L’aide au développement, c’est maintenant… Ou jamais ?

A la veille de l’examen du projet de loi de finance pour 2017, 30 jeunes Ambassadeurs de l’ONG ONE, âgés entre 16 et 36 ans et venant des quatre coins de la France, appellent l’ensemble des députés à se mobiliser pour sauver le budget de l'aide au développement qui affiche une baisse historique de plus 20% depuis le début du quinquennat Hollande.

Cette année marque le tout dernier budget du quinquennat de François Hollande. Un quinquennat qui fut riche en déclarations et en promesses pour lutter contre la pauvreté et faire face aux grands enjeux mondiaux, mais surtout riche en occasions manquées. 5 années, 5 propositions de budget… et au final, plus de 20% de coupe dans l’aide au développement de la France.

Aujourd’hui, les parlementaires s’apprêtent à débattre de ce dernier budget, et de la part qui en sera attribuée à la solidarité internationale. La dernière chance de ce mandat pour rattraper le retard accumulé depuis 2011 et honorer les engagements historiques pris par la France se joue donc maintenant.

La tâche n’est pas des moindres : au total, l’aide au développement aura été amputée de près de 700 millions d’euros depuis le début de la mandature. Un bien triste bilan, à contrecourant de nos voisins européens, qui sont de plus en plus nombreux à atteindre l’objectif d’allouer 0,7% de leur richesse nationale à l’aide au développement, alors que la France recule chaque année et peine à atteindre les 0,37%. C’est aussi à contrecourant d’un contexte mondial que plus personne ne peut ignorer, alors que les conflits et les changements climatiques ont encore exacerbé l’extrême pauvreté dans le monde, et que les besoins des populations les plus démunies ne cessent d’augmenter. Enfin c’est à contrecourant des promesses faites au nom de la France devant le monde entier, devant les pays les plus pauvres et les plus vulnérables, pour qui l’aide au développement reste indispensable afin de permettre un accès durable à des services de base, comme l’eau potable, l'éducation ou des soins de santé de qualité.

Une coupe de 700 millions d’euros, cela peut sembler abstrait, mais cela équivaut à deux années d’aide vers le Niger, le Tchad et le Mali, des pays pourtant extrêmement vulnérables et soit disant prioritaires de l’aide de la France. Pire encore, ce sont les dons qui ont été particulièrement touchés par ces années de coupes. Ils sont pourtant essentiels pour les pays les plus pauvres non solvables, qui n’ont pas accès aux prêts.

Heureusement, tout n’est pas perdu. Pour la première fois en 5 ans, ce budget affiche une légère augmentation de 130 millions d’euros par rapport à l’année précédente. C’est pour l’instant insuffisant pour compenser les coupes drastiques et disproportionnées qu’a subi ce budget d’aide au développement, mais cela prouve qu’avec un peu de volonté politique, il est possible d’inverser la tendance et donc d’aller plus loin. Et de la volonté politique, les députés n’en manquent pas !

Tous les ans, ils sont plusieurs, à gauche comme à droite, à se mobiliser pour défendre un budget auquel ils croient et contrer les rabais infligés à l’aide internationale de la France. Nous en sommes témoins et nous les saluons. Ils sont à notre écoute, à l’écoute des citoyens engagés pour qui l’avenir de la planète et le sort de ses habitants les plus démunis importent.

Cette année encore, leur mobilisation sera cruciale. Des solutions existent pour rattraper des années de disettes budgétaires : entre l’augmentation de l’assiette de la taxe sur les transactions financières aux transactions intrajournalières et l’augmentation de l’allocation de ses recettes à l’aide au développement, comme l’a promis récemment François Hollande lui-même devant les Ambassadeurs.

« Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait », disait-on en France au 16e siècle. Ce proverbe n’a aujourd’hui plus de sens : nous savons, nos aînés peuvent, et tous ensemble, nous voulons et nous devons.

Signataires :

 

Alexis Chanteloup (23 ans, Puteau), Alix Lenotte, Ariane Kaya (24 ans, Amiens), Arnaud Stuart, Augustin Naux (22 ans, Paris), Charline Thiery (25 ans, Granges-sur-Vologne), Cindy Therond (23 ans, Lyon), Diana Gherasim (22 ans, Paris), Elodie Chervin (19 ans, Reims), Flore Faveyrial (24 ans, Caen), Florence Ramel (21 ans, Grenoble), Geoffroy Coiffard (26 ans, Paris), Ismail Amrani (25 ans, Paris), Klervi Le Guenic (24 ans, Paris), Laure Bohin (24 ans, Paris), Louis Scocard (24 ans, Vincennes), Maissa Megherbi (18 ans, Le Kremlin Bicêtre), Margaux Teulière (24 ans, Bordeaux), Marie Rivayrand (20 ans, Grenoble), Marie Veron (19 ans, Caen), Mathilde Nicoli (23 ans, Bordeaux), Mélanie Gohier (20 ans, Angers), Oriane Guez (26 ans, Paris), Pape Waly Loum (30 ans, Strasbourg), Paul Soileux (23 ans, Cadaujac), Pierre-Louis Guedon (22 ans, Lyon), Sarah Khamassi (25 ans, Satrouville), Siffrein Diana (19 ans, Grenoble), Thomas Cousin (24 ans, Rennes), Victoire Ambeza (19 ans, Le Havre) et Victoria Madonna (24 ans, Courbevoie).

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