lutte contre le réchauffement climatique. Ils ont une dernière occasion de montrer qu’ils sont conscients que la France ne peut se permettre d’afficher un budget pour l’aide au développement et le financement de la lutte contre le changement climatique en berne, et en même temps demander au reste du monde de faire mieux qu’elle. 2020, ça peut paraître loin mais ce n’est que dans 4 ans. Les 4 milliards promis par le Président ne sortiront pas d’un chapeau magique, les parlementaires l’avaient bien compris. Les efforts budgétaires pour la planète et les plus populations les plus vulnérables doivent commencer dès 2016. Le Président parlait d’exemplarité de la France, une exemplarité nécessaire pour diriger et mener à bien les négociations de la conférence sur le climat de Paris. Ou sera cette exemplarité si notre pays n’augmente pas considérablement son aide au développement, après l’avoir promis devant le monde entier à l’ONU et répété à la COP21 ?

La COP21 se termine, et elle aura au moins eu le mérite de mettre tout le monde d’accord : il est temps d’agir pour sauver la planète, pour sauver les hommes et les femmes qui y vivent et qui souffrent déjà quotidiennement des conséquences du changement climatique. La mobilisation des parlementaires de tous bords politiques sera donc encore une fois cruciale, car c’est maintenant à eux de jouer pour que la France respecte ses promesses et reste un acteur crédible du développement international, et ce, particulièrement au moment où les yeux du monde entiers sont tournés vers la France.

 

SIGNATAIRES

Mouna Aissani, étudiante; Enora Bertin, jeune diplômée, Biard; Jessica Bezolles, salariée, Paris; Laure Bohin, étudiante, Asnière; Antonin Bravet, jeune diplômé, Paris; Manon Briffaut, étudiante, Ardennes; Manuel Burgos, étudiant, Poitiers; Simon Cannone, étudiant, Douvres la Délivrande, Calvados; Geoffroy Coiffard, jeune diplômé, Saumur; Thomas Cousin, Château-Gontier; Lieve Dannau, étudiante, Poitiers; Camille Demange, étudiante, Creutzwald; Julien Dibiaggio, Collégien, Nice; Claire Engrand, étudiante, Toulouse; Marie Erramouspe, jeune diplômée, Bordeaux; Elina Fronty, étudiante, Toulouse; Marie-Laure Gambino, salariée, La Chapelle Gonaguet; Diana-Paula Gherasim, étudiante, Dijon; Emilie Guay, salariée, Chatenois les Forges; Oriane Guez, salariée, Paris; Lucille Hamalian, stagiaire, Aix en Provence; Camille Hors, lycéenne, Paris; Sarah Khamassi, salariée, Sartrouville; Alix Lenotte, collégienne, Rueil-Malmaison; Guillaume Madiona, étudiant, Marseille; Carole Maguet, étudiante, Brest; Charlotte Mestres-Desmet, étudiante, Rambouillet; Justine Moutadhoi, étudiante, Paris; Aurélie Musman, étudiante, Cesson; Maria Renée Palomo, étudiante, Poitiers; Mijanou Poort, jeune diplômée, Dun; Louis Scocard, salarié, Nantes; Rémy Seillier, stagiaire, Brioude; Matthieu Seymard, étudiant, Grenoble; Gloria Sodore, stagiaire, Paris; Arnaud Stuart, salarié, La Varenne; Margaux Teulière, stagiaire, Bordeaux; Charline Thiery, jeune diplômée, Granges sur Vologne; Vincent Tomas, étudiant, Paris; Pascale Tran, jeune diplômée, Paris; Blandine Vial, salariée, Angers; Lilia Zrari, étudiante, Lyon.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.